Ayyoub Bouaddi, cette pépite française chipée par le Maroc
« Le Maroc fait partie du gratin mondial, désormais. Ayyoub Bouaddi en sélection, c’est le résultat d’une volonté de la royauté associée à un président très ambitieux et très intelligent. Ce cocktail fait qu’aujourd’hui ils en récoltent les fruits »
- Hervé Renard sélectionneur du Maroc entre 2016 et 2019
9 Jul 2026 - Le Figaro
B. D.
Jeudi, 16 heures (22 heures en France), pelouse du Gillette Stadium de Foxborough. Un homme aura forcément un pincement au coeur en écoutant les hymnes avant France-maroc, choc somptueux pour décrocher une place en demi-finale de la Coupe du monde. Cet homme est jeune, fort, brillant, adoré de tous et connu des amoureux du football dans l’hexagone : Ayyoub Bouaddi. À 18 ans, né à Senlis, pur produit de la formation française et joueur phare de Lille, le milieu de terrain défend les couleurs des Lions de l’atlas. Avec une réussite folle, des copies rendues de grande qualité et un statut de titulaire que personne ne conteste.
Non sélectionné par Didier Deschamps, qui a préféré opter pour d’autres options (Tchouaméni, Rabiot, Koné, Zaïre-emery, Kanté) cet été en Amérique, le Lillois a répondu positivement à l’opération séduction des Marocains, bien contents d’avoir «chipé» un joyau (estimé à 50 M€ par le site Transfermarkt mais dont le club, pas vendeur, imagine au moins le double) que tous les grands clubs du monde ont déjà dans le viseur. Ayyoub Bouaddi s’avance aussi comme le symbole d’un Maroc puissant et désormais prêt à regarder dans les yeux ce qui se fait de mieux sur la planète football.
Interrogé à plusieurs reprises sur les raisons de son choix, Ayyoub Bouaddi, tête bien faite, vainqueur d’un concours d’éloquence à l’élysée et qui a poursuivi ses études de mathématiques, salue « l’accueil incroyable » (des Marocains) et une situation « parfaite ». Jamais un mot plus haut que l’autre. Désir d’apaisement. Et aucune volonté d’en rajouter. Pour ce qui est des explications, le choix du coeur, avec des parents marocains, et de la raison, sont souvent cités pour légitimer le fait d’avoir franchi le pas. Même l’appel d’un certain Zinédine Zidane, futur sélectionneur de l’équipe de France, n’a pas inversé la donne.
Depuis des mois et même des années, les dirigeants marocains l’avaient dans le viseur et ont tout fait pour le rapatrier au sein de la sélection. Des visites à Lille de Walid Regragui, ex-sélectionneur des demi-finalistes du Mondial 2022 contre la France, du président de la fédération marocaine, Fouzi Lekjaa, ou encore de l’actuel technicien, Mohamed Ouahbi… Une présentation des installations marocaines, dont le centre ultramoderne Mohammed-vi, a aussi séduit le principal intéressé. « Il est resté scotché quand il a vu ça, lui qui a été à Clairefontaine des dizaines de fois», plante un proche du dossier.
Face à cette situation, les mérites du joueur ayant été vantés par le président nordiste Olivier Létang auprès de la Fédération française de football - sans succès -, Ayyoub Bouaddi a longtemps botté en touche. Avant de prendre sa décision. Le Maroc et pas la France, après n’avoir jamais été appelé par Didier Deschamps. Abondance de biens. « Il a choisi pour le coeur et la raison, avance au Figaro Omar Khyari, conseiller du président de la fédération marocaine. C’est l’un des premiers binationaux qui a pensé avec sa tête en se disant que le Maroc aujourd’hui n’est plus celui d’il y a quinze ans, qui ne performait pas.»
Une vérité implacable. Finaliste de la Coupe d’afrique des nations en janvier dernier (dans l’attente de la décision du TAS quant au vainqueur final face au Sénégal), quart-de-finaliste de ce Mondial 2026, après avoir été demi-finaliste en 2022, sans oublier les performances des sélections de jeunes (champion du monde U20 avec l’actuel sélectionneur), et l’évolution aussi de la section féminine ou du futsal, le football marocain a pris une autre ampleur, avec en toile de fond la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’espagne et le Portugal. Tout sauf une surprise, pour certains.
« Le Maroc fait partie du gratin mondial, désormais, estime Hervé Renard, sélectionneur des Lions de l’atlas entre 2016 et 2019. Ayyoub Bouaddi en sélection, c’est le résultat d’une volonté de la royauté associée à un président très ambitieux et très intelligent. Ce cocktail fait qu’aujourd’hui ils en récoltent les fruits. » Un avis forcément partagé au sein de la fédération, après la mise en place d’un immense travail de fond entre la création de terrains, de centres de formation, de professionnalisation d’éducateurs et des infrastructures dignes du plus haut niveau.
« Le travail paie, et le Maroc n’est pas là pour réussir un coup une année avant de disparaître, ce n’est pas la volonté des dirigeants, explique Omar Khyari. Ilya une vision politique royale qui englobe tous ces éléments. On veut durer dans le temps, et, aujourd’hui, un gamin qui a 12 ans, considère que le Maroc est une grande nation du foot. Notre pays regarde dans les yeux désormais des nations comme la France ou l’espagne quant à l’intérêt de la sélection. » Questionnée sur les rumeurs d’argent proposé à Ayyoub Bouaddi pour rejoindre le Maroc, la fédération s’insurge et les qualifie de « pures calomnies ».
Les exemples récents témoignent d’une montée en puissance, comme avec Bouaddi, mais aussi Achraf Hakimi et Brahim Diaz, hispanophones, sans oublier quelques «échecs», à l’image de Lamine Yamal, dont le père est marocain. On ne peut pas être gagnant à tous les coups… «Ayyoub est parfaitement connu du football français pour avoir été retenu avec les U16, U18, 20 et les Espoirs, il a fait un choix pour sa carrière et on le respecte, personne ne va le blâmer, témoigne Guy Stéphan, l’adjoint de Deschamps, même si au sein de la direction technique nationale (DTN), l’amertume est à peine voilée. Le Maroc est un pays qui progresse très bien, avec des infrastructures, des compétences et une vision. »
Les ambitions sont là, assumées. « Ils veulent être champions du monde et le premier pays africain à décrocher le titre suprême, souffle Hervé Renard, admiratif. Je ne sais pas s’ils le seront, mais ils font tout pour y parvenir. C’est le pays d’afrique le mieux préparé, ils ont tout compris.» Outre le quart de finale contre les Bleus ce jeudi, et l’objectif 2030 au pays, dont chaque dirigeant marocain rêve que la finale ait lieu dans le futur grand stade Hassan-ii (en balance avec le Bernabéu à Madrid), enceinte la plus grande du monde avec 115 000 places, au nord de Casablanca, le Maroc poursuit son travail « invisible » mais essentiel. Avec notamment un quadrillage conséquent de la France, du Bassin parisien, fort d’une conséquente diaspora marocaine. Des scouts vadrouillent partout en Europe (Espagne, Pays-bas, Belgique, France…) à la recherche de futurs talents susceptibles de renforcer la sélection. « Avant, c’était moins sexy de jouer pour le Maroc. Maintenant, la question ne se pose plus », indique un ponte de la fédération. Ayyoub Bouaddi ne dira pas le contraire.
.webp)
Commenti
Posta un commento