Michael Olise, le génie tranquille des Bleus venu d’Angleterre
« C’est une locomotive. Ce garçon vous fait aimer le football.
Il est beau à voir jouer, beau avec le ballon et il a tout pour être aimé »
- Gérald Baticle adjoint de Thierry Henry lors des JO 2024
9 Jul 2026 - Le Figaro
B. D.
En novembre 2010, c’est jour de fête à Londres chez les Malouda. Florent (30 ans à l’époque, 46 ans aujourd’hui), le papa et international français (80 sélections) qui évolue à Chelsea, a réuni famille, proches et partenaires pour l’anniversaire de son fils, Aaron. L’ambiance est légère, les sourires fusent. On y retrouve Nicolas Anelka notamment, coéquipier chez les Blues, et un certain Michael Olise, dont le petit frère joue avec le fils de l’ancien Lyonnais. Âgé de 9 ans, et en formation au sein du club anglais, le jeune Micheal provoque les rires de l’assemblée après avoir mis un petit pont à Florent Malouda, sous l’oeil hilare d’anelka. Seize ans plus tard, le gamin a bien grandi et fait rêver la France en Amérique cet été. Il sera encore l’un des hommes à suivre face au Maroc ce jeudi (22 heures) en quart de finale, à Boston, en tant que chef d’orchestre de la meilleure attaque de la Coupe du monde avec déjà cinq offrandes distribuées. À une unité du record d’un certain Pelé en 1970. Excusez du peu. Ses gestes font lever les foules, sa technique imprime la rétine et sa vision de jeu régale ses partenaires. L’homme qui remet le poste mythique de numéro dix au goût du jour vit très bien des comparaisons avec Michel Platini et Zinédine Zidane, légendes vivantes du football français.
Personnalité à part, « dans son monde », introverti et « cool » comme le décrivent ses partenaires, Michael Olise ne laisse personne insensible. Sur et en dehors du terrain. Sa vie est déjà un roman. Dont les plus beaux chapitres sont encore à écrire. Quand on interroge les proches de l’international français (24 ans, 22 sélections), il y a ceux qui déclinent gentiment car ils ont déjà tout dit, et il y a les autres, dont on a ordonné la discrétion. La rançon de la gloire. Né à Hammersmith, dans l’ouest de Londres, passé dans les centres de formation d’arsenal, Chelsea, Manchester City avant d’être retoqué, pour finalement éclore à Reading puis à Crystal Palace, Michael Olise n’a rien fait comme les autres depuis son plus jeune âge. Un pur produit de la formation anglaise… qui fait aujourd’hui le bonheur de la sélection française. Un don du ciel. «Vous nous l’avez piqué, c’est une honte, plaisante Ryan, supporteur anglais croisé à Boston. Il devrait être avec nous cet été et on le pleure chaque jour. C’est un génie. »
Du royaume de Sa Majesté, le cerveau des Bleus aux États-unis, qui adorait performer dans les cross durant sa jeunesse, a gardé quelques vieilles habitudes. D’abord, la langue de Shakespeare. Il alterne avec celle de Molière en fonction de ses humeurs. Chaque matin au Four Seasons de Boston, hôtel des Bleus, il est l’un des premiers au petit déjeuner, avec le même rituel : thé anglais et toasts pour bien attaquer la journée. Sa place à table en dit long sur son statut : assis à côté de Kylian Mbappé, son capitaine, et d’ousmane Dembélé, le Ballon d’or et double champion d’europe avec le PSG.
Les trois galactiques. Dans un monde fait de codes et des fameux détails, ce n’est pas un hasard de voir le joueur du Bayern Munich partager le sel et le poivre avec ses deux compères.
Né d’un père britanno-nigérian et d’une mère franco-algérienne, l’homme qui a failli inscrire le plus beau but du Mondial contre la Suède (3-0) avec un ciseau fabuleux, a toujours été au-dessus du lot durant ses jeunes années. Ce qui lui a parfois causé des problèmes avec plusieurs centres de formation écumés (Hayes et Yeading United 2007-2009, Arsenal 2009, Chelsea 2009-2016, Manchester City 2017). La faute à un caractère pas toujours maîtrisé, et un rapport à l’autorité singulier. « Michael a été le meilleur joueur de sa catégorie d’âge tout au long de sa carrière, explique au Figaro Sean Colon, son mentor, qui l’a eu sous ses ordres quand il était gamin. Parfois, cela a presque joué contre lui : il ne pouvait pas comprendre la nécessité de travailler aussi dur. »
Un avis partagé par Brian Mustill, toujours formateur chez les Blues de Chelsea et qui a dirigé Olise en U8 et U10 : « C’était déjà un talent exceptionnel à l’époque, mais aurais-je dit qu’il aurait la carrière qu’il a aujourd’hui et qu’il deviendrait l’un des meilleurs joueurs du moment? Je ne pense pas, car beaucoup de choses peuvent arriver. Cela dit, c’était un talent remarquable et un joueur dont on prenait autant de plaisir à le regarder à l’époque qu’aujourd’hui.»
Sous le charme d’un joueur suivi par ses parents aux États-unis durant toute la Coupe du monde et dont rêve le Real Madrid, Sean Colon ne s’arrête plus : « Michael était destiné à devenir un footballeur spécial. Quand il était jeune, il trouvait le jeu facile grâce à ses qualités physiques exceptionnelles, à sa coordination et à la netteté de ses mouvements lorsqu’il touchait le ballon. La façon dont il rentre aujourd’hui sur son pied gauche est imparable. Il faisait déjà la même chose à l’âge de 7 ans. Il a toujours eu un contrôle du ballon très précis et un vrai sens du but. Dès son plus jeune âge, il trouvait des moyens de placer le ballon dans la lucarne. »
Comment expliquer que Michael Olise, joyau de la Couronne, ait préféré la France à l’angleterre ? «Je venais toujours en France quand j’étais petit, soufflait-il lors de sa présentation à Clairefontaine, sans cacher son accent british, lui qui met en avant des souvenirs de Zidane, Henry ou encore Ribéry lors des compétitions internationales. C’est naturel, j’ai toujours eu cette connexion avec la France.» Médaillé d’argent aux JO de Paris 2024 avec lui, Gérald Baticle, adjoint de Thierry Henry, y voit comme un symbole de la France. De son ascenseur social. De sa mixité. « Michael, c’est l’évolution de notre société. Avant, les anciens comme moi, on allait dans le village d’à côté, c’était déjà bien. On a évolué, on pouvait traverser la France. Quand on était fiers de traverser le pays en voiture, aujourd’hui, ces joueurs sont des citoyens du monde. Ils vont, communiquent à vitesse grand V avec la planète entière. Leur ouverture d’esprit est beaucoup plus large que la nôtre. Michael a ça dans ses racines. Dans ses veines. Il est riche des origines de son père, de sa mère et il n’a peur de rien. Changer de pays, parler différentes langues, s’adapter, il sait faire. C’est du savoir en plus et c’est beau à voir. Ce gamin est une bénédiction.»
Avec son père, le fan d’échecs et adepte du kaizen (processus d’amélioration continu en provenance du Japon) parle anglais et avec sa mère, c’est le français. Antistar par excellence, peu présent sur les réseaux sociaux, il est l’un des rares joueurs de l’équipe de France sans contrat de sponsoring avec un équipementier sportif. À l’ancienne dans un monde moderne. Pour un manque à gagner colossal. Des millions d’euros. Pas l’essentiel. « Après le Mondial, il va recevoir des dizaines d’offres pour être accompagné par des sponsors, ça va être monstrueux, témoigne un agent d’image très bien implanté. Olise, c’est la poule aux oeufs d’or. »
Fan de mode aux habitudes d’avantmatch qui détonnent lors de la reconnaissance du terrain (lunettes de soleil, survêtement remonté jusqu’aux oreilles, oreillette et claquettes, il tâte la pelouse de manière fugace et s’en va sans échanger le moindre mot avec personne), Michael Olise peut apparaître parfois nonchalant et déconnecté. Tout ce qu’il n’est pas en réalité. «Il capte tout très vite, a besoin de peu de mots, précise Baticle, totalement sous le charme. Il est précis, dans sa tête, c’est instantané, il sait ce qu’il veut. Il vient, il demande, on lui donne et il s’en va. Pour moi, c’est une locomotive. Ce garçon vous fait aimer le football. Il est beau à voir jouer, beau avec le ballon et il a tout pour être aimé. » Et il a trois matchs pour entrer définitivement dans le coeur des Français. Au grand dam de l’angleterre.
.webp)
Commenti
Posta un commento