Pérez, l’héritier de Bielsa
Iñigo Pérez lors de la victoire du Rayo Vallecano
sur le terrain de Getafe (2-0), le 3 mai en Liga.
Ovni aux résultats miraculeux sur le banc du Rayo Vallecano, loué pour son intelligence tactique et son management après seulement deux saisons comme entraîneur principal, le technicien espagnol de 38 ans rêve d’offrir un premier sacre européen au club ma
"Ce qu’il a accompli, c’est grâce à son pouvoir d’attraction
et ce don de faire croire aux gens à quel point ils sont bons"
- OSCAR TREJO, MILIEU OFFENSIF
DU RAYO VALLECANO
27 May 2026 - L'Équipe
ANTOINE SIMONNEAU
MADRID – Les dieux semblent s’être penchés sur le berceau d’Iñigo Pérez, qui se qualifie pourtant de « joueur médiocre » . Mais c’est sur le banc de touche que ces derniers lui ont visiblement planifié un destin doré. À seulement 38 ans, l’entraîneur du Rayo Vallecano enchaîne les miracles depuis un peu plus de deux années et ses premiers pas comme entraîneur principal: un maintien en Liga, en trois mois, en 2024, une qualification pour la Ligue Conférence la saison suivante et, cette année, une finale historique de Coupe d’Europe avec le club madrilène, ce soir contre Crystal Palace.
La réussite fulgurante de cet ancien milieu, formé et passé professionnel à l’Athletic Bilbao, n’est pourtant pas le seul fruit d’une bonne étoile. Malgré une modeste carrière de joueur, souvent en Deuxième Division ou comme remplaçant en Liga (87 matches), le natif de Pampelune a, très tôt, été dirigiste avec ses coéquipiers et surtout obsédé par la compréhension du jeu.
Le Navarrais s’inscrit dans cette lignée de brillants entraîneurs du nord de l’Espagne (Luis Enrique, Unai Emery, Xabi Alonso, Mikel Arteta, Luis de la Fuente, Andoni Iraola, Ernesto Valverde…). « Il faut me différencier de ces noms, a tempéré Pérez hier. Ce que je réussis, c’est par pure imitation et étude: j’ai passé toute ma vie à analyser ces entraîneurs. »
L’appétence pour la tactique et le jeu du cinquième plus jeune entraîneur des cinq grands Championnats européens va se décupler au contact de son mentor : Marcelo Bielsa, quand l’Argentin a débarque à Bilbao (2011-2013). Au départ, « El Loco » l’écarte pourtant de l’équipe. Avant de se rendre compte qu’ils parlent le même langage, que son milieu est d’une intelligence tactique supérieure et un relais inestimable auprès de son groupe. Àla fin de la carrière de joueur de Pérez, en 2022, Bielsa voudra même en faire son adjoint.
C’est finalement auprès d’Iraola, un autre disciple de l’Argentin et son ancien coéquipier connu au centre de formation de Bilbao, que Pérez va occuper la fonction, une saison au Rayo (2022-2023). Son permis de travail refusé, il ne peut suivre Iraola à Bournemouth, après avoir décliné par « éthique et loyauté » de prendre sa relève chez les Rayistas à l’été 2023. Il y signe en février 2024, va prolonger l’héritage de Bielsa, avec une exigence quotidienne et tactique drastique, et la même intensité et verticalité dans le jeu au sol qu’il prône.
D’une réserve extrême, reflet de son humilité, le technicien du Rayo – à la voix posée, au vocabulaire soigné et d’un calme olympien au bord du terrain – est surtout loué pour son management auprès d’éléments parfois plus âgés que lui. « Mon moteur, c’est que les joueurs se sentent respectés, à travers un discours franc et direct, explique Pérez. Qu’ils sentent que ma priorité, c’est leur bienêtre et leur évolution. » « Ce qu’il a accompli, c’est grâce à son pouvoir d’attraction et ce don de faire croire aux gens à quel point ils sont bons, » résume le vétéran Oscar Trejo, 38 ans comme son entraîneur. « Il mérite tout ce qui lui arrive et va avoir une immense carrière. »
Courtisé, entre autres, par Villarreal, avant de songer à son avenir, Pérez, lecteur compulsif de poésie et de philosophie, « donnerai[ t] tout et n’importe quelle partie de [son] corps pour voir Vallecas (l’arrondissement où est basé le Rayo) fêter ce titre (de Ligue Conférence) et le fêter avec eux » . Et malgré un budget près de cinq fois inférieur à Crystal Palace, il entend bien réaliser un nouveau miracle. Car « le stade est [son] mont Parnasse. N’importe quel rêve peut s’y accomplir ».
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