Olav Kooij change de Pau
JASPER JACOBS/BELGA MAG/BELGA VIA AFP
À l’arrivée, un sprint épousseta les rues de la ville des rois.
Dans la 5e étape, entre Lannemezan et Pau (158,3 km), victoire du Néerlandais (Decathlon), équipier de Paul Seixas. Ce jeudi, le peloton affronte la haute montagne dans les Pyrénées.
Les Pyrénées sont de ces rendez-vous que les Géants ne choisissent pas.
9 Jul 2026 - L'Humanité
Pau (Pyrénées-atlantiques), envoyé spécial. JEAN-EMMANUEL DUCOIN
ACTE I, SCÈNE 1.
Écho récitatif, en mode mineur. Pas même un préambule, ni une entrée en matière dans le dur, juste un soupçon de frustration, et cette étrange impression d’une «transition» forcée entre Lannemezan et Pau (158,3 km), sur un profil aussi plat qu’on puisse l’imaginer en dehors d’une mini-bosse à 25 bornes du but. Lécher ainsi les cimes de la déesse Pyrène, là, à portée de vue, mais sans y pénétrer, eut quelque chose de paradoxal. D’autant que le tracé était d’une brièveté confondante, version moderne du cyclisme et du Tour qui ne laisse pas de nous interroger. « Les grands champions, les Aigles, sortent toujours du lot sur les grands tours par leur capacité de résistance aux longues distances, c’est le juge de paix suprême », nous répétait jadis le regretté Laurent Fignon. L’épopée de Juillet en un exercice de résistance en intensité fractionnée. Est-ce mieux ? Allez savoir…
ACTE I, SCÈNE 2.
Pas à une folie près, un courageux prit la poudre, dès le kilomètre zéro, comme si une forme de suicide se révélait soudain à lui, telle une seconde nature. Le Français Baptiste Veistroffer (Lotto) se lança dans un raid solitaire, adoubé par le peloton, bien content d’avoir à gérer une tentative vouée à l’échec. Le territoire devint tout de même saisi dans ses limites et sa grandeur, des Hautes-pyrénées au Béarn en passant par le Gers. Réglons les affaires courantes: le Breton Veistroffer fut évidemment avalé, à 14 kilomètres de la ligne. Au-delà des 5 kilomètres de l’arrivée, une chute collective se produisit, provoquant une cassure fatale pour certains favoris des grosses cuisses. Une sorte de sprint massif épousseta les rues de Pau, duquel sorti vainqueur l’équipier de Paul Seixas, le Néerlandais Olav Kooij (Decathlon). Au matin, ce dernier affirmait : « C’est une étape qui me convient, je l’attends donc avec impatience. » Carton plein pour l’armada française, qui validait sa stratégie d’embarquer sur le Tour un spécialiste du genre.
ACTE II, SCÈNE 1.
À la veille de la première grande étape décisive de l’épreuve vers Gavarnie, notons qu’un certain Tadej Pogacar n’était pas mécontent de s’être délesté de son paletot jaune, au moins pour une journée, surtout par ces chaleurs. Entre le protocole obligatoire (podium…), les interviews de rigueur (TV, radios, presse écrite, etc.), les poses photo, le contrôle antidopage, les dédicaces de maillots, les rencontres avec les officiels, le quadruple vainqueur ne cachait pas son plaisir, sans doute temporaire. « C’est assez difficile à quantifier mais, certains jours, la pression médiatique est énorme, tandis que, d’autres jours, elle est moins forte, expliqua le Slovène. Je suis souvent remonté sur le podium et j’ai dû faire beaucoup de travail supplémentaire. Ce mardi et mercredi, j’aurai une heure et demie de moins d’obligations, ce qui facilitera ma récupération. » Tout se calcule, au point de se demander si le quadruple vainqueur souhaite récupérer son bien au plus vite…
ACTE II, SCÈNE 2.
Ce «bien» acquis dans la touffeur du pays cathare, mardi, le baroudeur grimpeur norvégien Torstein Traeen, 30 ans, entend bien le conserver le plus longtemps possible, avec son actif de 7’ 53” par rapport à Pogacar. À la plus grande satisfaction de ses congénères, qui ne cachent pas une certaine admiration envers le bonhomme. Et pour cause. En 2022, Traeen fut informé au téléphone d’un test antidopage positif sur le Tour des Alpes. Pas de triche dans cette histoire, juste une hormone HCG supérieure à la moyenne. Stupeur du coureur : cette hormone révèle un cancer d’un testicule. « Sans ce contrôle, je n’aurais sans doute pas été voir un docteur», avouera-t-il. En mai 2022, le Norvégien subit une opération, et, après quelques mois de repos, accroche à nouveau un dossard sur une course de deuxième échelon, toujours au sein de son équipe formatrice, Uno-x Mobility, armada 100 % scandinave. Signalons que, réputé dur au mal, Torstein Traeen s’était illustré sur la Grande Boucle en 2023, à la suite d’une lourde chute dès la première étape à Bilbao : fracture au coude. Le gaillard avait néanmoins bouclé son Tour (95e place), se contentant de dire : « La fracture est quelque part, par-là, je ne connais même pas le nom de l’os. » Lors de la dernière Vuelta, le Norvégien avait déjà procédé au coup de « l’échappée fleuve » pour prendre le maillot de leader, qu’il conserva quatre jours avant de le rétrocéder au futur vainqueur, Jonas Vingegaard. Prémonitoire.
ÉPILOGUE.
Autour du chronicoeur, dans cette ville de Pau familière des routes de Juillet, le temps s’atrophia quelque peu, mais la perspective du lendemain promettait une tragédie classique aux allures fauves. Car il existe dans le Tour des moments qui ne ressemblent à aucun autre. Les Pyrénées, fragments de vérité, sont de ces rendez-vous que les Géants ne choisissent pas : ils les respectent, contraints et forcés. Ils ne promettent rien, mais exigent tout. Depuis plus d’un siècle, leurs cols accueillent les plus grandes espérances comme les plus cruelles désillusions. Ce jeudi, excusez du peu : deux côtes, avant d’enquiller le col d’aspin (12 km à 6,8%, 1re cat.), celui du légendaire Tourmalet (17,1 km à 7,3 %, 2 115 m, HC), et enfin la montée de Gavarnie-gèdre (18,7 km à 3,7%, 2e cat.), où le vent souffle comme un vieil historien, racontant à ceux qui veulent l’entendre que sur ces kilomètres les corps vacillent et les caractères se révèlent, transformant des épopées et des destins en récit. Car, ici, on ne traverse pas la montagne, on lui rend hommage en mode sacrificiel, comme si nous devions offrir à Pyrène le sang de l’avenir, mythologie enracinée dans l’âme des Forçats.
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