Revenu de nulle part Olav Kooij


Olav Kooij tout sourire à l’arrivée de la 5e étape du Tour de France, hier à Pau. 
Le Néerlandais compte désormais quatre victoires d’étape avec Decathlon CMA CGM 
malgré un début de saison tronqué avec sa nouvelle équipe.

Éloigné des routes pendant cinq mois, non retenu pour le Tour dans un premier temps, s’est imposé au sprint hier à Pau. Son année 2026 est folle.

“J’étais très fatigué et incapable de m’entraîner ''
OLAV KOOIJ

9 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

PAU – La caboche du coureur cycliste est un drôle de lieu où l’on aimerait s’inviter un jour afin d’y disséquer les re s s ort s qui s’ y cachent, les cellules qui s’activent, les émotions qui se mettent en branle et fusent dans toutes les parties du corps, en pensant au passé. Olav Kooij doit être un drôle de spécimen à analyser, encore plus après ce mercredi. Le Néerlandais pousse comme un forcené sur ses pédales lorsque les sprints arrivent et il a offert à Pau une victoire de prestige à Decathlon CMA-CGM.

Mais à 24 ans, il s’est surtout offert un cadeau magnifique dans une année 2026 assez illisible. Premier Tour de France, premier sprint massif et première victoire. « Je ne connais pas beaucoup de coureurs dotés d’une telle force mentale alors que j’ai quand même travaillé avec de très bons cyclistes, au fil des ans. Il a su se battre pour revenir et gagner la confiance du staff et de l’équipe » , souffle son directeur sportif, Mark Renshaw, qui accompagnait Thor Hushovd au début de sa carrière avant d’être le poisson-pilote de l’immense Mark Cavendish. « C’est le premier sprint de sa carrière dans le Tour et gagner comme ça, ça veut dire quelque chose, glisse son coéquipier Tiesj Benoot. Ça m’impressionne. »

Il y a des histoires écrites à l’avance, tellement les signes du destin sont évidents. Le 28 mai, au matin du prologue des Boucles de la Mayenne à Laval, Olav Kooij n’avait pas encore couru de la saison. Quarante-deux jours plus tard, il totalise quatre succès, tous au sprint: deux aux Boucles, une au Tour de Belgique et celle d’hier, la plus belle, forcément, sur le Tour.

De janvier à mai, Kooij a dû soigner un vilain virus contracté lors d’un stage avec sa nouvelle équipe, en Espagne. « Ça m’a tenu à l’écart assez longtemps. J’étais très fatigué et incapable de m’entraîner » , confiera-t-il un peu plus tard. Le calvaire a duré, avec une reprise sans cesse repoussée : l’UAE Tour mi-février, le Nieuwsblad et Kuurne-BruxellesKuurne à la fin du même mois en Belgique, Paris-Nice en mars… « À ce moment-là, je n’avais vraiment aucune idée du temps que ça me prendrait pour redevenir un coureur, expliquait-il hier soir.

Avec l’équipe, on a bâti beaucoup de plans qu’il a fallu changer et réadapter plusieurs fois pour reprendre la compétition plus tard que ce qu’on avait prévu. »

Même l’entraînement était déconseillé par l’encadrement médical, qui voulait prioriser la santé d’un coureur. De fil en aiguille, la participation au Tour de Kooij s’est donc retrouvée fortement compromise. Un accord avait pourtant été passé lors de la signature de son contrat, lui garantissant, sauf blessure ou méforme, une présence en 2026 et 2027 sur la Grande Boucle. La situation enlevait une épine du pied de son équipe, qui avait entre-temps vu émerger, bien plus rapidement que prévu, Paul Seixas, dont la présence sur le Tour à 19 ans concentrait toutes les attentes.

À la mi-juin, la conjugaison des victoires du sprinteur néerlandais dès sa reprise et de la chute de Seixas au Tour Auvergne-RhôneAlpes a néanmoins poussé Decathlon à réorganiser la composition de son équipe. Non sans heurts et interrogations, mais finalement, Kooij et son poissonpilote Cees Bol ont bien été du voyage vers Barcelone.

« Le Tour de France est resté mon objectif, mais je suis resté dans l’incertitude pendant un bon moment, racontait le sprinteur au départ de l’épreuve. Il y a eu des moments où je me demandais si j’y arriverais ou non. Mais j’ai fait tout mon possible pour être prêt et, heureusement, nous avions encore assez de temps. »

« C’est un grand champion, hors normes, et si on l’a recruté, si on lui a donné cette confiance, c’est qu’on croit en lui, certifiait le patron de l’équipe, Dominique Serieys. Un virus très sévère l’a empêché de rouler pendant cinq mois mais on s’est donné le temps, avec le docteur Jacky Maillot, de bien laisser Olav récupérer. »

Un seul stage avec son train

Transfuge de Visma-Lease a bike, où il a cumulé 47 victoires (dont trois étapes du Giro, trois à ParisNice, une à Tirreno-Adriatico ou la Classique de Hambourg), Kooij n’a jamais lâché l’affaire malgré les vents contraires. Cloîtré aux Pays-Bas et donc éloigné physiquement de tout le monde pendant longtemps, il pouvait s’imaginer qu’il n’irait pas sur le Tour, qu’il n’avait créé aucun automatisme avec ses coéquipiers, sportivement ou humainement. « J’ai commencé à travailler avec lui en course il y a seulement quatre semaines… » , constate Renshaw.

Kooij n’a réalisé qu’un seul stage de préparation avec son train, juste avant le Tour de Belgique. « C’est dur une période comme ça, mais il est arrivé frais sur le Tour et ça, c’est la bonne nouvelle » , rigole Benoot, débarqué comme lui cet hiver en provenance de Visma. « À un moment, j’ai perdu mes équipiers et j’ai décidé d’y aller tout seul. C’est ça aussi la vie d’un sprinteur. Parfois, il faut savoir trouver son chemin par soimême » , observait Kooij dans la chaleur de Pau. On n’a toujours pas compris s’il décryptait son sprint ou les premiers mois de sa saison 2026.

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