Julian Alaphilippe LE ROI ALAPHILIPPE II


Championnats du monde Course en ligne Élite hommes 
Julian Alaphilippe est entré dans l’histoire en devenant le premier Français à conserver son maillot de champion du monde. Échappé à 17 kilomètres de l’arrivée, il a surclassé avec panache les favoris devant un public belge médusé. 

UN ABSOLU

Julian Alaphilippe a conservé son maillot de champion du monde au prix d’un nouveau chef-d’oeuvre et au terme d’une course totalement folle, une des plus belles journées de cyclisme de l’histoire.

27 Sep 2021 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

LOUVAIN (BELGIQUE) – Une trappe s’est ouverte sous nos pieds hier après-midi, le précipice, un vertige. Il restait quelques kilomètres à avaler dans les rues de Louvain, on venait de comprendre que Julian Alaphilippe allait rester champion du monde, même si on l’est toujours pour l’éternité, mais c’était bien plus que cela. Nous étions en train de vivre un moment qu’on allait emporter avec nous pour longtemps, un instant de grâce qu’on chérirait comme un trésor, dont on déroulerait le récit à l’envi pour que les souvenirs ne s’émiettent pas trop vite, on en exagérerait certaines parties au fil du temps, en gommerait d’autres. Une journée qui campera pour toujours dans nos mémoires, un tressaillement dans la poitrine dont on peut facilement extraire le diagnostic : cette course représenta tout ce qu’on aime, elle donna du corps et du sens à nos passions, et donc à ce qui nous définit, et nous rappela à quel point le cyclisme est capable de chambouler notre petit monde.

Ce Mondial a été d’une beauté absolue, nos compagnons d’itinérance avec pas mal de bouteille reconnurent d’ailleurs qu’ils n’avaient jamais vécu cela. Les Belges et leur douce folie déployèrent un décor somptueux pour ce rendez-vous d’anthologie. Les instances internationales évoquèrent hier soir le million de spectateurs sur le bord des routes, 350000 rien que dans la boucle de Louvain, sans que l’on sache s’il s’agit des chiffres de la police ou des syndicats, mais qu’importe, il y avait foule partout et ce fut un magnifique cadeau pour Julian Alaphilippe, qui l’an passé avait eu le « malheur » d’être sacré dans un autodrome d’Imola désert et froid comme un parking de supermarché.

Là, les décibels étaient au maximum, ce qui galvanisa le leader français, d’abord hué au milieu de l’arène car il était en train d’infliger à Wout Van Aert et toute sa bande, sur leurs terres, un Waterloo de la bicyclette, puis ovationné, un peuple qui se prosterne devant son bourreau, aux pieds de l’homme le plus fort de la journée. Il faut dire que la bagarre fut si intense, un combat de rue permanent, que celui qui en sortirait debout ne pouvait que susciter louanges et admiration. La baston s’enclencha à 180 km de l’arrivée, oui, oui, ce n’est pas une faute de frappe, et pas par des troubadours envoyés à l’avant pour amuser la galerie avec le tintement de leurs grelots.

Benoît Cosnefroy, suivi par Remco Evenepoel et Magnus Cort, alluma le premier pétard et à partir de là, le peloton, du moins ce qu’il en restait au fil des kilomètres, ne débrancha jamais, dans la démonstration d’un cyclisme total. Au milieu de cette anarchie, de ce piétinement de tous les codes, la France et la Belgique furent les deux grandes nations de ce Mondial, à l’origine de toutes les manoeuvres, et si les Bleus ont mis au fond, il serait injuste de déchirer la copie de Wout Van Aert et de ses équipiers. Le grand favori a calé sur la dernière accélération d’Alaphilippe, il n’avait tout simplement plus les cannes et on pourra toujours disséquer son approche des Mondiaux, tenter d’y déceler des erreurs, il avait jusque-là tout bien géré, parfaitement épaulé par Evenepoel. On pensait le diablotin capable de trahison, mais il a été irréprochable dans son rôle de lieutenant et a bûcheronné à l’avant pendant 150 bornes pour étouffer les mouvements adverses, avant de se garer à 26 km de la ligne. Même si Michael Valgren a accroché le podium (3e) à Louvain, les Danois n’ont jamais pesé sur la course et les Italiens pas bien davantage, obligés de s’employer très tôt car ils avaient un temps loupé le bon wagon, avant de rétablir la situation et de se retrouver à trois – Colbrelli, Bagioli, Nizzolo – dans le groupe de la gagne. Colbrelli parut bien moelleux quand il prit la roue d’Alaphilippe dans les pentes du Smeysberg, à 49km du terme, mais il fallait bien que son état de grâce cesse un jour et il mit lui aussi le clignotant un peu plus loin. Dans tout cela, les Français ont surnagé. 

Alaphilippe a encore une fois prouvé à quel point il savait mener sa barque, 
que les grands rendez-vous ne l’effrayaient pas, 
pas plus qu’une concurrence terrible

Évidemment, Thomas Voeckler a pu s’appuyer sur des coureurs en très grande forme, mais on ne peut pas négliger le souffle qu’il donne à sa sélection, l’inspiration qu’il transmet à ses poulains qu’il amène à sortir de tous les schémas, à oublier les calculs et à laisser libre cours, sans oreillette, à leur créativité. Anthony Turgis, Christophe Laporte, Benoît Cosnefroy, Valentin Madouas ont tous bossé comme des forcenés et si leur leader s’était loupé, Florian Sénéchal (9e ) était encore au chaud pour prendre le relais.

Quant à Julian Alaphilippe, on ne peut qu’évoquer un nouveau chef-d’oeuvre. Le puncheur français a pilonné tout le monde dans les soixante derniers kilomètres, au prix de plusieurs accélérations maousses, la dernière, à 17 km de l’arrivée, dans l’avant-dernier passage de Sint-Antoniusberg, où il écoeura définitivement tout le monde, Wout Van Aert et Mathieu van der Poel en tête. Le champion du monde a encore une fois prouvé à quel point il savait mener sa barque, que les grands rendez-vous ne l’effrayaient pas, pas plus qu’une concurrence terrible comme celle d’hier, face à des rivaux qui avaient pourtant eu tendance à lui tirer les oreilles ces derniers mois. Mais on retiendra surtout une chose : quand Alaphilippe prend dix secondes d’avance dans de telles circonstances, il les garde. Ce qu’il a gagné, on ne lui reprend jamais, il ne lâche rien et comment ne pas y voir une allégorie de sa propre vie, de cette enfance de peu dont il a su s’extirper pour se construire pas à pas, sans jamais trop regarder dans le rétroviseur, guidé par une destinée hors du commun?

Alors, voilà, il faut bien tenter de définir ce à quoi nous avons assisté hier, d’en déterminer la magnitude. L’an passé, nous avions écrit que le sacre d’Imola était la plus grande victoire du cyclisme français du XXIe siècle. Là, nous sommes tentés d’avancer que le triomphe de Louvain, ce doublé arc-en-ciel, est un des plus immenses exploits du sport français des vingt dernières années. Mais à vrai dire, c’est encore trop réducteur, tant la secousse n’est pas quantifiable, impalpable. Chacun l’aura ressentie à sa manière. Ce fut un tremblement de terre intime. Hier, nous avons touché au sublime.


***

Campionati del mondo di ciclismo su strada, categoria Élite maschile
Julian Alaphilippe è entrato nella storia diventando il primo francese a confermarsi campione del mondo. Dopo essersi staccato dal gruppo a - 17 chilometri dal traguardo, 
ha surclassato con brio i favoriti davanti a un pubblico belga sbalordito.

UN RISULTATO STORICO

Julian Alaphilippe ha difeso la maglia di campione del mondo grazie a un nuovo capolavoro e al termine di una gara assolutamente folle, una delle giornate più belle nella storia del ciclismo.

27 settembre 2021 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

LEUVEN (BELGIO) – Ieri pomeriggio si è aperta una botola sotto i nostri piedi: l’abisso, le vertigini. Mancavano ancora alcuni chilometri da percorrere per le strade di Leuven, avevamo appena capito che Julian Alaphilippe sarebbe rimasto campione del mondo – anche se lo si è sempre, per l’eternità – ma era ben più di questo. Stavamo vivendo un momento che avremmo portato con noi per molto tempo, un istante di grazia che avremmo custodito come un tesoro, di cui avremmo raccontato la storia a più non posso affinché i ricordi non svanissero troppo in fretta, ne avremmo esagerate alcune parti col passare del tempo, ne avremmo cancellate altre. Una giornata che rimarrà per sempre impressa nei nostri ricordi, un brivido al petto di cui si può facilmente trarre una conclusione: questa gara ha rappresentato tutto ciò che amiamo, ha dato corpo e senso alle nostre passioni, e quindi a ciò che ci definisce, e ci ha ricordato quanto il ciclismo sia in grado di stravolgere il nostro piccolo mondo.

Questo Mondiale è stato di una bellezza assoluta; i nostri compagni di viaggio, pur con una certa esperienza alle spalle, hanno del resto ammesso di non aver mai vissuto niente di simile. I belgi, con la loro dolce follia, hanno creato uno scenario sontuoso per questo evento da antologia. I vertici internazionali hanno parlato ieri sera di un milione di spettatori lungo i bordi delle strade, 350.000 solo nel circuito di Lovanio (Leuven), senza che si sappia se si tratti delle cifre della polizia o dei sindacati, ma poco importa, c’era folla ovunque ed è stato un magnifico regalo per Julian Alaphilippe, che l’anno scorso aveva avuto la «sfortuna» di essere incoronato in un autodromo di Imola (causa Covid, ndr) deserto e freddo come il parcheggio di un supermercato.

Qui i decibel erano al massimo, il che ha galvanizzato il capitano francese, dapprima fischiato al centro dell’arena perché stava infliggendo a Wout Van Aert e a tutta la sua banda, in casa loro, una Waterloo del ciclismo, poi osannato, un popolo che si prostra davanti al proprio aguzzino, ai piedi dell’uomo più forte di giornata. Va detto che la battaglia è stata così intensa, un'autentica "rissa" di strada senza tregua, che chiunque ne fosse uscito indenne non poteva che suscitare elogi e ammirazione. La rissa è scoppiata a -180 km dall’arrivo, sì, sì, non è un errore di battitura, e non per mano di qualche trovatore mandato in testa al gruppo per intrattenere il pubblico con il tintinnio dei loro sonagli.

Benoît Cosnefroy, seguito da Remco Evenepoel e Magnus Cort, ha dato il via alle danze e da quel momento il gruppo, o almeno ciò che ne restava man mano che i chilometri passavano, non ha mai rallentato, in una dimostrazione di ciclismo totale. In mezzo a questa anarchia, a questo calpestamento di tutte le regole, la Francia e il Belgio sono state le due grandi nazionali di questi Mondiali, all’origine di tutte le manovre, e se i Bleus hanno portato a casa la vittoria, sarebbe ingiusto stracciare la prestazione di Wout Van Aert e compagni. Il grande favorito ha perso terreno sull’ultima accelerazione di Alaphilippe, semplicemente non ne aveva più le gambe e si potrà sempre analizzare il suo approccio ai Mondiali, cercando di individuarvi degli errori, ma fino a quel momento aveva gestito tutto bene, perfettamente sostenuto da Evenepoel. Si pensava che il «diavolettino» fosse capace di tradire, ma è stato irreprensibile nel suo ruolo di luogotenente e ha faticato in testa per 150 km per soffocare le mosse avversarie, prima di ritirarsi a -26 km dal traguardo. Anche se Michael Valgren è salito sul podio (3°), i danesi non hanno mai inciso sulla gara e nemmeno gli italiani, costretti a impegnarsi molto presto perché per un attimo avevano perso il treno giusto, prima di recuperare la situazione e ritrovarsi in tre – Colbrelli, Bagioli, Nizzolo – nel gruppo di testa. Colbrelli sembrava in ottima forma quando si è agganciato alla ruota di Alaphilippe sullo Smeysberg, a -49 km dal traguardo, ma era inevitabile che il suo momento di grazia finisse e anche lui ha dato segni di cedimento poco più avanti. In tutto questo, i francesi hanno tenuto testa.

Alaphilippe ha dimostrato ancora una volta 
quanto sappia guidare la propria barca,
che i grandi appuntamenti non lo spaventano,
né tantomeno una agguerrita concorrenza

Ovviamente, Thomas Voeckler ha potuto contare su corridori in ottima forma, ma non si può trascurare lo slancio che sa infondere alla propria squadra, l’ispirazione che trasmette ai suoi pupilli, spingendoli a uscire dagli schemi, a dimenticare i calcoli e a dare libero sfogo, senza auricolare, alla loro creatività. Anthony Turgis, Christophe Laporte, Benoît Cosnefroy e Valentin Madouas hanno tutti lavorato come matti e, se il loro leader avesse fallito, Florian Sénéchal (9°) era ancora pronto a prenderne il testimone.

Per quanto riguarda Julian Alaphilippe, non si può che parlare di un nuovo capolavoro. Il puncheur ha surclassato tutti negli ultimi sessanta chilometri, grazie a diverse accelerazioni impressionanti, l’ultima a -17 km dal traguardo, nel penultimo passaggio sul Sint-Antoniusberg, dove ha definitivamente stremato tutti, Wout Van Aert e Mathieu van der Poel in testa. Il campione del mondo ha dimostrato ancora una volta quanto sappia tenere le redini della situazione, che i grandi appuntamenti non lo spaventano, né tantomeno una agguerrita concorrenza come quella di ieri, di fronte a rivali che negli ultimi mesi avevano comunque avuto la tendenza a dargli filo da torcere. Ma una cosa in particolare resterà impressa: quando Alaphilippe conquista dieci secondi di vantaggio in circostanze del genere, se li mantiene. Ciò che ha conquistato, non glielo si porta via, non molla mai e come non vedere in questo un’allegoria della sua stessa vita, di quell’infanzia modesta da cui è riuscito a districarsi per costruirsi passo dopo passo, senza mai guardare troppo allo specchietto retrovisore, guidato da un destino fuori del comune?

Ecco, bisogna cercare di definire ciò a cui abbiamo assistito ieri, di determinarne la portata. L’anno scorso avevamo scritto che la vittoria di Imola era la più grande del ciclismo francese del XXI secolo. Ora siamo tentati di affermare che il trionfo di Lovanio, questa doppietta arcobaleno, sia una delle più grandi imprese dello sport francese degli ultimi vent’anni. Ma a dire il vero, è ancora troppo riduttivo, tanto è incommensurabile e impalpabile lo sconvolgimento. Ognuno lo avrà percepito a proprio modo. È stato un terremoto intimo. Ieri abbiamo sfiorato il sublime.

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