Tunnel bouché entre les deux clubs


Nicolas Anelka avec Arsène Wenger lors de son arrivée à Arsenal, en 1997, 
pour ce qui est le seul mouvement de joueur entre le club londonien et le PSG.

Arsenal a longtemps été une terre d’accueil des Frenchies. À part l’arrivée de Nicolas Anelka, il n’a pourtant jamais effectué de transfert avec le PSG

«Historiquement, avec les gros clubs français, 
il n’y a pas eu beaucoup de transferts» 
   - GILLES GRIMANDI, ANCIEN 
     RECRUTEUR D’ARSENAL

28 May 2026 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE

Aucun transfert, ni dans un sens ni dans l’autre. Depuis le départ précipité de Nicolas Anelka à Londres, à l’hiver 1997, pour 760000 euros, les voies commerciales entre le PSG et Arsenal, futurs finalistes de la Ligue des champions, sont impénétrables.

Les Gunners ont pourtant longtemps offert une terre d’accueil aux Frenchies alors que le PSG a traité avec de nombreux clubs anglais au cours de ces trente dernières années (Tottenham, Liverpool, Chelsea, Manchester United, Newcastle et même Manchester City récemment), mais jamais avec Arsenal.

Faut-il y voir une crispation entre les deux directions, comme elle peut exister entre Paris et le Real Madrid par exemple ? Non, répond-on de chaque côté de la Manche. Alain Roche, qui a enchaîné les postes de responsable du recrutement et de directeur sportif du club parisien entre 2003 et 2012, et Gilles Grimandi, en charge du recrutement d’Arsenal de 2005 à 2019, y voient avant tout un concours de circonstances.

«À mon époque de dirigeant au PSG, il n’y avait aucun moyen d’aller chercher des joueurs en Angleterre, explique Roche. Je me souviens qu’on s’était renseigné sur (Eidur) Gudjohnsen, alors à Chelsea. Mais c’était trop gros pour nous. Une fois qu’on voyait les salaires, c’était stop.»

Avec l’arrivée de Qatar Sports Investments (QSI) dans le capital du PSG, en 2011, la surface financière du club a changé mais les regards des recruteurs ne se sont pas davantage portés vers Arsenal. Leonardo s’est le plus souvent intéressé au Championnat d’Italie, qu’il connaissait par coeur, alors que l’un de ses successeurs, Antero Henrique, s’appuyait surtout sur des réseaux qui ne concernaient pas l’Angleterre. Une fois, le PSG du Qatar s’est renseigné au sujet d’un joueur d’Arsenal, le latéral droit espagnol Héctor Bellerin, avant d’y renoncer après l’avoir vu défiler pour une grande marque à la Fashion Week de Paris.

Et Arsenal, dans tout ça ? Pourquoi ne s’est-il pas positionné davantage sur des joueurs du PSG? « D’une manière générale, Arsenal n’a pas souvent pris des joueurs de grands clubs français, rétorque Grimandi. On a pris Alexandre Lacazette à Lyon mais c’est tout. Sur les jeunes, on avait peut-être des coups à faire, on s’était notamment renseignés sur Mamadou Sakho et Christopher Nkunku, mais on n’a pas réussi. Historiquement, avec les gros clubs français, il n’y a pas eu beaucoup de transferts. Et depuis qu’il y a le Qatar, il est devenu difficile de prendre des joueurs au PSG. Je sais qu’Arsène (Wenger) appréciait beaucoup le profil de Thiago Motta, mais c’était impossible.»

Les Gunners n’auront finalement arraché qu’Anelka à Paris en 1997 mais, aujourd’hui, ils se disent que c’est peut-être le transfert qui a tout déclenché dans leur parcours. Deux ans après, l’attaquant était vendu 34 M€ au Real Madrid, record à l’époque pour un Français. «C’est le coup qui a fait basculer le club dans une autre dimension, est con vaincu Grimandi. Ce transfert a été déterminant dans la politique sportive du club, celui qu’il l’a crédibilisé. D’autres jeunes talents ont suivi. » Arsenal n’a toujours pas dit merci au PSG. Il se peut qu’il patiente encore un peu.

***


Bacary Sagna (à gauche) et Mathieu Flamini en septembre 2013.

Sagna : « On nous disait que notre jeu n’était pas assez “sale” »

L’ancien latéral droit a évolué à Arsenal à une époque, entre 2007 et 2014, où les Gunners proposaient un jeu attrayant mais sans parvenir à remporter de titre majeur.

«On était quand même la première équipe anglaise 
à s’imposer chez le grand Milan…»

28 May 2026 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO

Quand j’entends les critiques que subit l’équipe actuelle d’Arsenal sur son style de jeu, ça me fait rire. Par ce qu’on leur reproche de mal jouer, alors qu’il sont remporté un titre de champion, tandis qu’à mon époque (2007-2014), c’était le contraire : on nous disait que notre jeu n’était pas assez “sale” et que c’est pour cette raison qu’on ne gagnait presque pas de trophées (une FA Cup sur la période). Bref, les gens ne sont jamais contents.

(Il soupire.) En tout cas, Arsenal, c’est un club que j’associe au beau jeu. Au début des années2000, je regardais les matches des Gunners à la télévision parce qu’il y avait des Frenchies, mais aussi par ce que ça jouait bien. En suite, une fois que j’aire joint le club, je me suis retrouvé à évoluer avec une génération très douée, notamment au milieu de terrain, avec Samir (Nasri), qui respirait le foot, (Cesc) Fàbregas, un génie qui réalisait des choses exceptionnelles pour son âge (il avait débuté à 16 ans dans l’équipe première des Gunners), et même Mathieu Flamini, qui n’était pas juste un (Gennaro) Gattuso, il savait à la fois mettre de l’impact et jouer au ballon. Devant, il y avait du talent également, au point que je devenais par fois presque spectateur des matches aux quels je prenais part. C’était le cas lors d’une victoire3-0 face à Burnley (le 8 mars 2009, au cinquième tour de la Cup). J’avais été impressionné par l’ouverture du score de Carlos Vela, qui avait en chaîné un petit pont sur un défenseur avec un lob sur le gardien (1-0, 25e). Et, derrière, Eduardo avait inscrit un but incroyable sur une reprise de volée en aile de pigeon (2-0, 51e). Collectivement parlant, on pouvait aussi réaliser des performances très abouties, comme lors qu’on avait dominé Tottenham 5-2 (le 26 février 2012, en Premier League), un match qu’on avait mal débuté (les Spurs menaient2-0 après 34 minutes de jeu) mais très bien fini. Il y a aussi cette victoire sur la pelouse de l’AC Milan, champion d’Europe en titre, en huitièmes de finale retour de la Ligue des champions (2-0, le 4 mars 2008; aller: 0-0). On était quand même la première équipe anglaise à s’imposer chez le grand Milan... Et on a aussi battu le Barça de Guardiola ( 2-1, en huitièmes de finale aller de la C1, le 16 février 2011; retour : 1-3), un match pour le quel j’étais malheureusement suspendu. À cette période, beaucoup de joueurs de Premier League voulaient rejoindre Arsenal, par ce que notre jeu les attirait. Je pense que cette attraction existe encore aujourd’hui, mais pour d’autres raisons. (Il sourit.) »

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