LUIS ENRIQUE Il était une foi
Luis Enrique, tout sourire, félicite Lucas Hernandez lors de la
demi-finale retour face au Bayern Munich (1-1, le 6 mai ; 5-4 à l’aller).
Dès l’été, l’entraîneur parisien avait annoncé sa volonté d’un doublé qui marquerait l’histoire. Une ambition maintenue par le PSG tout au long de la saison, même dans la difficulté.
«Les joueurs sont plus jeunes que mon fils et, chaque année,
tu dois changer certaines choses. J’aime cette imprévisibilité»
- LUIS ENRIQUE, ENTRAÎNEUR DU PSG
«L’équipe lui ressemble. C’est là où il a été fort,
parce que c’est le but ultime pour un entraîneur»
- DAMIEN PERRINELLE, ENTRAÎNEUR
ADJOINT DE L’AS MONACO
28 May 2026 - L'Équipe
VINCENT DULUC et LOÏC TANZI
C’était sa première conférence de presse de la saison, le 12 août, à Udine, la veille de la victoire en Supercoupe face à Tottenham (2-2, 4-3 aux t.a.b.), et tous ses messages étaient déjà là, concentrés. Même celui qui semble avoir le plus vieilli, dans le propos de Luis Enrique, sur le sujet du départ de Gianluigi Donnarumma et de l’arrivée de Lucas Chevalier ( «On cherchait un profil de gardien différent » ), n’est pas tant que cela aux antipodes de la situation actuelle, puisque Matveï Safonov présente lui aussi, à l’évidence, un profil différent du géant italien.
Mais le message qui prend plus de force encore, cette semaine, énonçait plus qu’un objectif, une foi: «On a atteint l’objectif qui faisait rêver tout le monde, autour de nous. Mais on veut continuer à marquer l’histoire, et maintenant, cela consisterait à gagner deux Ligues des champions consécutives. C’est la mentalité qu’on a et que l’on veut pour cette saison. On sait que ce sera très difficile mais on est heureux d’avoir ce rêve. »
Dès la semaine suivante, il avait affiché un moyen d’y parvenir : «Continuer de surprendre, proposer autre chose.» C’était un élément de langage, aussi, face à une petite musique suggérant que l’adversaire allait s’adapter à son contre-pressing par une autre agressivité, comme Chelsea l’avait fait en finale de la Coupe du monde des clubs (3-0). Dans la réalité, face à l’épuisement d’un été sans vacances et aux nombreuses blessures, il aura été heureux, déjà, de retrouver le niveau technique et athlétique de la saison précédente, quand le printemps est venu.
Mais il n’a jamais rien retranché de son objectif ni de ses exigences, et pour ce qui est de proposer « autre chose », on conviendra que la part de marquage individuel renvoyée au Bayern, en demi-finales (5-4, 1-1), n’avait pas été vue, encore, avec ce PSG. Il a offert le début d’une explication, sans doute pour écarter toute idée d’un reniement, mais aussi pour affirmer une progression, la semaine dernière, à Poissy (Yvelines), dans le cadre du Media Day: « La chose la plus importante reste de nous regarder nousmêmes, et pas nos adversaires. Sur cet aspect, on a continué de la même manière. Après, il est normal, dans ce type de match, de s’adapter à ce que fait l’adversaire. On parle de la meilleure des compétitions. On a su s’améliorer pour arriver en finale: puisque le Bayern a eu le ballon, il a aussi fallu savoir défendre.»
En parallèle de sa foi publiquement répétée en son équipe, et en sa capacité d’aller chercher une deuxième Ligue des champions d’affilée, il a ajouté quelques signes, symboliques ou révélateurs. La saison dernière, Luis Enrique souhaitait presque pouvoir diriger ses joueurs depuis le bord de la touche, leur désigner des mouvements à effectuer ou des replis défensifs, sans enlever totalement leur liberté, mais en la limitant à ce que le cadre collectif impose.
Cette saison, Luis Enrique a d’abord pris de la hauteur, littéralement, en s’installant sous le toit du Parc des Princes pour assister aux premières périodes de son équipe, pendant quelques semaines, comme s’il ne lui était plus nécessaire de tirer les fils depuis le bord du terrain. Surtout, il a semblé davantage dans l’échange avec certains de ses cadres.
Avantun grand match de Ligue des champions, il y a quelques semaines, l’entraîneur parisien a demandé à l’un de ses leaders offensifs s’il se sentait prêt à se «sacrifier» sur les phases défensives, pour venir au marquage individuel d’un milieu de terrain adverse. La nouveauté, c’est que l’ancien sélectionneur de la Roja a laissé le choix à son joueur en lui disant, en substance : «Si tu n’es pas prêt à le faire, on trouvera une autre solution. » Son joueur a accepté et réussi sa mission, et cet échange aux confins de la stratégie et du management symbolise les manières de Luis Enrique dans les moments importants de la saison. Sans jamais renier ses idées de jeu ni ses grands principes, l’Asturien de 56 ans a mis de côté son autoritarisme pour continuer de faire gagner les siens.
Il n’est pas le premier entraîneur à savoir que les joueurs sont plus investis dans un choix tactique auquel ils ont l’impression de participer, mais en adoucissant certains aspects de son management, il a réussi à continuer d’emmener derrière lui son vestiaire, qui a eu le sentiment d’être écouté et compris. La semaine dernière, à Poissy, il a développé cette idée en la décrivant non comme une concession dans son management, mais comme un élément de recherche de la performance.
En laissant les joueurs se distancier légèrement des principes connus, comme il l’avait fait un an plus tôt en acceptant plus de verticalité et de transition rapide, il voit plus loin : « Chaque année, je peux dire que je contrôle de moins en moins les choses. Je contrôle tout ce qui est important, mais il y a beaucoup de choses qui ne sont pas importantes dans le football et qui prennent beaucoup de place. Ce que je vois, c’est qu’on doit changer tout le temps. Il faudra avoir un peu moins de contrôle pour surprendre les adversaires dans le football de demain. Les joueurs sont plus jeunes que mon fils et, chaque année, tu dois changer certaines choses. J’aime cette imprévisibilité. »
Entraîneur adjoint de l’AS Monaco, qui n’a perdu qu’une fois sur quatre face au PSG, cette saison, en Ligue 1 (1-0, 3-1) et en play-offs de la Ligue des champions (2-3, 2-2), Damien Perrinelle relève quelques aspects de cette évolution, au bout d’une proximité aussi intense : « L’équipe lui ressemble. C’est là où il a été fort, parce que c’est le but ultime pour un entraîneur. Il reste axé sur ses principes: transition rapide et possession. Mais c’est aussi la meilleure équipe dans le pressing et le contre-pressing. Sur le reste, il est capable de faire des modifications, mais sans jamais toucher ces éléments clés. C’est là la différence. À partir du moment où il a emmené tout le vestiaire derrière lui, il peut ensuite ajuster des détails. »
À l’approche de sa deuxième finale de Ligue des champions à la tête de ce groupe, Luis Enrique demeure, de fait, dans une logique d’ajustement. Ses grands principes intégrés, il est toujours très concis, se concentrant sur un ou deux messages très clairs avant un grand rendez-vous, pas plus.
Pas question, pour lui, d’abreuver ses joueurs d’informations sur l’adversaire ou la tactique. Tout doit rester très simple pour une assimilation rapide et pour maintenir la concentration des joueurs autour des sujets les plus importants. Pendant que les joueurs s’adaptent en permanence à leur entraîneur, ce dernier continue de s’adapter à sa jeune audience qui grandit. Rester les mêmes, en mieux: c’était exactement, au fond, ce que Luis Enrique promettait, l’été dernier.
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Intransigeant à tous les étages
28 May 2026 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO (avec VINCENT DULUC)
L’entraîneur du PSG Luis Enrique, exigeant avec ses collaborateurs comme avec ses joueurs, n’a pas hésité à recourir au turnover aussi au sein de son staff depuis son arrivée au club en 2023.
On le sait, le turnover fait partie des principes de base du management de Luis Enrique. Une manière pour l’entraîneur du PSG de gérer les temps de jeu de ses troupes en les maintenant constamment sous pression, afin d’en tirer le meilleur.
Cette philosophie s’applique aussi aux membres de son staff. Si ses adjoints les plus proches le suivent depuis des années (Joaquin Valdes, Rafel Pol), parce qu’ils ont gagné sa confiance et qu’ils partagent toujours sa vision du métier, l’Asturien de 56 ans fonctionne avec la même exigence dans son cercle professionnel.
Avec une idée qu’il a verbalisée : il estime que deux remplacements par intersaison, grosso modo, permettent de régénérer et renouveler des staffs qui peuvent compter aujourd’hui plus de vingt personnes. Depuis son arrivée à Paris en 2023, au moins une demidouzaine de salariés rattachés au groupe pro ont soit quitté le club, soit changé d’affectation. Tous n’étaient pas sous sa responsabilité directe, et tous ces mouvements n’ont pas été décidés par lui (contractuellement, il a un droit de regard sur ses adjoints et les postes techniques mais pas sur d’autres secteurs comme le médical). L’Espagnol Juan José Morillas, nutritionniste de l’équipe première entre 2022 à 2025 (poste occupé aujourd’hui par Sergi Mateo), est ainsi à l’origine de sa mutation comme responsable nutrition pour toutes les sections sportives du club.
Le cas Unzue comme un symbole
À l’inverse, Jean-Luc Aubert, entraîneur des gardiens auprès du groupe pro de 2022 à 2024, a été d’abord détaché sur l’équipe Espoirs avant de quitter le club l’été dernier, amer. Vincent Brunet, analyste vidéo des pros en 2024-2025, est lui aussi désormais avec les U23. Autre passage vers la formation, celui de Denis Lefebvre, préparateur physique des pros jusqu’en 2024 et, depuis, responsable performance des jeunes.
D’autres mouvements ont été opérés sans faire l’objet de communication, comme ce spécialiste de la data, ou encore ce kiné parti cette saison rejoindre les PSG Labs, le programme d’innovation dans les domaines de la tech, du sport et de la culture lancé par le club de la capitale il y a un an. Il n’est pas juste question de compétences, d’ailleurs, plus d’affinités et de vision partagée. Le cas le plus symbolique est celui d’Aitor Unzue.
Membre de l’escouade de Luis Enrique avec la Roja en tant qu’analyste vidéo, le jeune Navarrais l’avait suivi à Paris en 2023 comme second adjoint. Pendant la prise de recul de Rafel Pol (pour être près de sa femme, gravement malade), Unzue avait vu son rôle élargi mais, à l’amorce de la saison 2024-2025, il a discrètement quitté le club, avant de rejoindre le Genoa au côté de Patrick Vieira.
Pourtant, son père, l’ancien gardien Juan Carlos Unzue, devenu par la suite notamment adjoint de l’actuel coach du PSG au Celta Vigo puis au Barça, est un ami de Luis Enrique. Ce départ a fait beaucoup parler en interne, il a été vu comme la preuve que « Lucho » ne fait pas de sentiment quand il est affaire de travail.
D’une certaine façon, cela renforce un peu plus sa légitimité et l’idée qu’il n’est pas dans le copinage. Revers de la médaille, malgré une sociabilité reconnue par tous au quotidien et un turnover quand même limité, cette manière de faire vaut à l’ex-sélectionneur de la Roja de susciter une vraie crainte chez certains salariés du Campus, parce qu’on l’imagine capable de remplacer tel ou tel poste à tout moment.
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