Alaphilippe « prêt à souffrir »
Après un début de saison au cours duquel il a été en difficulté sur le plan des résultats, mais aussi mentalement, le coureur de Tudor veut revivre avec sa course fétiche.
2 Jul 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
On l’avait laissé évanescent sur le Tour de Suisse, nous filant entre les doigts avant qu’il ne quitte l’épreuve helvétique au matin de la dernière étape, emporté par une migraine tenace et une chaleur accablante, alors qu’il ne voulait prendre aucun risque. « C’était plus raisonnable de rester tranquille à l’approche du Tour » , justifie aujourd’hui Julian Alaphilippe. Mi-juin, on s’inquiétait même de sa future présence sur les routes du Tour de France (4-26 juillet) malgré les propos de Fabian Cancellara et de Raphael Meyer, ses patrons, qui assuraient que le Français serait bien à Barcelone, ville hôte du Grand Départ, pour y disputer sa huitième Grande Boucle.
Le double champion du monde (2020, 2021), lui, n’a jamais douté de retrouver le bitume brûlant de l’été et les spectateurs qui l’appellent affectueusement « Loulou »: « Je n’y ai pas pensé, c’était dans les plans depuis l’intersaison. C’est vrai que c’est la première année où j’aborde le Tour après un début de saison si faible, mais c’est comme ça, il ne faut pas dramatiser. C’est toujours resté un objectif important de l’année, je me suis préparé pour être dans les meilleures conditions. Ma participation n’a jamais vraiment été remise en question. »
Et s’il avait été écarté, à 34 ans, parce que son nom ne suffit plus à justifier une sélection, même sur le Tour, même en souvenir de ses dix-huit jours en jaune? « Il y a des décisions qu’il faut accepter. Mais cela aurait été une déception. J’ai fait tout ce que j’ai pu en pensant au Tour, ma participation a été un moment moteur dans ma préparation » , affirme-t-il.
À l’approche de l’été et « de la plus grande course du monde, un moment spécial de la saison » , le coureur de Tudor revit, porté par un souffle passé qui balaie une année 2026 jusque-là compliquée, avec comme point « culminant » une 5e place « rassurante » au Grand Prix de Gippingen, des présences anonymes sur Tirreno-Adriatico (33e) et Milan-San Remo (41e) et des abandons à l’Amstel Gold Race et à la Flèche Wallonne.
L’intéressé ne cache rien de son mal-être sur ce premier semestre: « J’ai eu des saisons compliquées, en dents de scie. Mais là, c’est plus moi personnellement qui n’allais pas forcément bien, ce n’était pas physique ou lié à un problème médical. C’est juste que cela n’allait pas. Ce n’est pas parce que je ne gagnais pas que j’allais moins bien, c’était mon état général. C’est aussi pour ça que j’ai voulu prendre du temps pour moi, que l’équipe ne m’a pas forcé à continuer sur le Tour de Suisse ni à me rendre sur les Championnats de France. » un rôle de capitaine de route, avec la liberté d’aller chercher les étapes en compagnie de Marc Hirschi, un autre grand brûlé du début de saison.
Il a d’ailleurs pointé la deuxième journée, dimanche entre Tarragone et Barcelone, sans garantie: « Elle me plaît sur le papier, mais vu mes dernières semaines, peut-être que cela n’ira pas tout de suite bien, et je compte sur ma fraîcheur pour être de mieux en mieux. »
Sa fraîcheur et celle de ses jeunes coéquipiers, comme Yannis Voisard qui va vivre son premier Tour, à 27 ans: « Cela me fait plaisir de voir ce qu’il se passe dans ses yeux depuis qu’il est arrivé à Barcelone, je sais ce qu’il vit, c’est chouette. C’est quelque chose que tu ne ressens que sur le Tour. Quand tu n’as plus ce feu à l’intérieur de toi, ce n’est pas bon signe. »
Un Tour abordé comme si c’était son dernier
À 34 ans et à un an de la fin de son contrat chez Tudor, le sextuple vainqueur d’étapes du Tour ne s’élance pas pour une dernière tournée, même s’il aborde les trois prochaines semaines « comme si c’était [son] dernier
Tour, comme je l’ ai toujours fait .Cela me donne une motivation supplémentaire. Je ne pense pas à l’après, je pense au travail effectué, aux étapes à venir. On souffre mais c’est une ambiance unique. »
Et tant pis s’il n’a plus gagné une étape depuis 2021, que la bataille des ogres réduit son champ des possibles, que les jeunes poussent trop fort aujourd’hui – « cela n’aide pas les anciens à récupérer plus vite » , sourit-il –, Alaphilippe revient sur les sentiers de ses exploits, de ses amours estivales : « Je suis prêt à souffrir, j’ai hâte d’être au départ, ce sont des signaux encourageants. Le Tour, c’est un état d’esprit différent, c’est l’été, une période que j’ai toujours aimée. » On en est tous là.

Commenti
Posta un commento