LE SENS DU TIMING


Le Tourmalet les attend

Olav Kooij a remporté hier le premier sprint du Tour et validé le plan à deux têtes de Decathlon-CMA CGM au moment idéal. Paul Seixas doit prendre le relais aujourd’hui dans le Tourmalet, où la hiérarchie du général pourrait s’affiner.

Cette victoire va surtout souder autour de cette joie un collectif qui ne se connaît pas beaucoup
Tout dépend de l’humeur de Pogacar, qui peut faire d’un col hors catégorie un flop et transformer un pont de chemin de fer en traquenard

9 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

PAU (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES)– Comment ne pas débuter par rendre hommage au « Sanglier » Baptiste Veistroffer, toujours prêt à retourner les espaces qui s’offrent à lui, à partir dans des aventures sans lendemain et qui n’allait sûrement pas réprimer ses pulsions de liberté alors qu’il découvre le Tour de France et qu’hier, entre Hautes-Pyrénées et Gers, avant l’entrée en fin de parcours dans les Pyrénées-Atlantiques, il y avait des plaines agricoles et des terres de rugby à labourer, du côté de Castelnau-Magnoac notamment?

L’animal breton a grommelé dès le baisser de drapeau, pour s’évader dans des paysages brûlés par un soleil devenu fou, animé par le bonheur simple d’être un coureur français dans la Grande Boucle, un sommet déjà pour lui, de s’y construire des souvenirs pour toujours, dans le refus de toute fatalité, de toute condamnation à l’anonymat ou à juste subir les foudres des autres. Une échappée pour montrer le maillot, oui et non, car le cyclisme moderne a modifié cela aussi et les fugues gratuites n’existent plus, sinon il y aurait eu un peu plus de monde à l’avant, hier, et l’on peut toujours regretter que ce ne fut pas le cas. À la beauté de l’inutile, au romantisme des expéditions vaines se superpose désormais un effort calculé, machiné par une équation froide, le groin sur le capteur de puissance, calé à un certain niveau de watts pour durer le plus longtemps sans se carboniser.

Comme tous les coureurs du Tour à des étages et dans des registres différents, comme Tadej Pogacar ou Mads Pedersen, Veistroffer est dans la maximisation, il tire le meilleur de ce qu’il peut produire avec ce que la nature lui a offert, à savoir une puissance de phacochère et une joie de vivre qui nous a tous un peu brumisés, hier aprèsmidi. Ce n’est pas donné à tout le monde de tenir la meute à distance pendant 154 bornes et le baroudeur d’Intermarché-Lotto fut donc rattrapé à 14 bornes du terme, alors qu’une dizaine de kilomètres en amont, le peloton s’était un brin animé, dans la côte de Baleix, où Fred Wright avait attaqué, rejoint par Kasper Asgreen et Valentin Paret-Peintre, plus là pour neutraliser, taille de guêpe au milieu des taureaux, mais le trio n’alla pas bien loin.

Ce devait être un sprint, et les buffles avaient suffisamment gratté de la patte dans cette édition, jusqu’à la cinquième étape donc, tribu dédaignée par les canons actuels, pour laisser filer l’occasion. Le final était promis à un peu de nervosité, en raison de cette attente, parce que c’était le premier, mais aussi car le nombre d’occasions pour les sprinteurs dans ce Tour de France est globalement restreint – encore quatre garanties sur le papier - et fait monter la pression dans les équipes qui ont bâti une partie de leur sélection sur cet exercice.

Et puis, les derniers kilomètres étaient tout de même piégeux, avec en particulier deux points chauds, et une chute intervint sans surprise à 5,6 km de l’arrivée, dans un virage à droite rendu périlleux par un îlot qui resserrait la chaussée. Une quinzaine de coureurs y furent pris, tombés ou juste retardés, Jonas Vingegaard, Victor Campenaerts et Aurélien Paret-Peintre, mais aussi trois Soudal-Quick Step, ce qui isola totalement Tim Merlier pour le sprint. Tout était en réalité désorganisé et Olav Kooij, d’abord seul lui aussi, put compter sur le retour de Cees Bol pour s’imposer avec une grande facilité dans le sprint. Invité de dernière minute dans ce Tour, revenu de nulle part après une longue maladie en début d’année, le Néerlandais offrait aux deux sponsors Decathlon et CMA CGM leur première victoire dans la Grande Boucle.

Plus important, ce succès peut avoir un impact essentiel sur la dynamique de la formation savoyarde. Elle valide le plan de la direction d’emmener deux leaders et de chasser deux lièvres sur cette édition, le général avec Paul Seixas et les sprints avec Kooij, et elle va dissiper pour un moment les critiques sur cette décision, écarter les interrogations. Elle va surtout souder autour de cette joie un collectif qui ne se connaît pas beaucoup, qui n’a jamais couru ensemble et c’est déterminant pour la suite, quand l’heure des sacrifices approchera. Elle va donc donner un peu d’air et alléger un brin la pression de l’encadrement, des équipiers, mais on ne croit pas qu’elle changera grand-chose pour Seixas, qui vit avant tout avec son exigence envers lui-même, avec ses ambitions personnelles et ce succès ne modifie pas les contours de son défi à lui, ni n’atténue la violence du combat qui l’attend.

Il va d’ailleurs le reprendre aujourd’hui, et cette victoire à Pau tombe donc à un moment idéal pour toute l’équipe, alors que se profile la grande étape des Pyrénées, quelque peu allégée par les organisateurs pour tenter de protéger le suspense le plus loin possible en troisième semaine. Sa majesté du Tourmalet en sera le point central avec Aspin d’abord puis un final inédit jusqu’au pied du cirque de Gavarnie, mais très roulant (18,7 km à 3,7 %). La montée par la Mongie est suffisante pour imaginer des choses, même si le sommet sera placé à 40 km de l’arrivée.

On a en tout cas appris à ne pas essayer de lire dans les cartes du parcours, car tout dépend de l’humeur de Tadej Pogacar, qui peut faire d’un col hors catégorie un flop et transformer un pont de chemin de fer en traquenard. S’il décide d’être entreprenant, la journée affinera la hiérarchie et pourra nous donner des indices sur comment le quadruple vainqueur du Tour de France va continuer à utiliser Isaac Del Toro, sur l’écart en haute montagne avec Jonas Vingegaard, ainsi que celui entre ce dernier et Seixas, qui semble jusqu’à présent juste dans sa roue. Torstein Traaen a été pris dans la chute hier, mais sans gravité, et le Maillot Jaune a un matelas qui doit lui permettre de voir par-delà les Pyrénées. Les favoris reprennent donc du service après un final à Pau où il était amusant de les voir ensemble en queue de paquet, Vingegaard dans la roue de Pogacar, l’instinct grégaire des champions de leur rang, même si le Danois sait que c’est aujourd’hui qu’il faudra s’accrocher au sillage du maillot arcen-ciel.

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DÉCRIPTAGE

Un final de filou

5,8 km : une cassure évitée de justesse au rétrécissement


À 6,3 km de l'arrivée, les DecathlonCMA CGM sortent du bois avec un gros effort de Hoole pour emmener Bol et Kooij dans les meilleures conditions au rétrécissement situé 500 m plus loin. En remontant parmi les trente premiers, le trio est situé en aval de la chute de Molenaar et de Stuyven à 5,8 km de la ligne. Quand ils ressortent du rétrécissement, Bol et Kooij ont perdu Hoole, mais le rouleur néerlandais leur a permis d'éviter la cassure causée par la chute.

t.m.t à 14’’

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1,1 km : Kooij anticipe l’équerre gauche et prend l'avantage


Pointé après la course par Kooij, le virage gauche en équerre à 1,1 km de la ligne a été décisif. « Il fallait être bien positionné à cet endroit, le plan était de prendre à l'intérieur », a indiqué le sprinteur néerlandais, qui a anticipé en remontant sur la gauche de la route. Cet effort de 300 m est conséquent mais il lui en économise un pour la suite, car il ressort encore du virage à l'avant de la cassure.

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800 m : le retour diabolique de Bol


Dans le dernier kilomètre, Bol s’acharne à revenir aider Kooij. Le poisson-pilote ne va pourtant pas guider son sprinteur mais plutôt prendre sa roue dans une étrange inversion des rôles : le lanceur veut le protéger par l'arrière, en ralentissant les autres dans la courbe à 600 m. Gênés par le mouvement de Bol dans cette dernière courbe, Pedersen, Girmay, Merlier et même Philipsen sont condamnés à relancer avec un effort quasiment maximal pour revenir dans la roue de Kooij.

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200 m : le timing idéal pour clouer Kanter

Dans la dernière ligne droite, Kooij a déjà un avantage sur les sprinteurs aussi rapides que lui mais il lui reste à dominer Max Kanter, parfaitement emmené par son train XDS-Astana. En lançant une fraction de seconde avant l'Allemand – qui doit en plus contourner son propre lanceur –, la victoire est assurée. 

(L. He., à Pau.)

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