Tessin animé


Dans son maillot rose, Jonas Vingegaard a remporté hier sa 
quatrième victoire d’étape sur ce Giro et assommé un peu plus la course.

Sûr de sa force, Jonas Vingegaard s’est offert une quatrième étape sur ce Giro, dans un coin de la Suisse qu’il dit affectionner particulièrement. L’écart entre le maillot rose et le 2e du général, Felix Gall, est désormais de plus de 4 minutes.

«Je voulais aussi gagner une étape avec le maillot rose, 
et quel autre endroit pour le faire qu’ici, en Suisse ?'»
   - JONAS VINGEGAARD

27 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

CARI (ITA)- La scène était à la limite de l’absurde, au son de l’excellent titre d’Umberto Tozzi et Raf, Gente di mare: le maillot rose perdu au milieu d’une immense teuf sous un chapiteau, fendant une foule en folie, des verres qui valsent dans tous les sens, des accordéons qui traînent dans un coin, des remix improbables, de beaux costumes et une assemblée tout à fait surprise de voir débarquer au milieu d’elle le leader du Giro.

Jonas Vingegaard est passé par là pour rejoindre la petite salle de la conférence de presse cachée près d’un comptoir. Cela l’a fait sourire, mais heureusement qu’il était escorté par deux vigiles pour lui ouvrir la route à l’aller et au retour. Une rock star danoise sur le Tour d’Italie, dans une charmante ville suisse, la seizième étape a accouché d’une bonne histoire dans un Giro qui se vit plus qu’il ne se raconte, tant Vingegaard écrase sportivement la course et laisse un suspense tout relatif à désormais cinq étapes de l’arrivée.

De la deuxième à la sixième place, 
l’écart est désormais de 25 secondes

Hier, au lendemain de la journée de repos, le leader de VismaLease a bike a décroché sa quatrième victoire et mis un monde au monde qu’il y avait déjà entre lui et les autres au général. Felix Gall (Decathlon-CMA CGM), deuxième derrière le Danois pour la quatrième fois sur ce Giro et son nouveau dauphin au général (à 4’3’’), a été repoussé à 1’9’’ sur l’étape. De la deuxième à la sixième place, l’écart est désormais de 25 secondes, ce qui regonfle l’intérêt de la course jusqu’à Rome.

Vingegaard s’est imposé à Cari parce qu’il y tenait absolument, dans un endroit qui lui est visiblement cher, où des amis se trouvaient à l’arrivée, ainsi que son agent, le Suisse Mattia Galli, dont le patronyme était affiché en gros sur une banderole au balcon d’un chalet à quelques kilomètres du sommet de cette infernale montée (11,7 km à 7,9 % et des passages à 13 %).

Vingegaard n’est pas allé chercher ce succès pour asseoir sa domination, mais plutôt parce qu’il se sentait chez lui sur cette étape. « Je voulais aussi gagner une étape avec le maillot rose, et quel autre endroit pour le faire qu’ici, en Suisse ? » , interrogeait le Danois, avant de se livrer quelque peu : « J’ai beaucoup séjourné ici, c’est un coin très agréable. J’apprécie vraiment cette région. Pour moi, c’est un endroit spécial le Tessin, c’est magnifique. J’ai passé pas mal de temps à Lugano ou à Locarno, j’ai toujours vraiment apprécié ces moments… »

Le leader du Giro est même allé jusqu’à dire que s’il n’habitait pas au Danemark, c’est probablement ici qu’il choisirait de vivre. Cela avait d’ailleurs été une possibilité il y a quelque temps, sans que le projet aboutisse. « Mais nous avons pas mal d’amis ici aussi, c’est super sympa pour moi de courir sur leurs routes », ajoutait-il. Amoureux du canton du Tessin, où était dessinée cette arrivée, Vingegaard avait coché l’étape depuis un bon moment. « Oui, nous avions déjà planifié cela, nous avions choisi certaines étapes que nous voulions gagner et celle-ci en faisait partie, comme celle de Pila, confiait le Danois. Évidemment, pendant une course, vous pouvez changer de tactique, mais il y a deux jours, nous avons décidé de nous lancer comme prévu. »

Visma-Lease a bike a donc cadenassé l’échappée, qui n’a jamais pris plus d’une minute et cinquante secondes dans la boucle dessinée autour des verdoyants pâturages suisses, et tout le monde a très vite compris que l’issue était certaine.

Le matin, au départ de Bellinzone, au pied de la forteresse de la ville, le Danois s’était épanché sur sa faim, non rassasiée malgré l’excellente pâtisserie italienne engloutie avec ses coéquipiers lors de la journée de repos au nord de Milan, la veille. Mardi, dans l’ascension vers Cari, il s’est envolé vers son festin à 6,6 km du sommet, tranquille, sûr de sa force. C’était là, dans ce qui est un peu un autre chez lui qu’il voulait briller. Il a beaucoup souri après l’arrivée. Comme apaisé au milieu des montagnes tessinoises.

***


Giulio Pellizzari a souffert hier dès les 
premières rampes de la montée vers Cari.

Pellizzari rend les armes

Hors du coup, l’Italien de Red Bull-BORA-hansgrohe a été très largement distancé, hier. 
Le voilà 19e au classement général à 22’38'' de Jonas Vingegaard. 
C’est la grande déception de ce Giro.

«Je me suis juste dit qu’il fallait que je sauve ce qui pouvait l’être»
   - GIULIO PELLIZZARI, EN PERDITION HIER

27 May 2026 - L'Équipe
Th.P à Cari.

Giulio Pellizzari a passé, hier, la ligne d’arrivée dans l’anonymat le plus total, relégué si loin de tous les cadors du Giro, ceux avec qui il pensait faire le match sur trois semaines. 49 à 18’6’’ de Jonas Vingegaard à Cari, le coup est rude. Avant le Grand Départ en Bulgarie, le jeune Italien de 22 ans faisait partie des sérieux outsiders derrière l’intouchable Danois. Mais depuis hier soir, Pellizzari ne joue plus le général (il est 19e à 22’38''), ni même le maillot blanc de meilleur jeune qu’il avait ramené à Rome il y a un an.

« Le Giro n’est pas terminé » , affirmait pourtant l’Italien de Red Bull-BORA-hansgrohe samedi soir à Pila. Il semblait aller mieux, après avoir été touché par un virus la première semaine en Italie et lors de la journée de repos à Florence. Pellizzari avait quand même fait le chrono du mardi en Toscane, pour une 18e place à Massa sans perdre trop de temps. Il semblait vivre un regain de forme mais l’Italien s’est heurté de plein fouet aux premières rampes de la montée vers Cari, au moment même où son équipe tentait de durcir la course… « Je me suis vite rendu compte que les jambes ne tournaient pas, je me suis juste dit qu’il fallait que je sauve ce qui pouvait l’être » , soupirait Pellizzari sur la ligne. Il a aussi convenu que l’objectif était désormais de tout faire pour que son coéquipier Jai Hindley monte sur le podium à Rome et qu’il n’était pas question pour lui de jouer une victoire d’étape, tant sa forme était limitée.

« Nous espérions essayer quelque chose avec nos deux leaders, peut-être les amener tous les deux sur le podium ou même rêver plus grand et mettre l’un d’entre eux en position d’attaquer Vingegaard » , a expliqué le directeur sportif Christian Pömer à la RAI. Notre plan aujourd’hui était de gagner du temps sur nos rivaux directs, nous voulions donc prendre la tête dans la montée finale. Nous l’avons fait, mais à un moment donné, Giulio a dit qu’il ne se sentait pas bien. Il nous a dit lui-même : « Continuez, roulez pour Jai. » Un aveu d’impuissance. Et une grande tristesse pour les Italiens.

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