Joan Crawford et Bette Davis, rage d’or d’Hollywood


Photo Mary Evans. Sipa - Joan Crawford dans le 
film d’horreur la Meurtrière diabolique, sorti en 1964.

Bette Davis vs Joan Crawford - Elles se sont tant détestées 

Compétition - La haine entre les deux stars de cinéma des années 50, devenue à ce point mythique qu’on lui consacrera une série, était-elle aussi intense que le suggèrent leurs punchlines passées à la postérité ?

«Joan et moi, on ne va pas s’engueuler. 
Un homme et une femme, oui, je peux vous donner une liste, 
mais deux femmes, jamais : on est bien trop malignes pour ça.» 
   - Bette Davis

31 Jul 2026 - Libération
Par Eric Loret

Le 20 mars 1990, soit douze ans, dix mois et dix jours après sa mort, Joan Crawford (1906-1977) connaît un léger frémissement dans sa tombe. Elle se tourne sur le flanc pour mieux entendre: «Greta Garbo and Monroe, Dietrich and Di Maggio, Marlon Brando, Jimmy Dean, […] Rita Hayworth, Lauren, Katherine, Lana too, Bette Davis, we love you.» La chanson tourne en boucle sur les radios. Joan colle son os temporal au sol, où vibrent les basses. Elle écoute bien : elle n’est pas citée. Comment Madonna peut-elle aligner dans Vogue autant de stars de l’âge d’or hollywoodien en la laissant de côté? Et surtout pourquoi cette grosse vache de Bette Davis (1908-1989) et pas elle ? «Ils avaient du style, de la grâce», chante Madonna. Tu parles.

Est-ce que la postérité lui préférerait sa rivale éternelle, elle qui s’est toujours appliquée à tout faire comme il faut, à avoir l’image de la star parfaite, mère modèle, glamour, très Vogue justement, le magazine américain de mode ? Bon d’accord, elle n’en a évidemment jamais fait la couverture mais Bette Davis non plus, et Joan, elle, au moins, leur a confié sa recette de porc aux oignons rouges et aux pommes pour le numéro de novembre 1965 (le secret étant de placer les oignons frits sur la côtelette en train de griller et surtout pas dessous ; la rondelle de pomme braisée, c’est pour la déco finale).

Vacheries post mortem

Joan se rappelle ce que Curtis Bernhardt, qui l’a dirigée dans la Possédée (1947), aurait déclaré sur elle en 1974, la traitant de «second choix» : «La différence entre Crawford et ­Davis, c’est que Bette est actrice des pieds à la tête, et que Joan est une star de cinéma très talentueuse.» Il la décrit comme «plus simple», «moins versatile». Mais il admire le ­professionnalisme de Davis et raconte que Joan habite un peu trop son personnage, qu’elle continue à pleurer pendant des heures après avoir joué une scène de larmes. Pas bon pour la productivité. En revanche, quand il l’a appelée «Bette» par erreur, elle ne lui a ­jamais balancé son sac à la gueule, il ment. D’ailleurs a-t-il jamais raconté ça? C’est ­pourtant dans la biographie officielle de Davis, Mother Goddam, rédigée par Whitney Stine, mais bon.

Joan irait bien voir à l’autre bout du royaume des morts si elle trouve cet auteur, but it’s a long way et elle a la flemme. Quelque temps plus loin, vers 2025, elle découvre une IA sur les réseaux sociaux qui attribue cette phrase à Bette Davis : «Ma mère m’a appris qu’on ne devait jamais dire du mal des morts, seulement du bien. Joan Crawford est morte. Bien.» Dans la série consacrée à leur haine réciproque, Feud («Rivalité», 2017), Susan Sarandon jouait le rôle de Bette Davis et prononçait déjà la même phrase. C’est une vieille blague anglophone cependant, plus évidente en VO, surtout que «good» veut dire dans ce contexte «bon, voilà» ou pire, «bon débarras» : «Never say bad things about the dead, only good. X is dead. Good.»

Mais est-ce que Bette Davis a vraiment prononcé cette horreur ? Burt Reynolds prétend que oui dans ses mémoires, et aussi: «La vieille salope est morte aujourd’hui.» Joan a beau scanner à tombeau ouvert l’infini des limbes – qui contiennent tout le savoir du monde –, elle ne trouve ­aucune source fiable de ces âneries. Et cet ­autre truc : «Je pisserais même pas sur Joan Crawford si elle avait pris feu», ça doit être une blague. On a tellement écrit de choses sur elles deux que les trois quarts sont ­fausses. Les gens ont fait comme si le film d’Aldrich, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), où elles jouaient deux soeurs ennemies, ­continuait en dehors de l’écran, punchlines comprises.

Joan, elle, n’a jamais écrit du mal de sa cadette. Dans son autobiographie, elle ne mentionne même pas son nom. Il n’y a que Roy Newquist, dans Conversations avec Joan Crawford (1980) qui lui fait dire quelques vacheries post mortem (que Davis est une «garce», «pas une vraie femme», avec un «regard bidon» – mais tellement talentueuse). Sauf qu’elle a beau essayer de fermer ses propres orbites creuses pour réfléchir, elle ne se rappelle pas avoir jamais parlé à ce type. D’ailleurs même la propre fille de Newquist suppose qu’il a tout inventé. A-t-elle parlé à Shaun Considine, l’auteur de Bette and Joan, the Divine Feud (1989) ? Aucun souvenir. Il n’y a que des «on dit» et «il paraît que» dans ce bouquin… Comme cette anecdote débile selon laquelle Joan aurait attaché des poids à sa taille durant le tournage de Baby Jane exprès pour que Davis se fasse mal au dos en la tirant hors du lit. N’importe quoi.

Certes, il est vrai que Joan avait déclaré à Life Magazine, en octobre 1971 : «Moi, je suis la discrète et Bette est explosive. J’ai de la discipline. Elle non. Je ne sais pas laquelle souffre le plus. Mais tout garder en soi, croyez-moi, c’est une chose terrible.» Davis, dans la biographie de Stine commentée par elle-même en 1974 –en caractères rouges –, avait rétorqué : «Je ne me suis jamais sentie satisfaite de mes performances, mais je garde la tête haute quant à ma discipline d’actrice. J’ai des témoins, Joan.»

«J’étais jalouse, bien sûr»

Pourtant, l’année précédente, dans sa dernière apparition publique, au Town Hall de New York, Joan se rappelle bien être revenue sur son jugement: «Avec Bette Davis dans Baby Jane, […] j’ai appris plus de discipline.» Mais qu’est-ce qui lui a pris d’ajouter aussitôt: «Bette est d’un tempérament différent du mien. Tous les matins elle doit commencer par crier et moi, pendant ce temps-là, je restais assise à tricoter. J’ai tricoté une écharpe qui va d’Hollywood à Malibu» ? Dans le deuxième cercle du purgatoire, Bette Davis réfléchit elle aussi à tout ce foin. Elle ne se rappelle pas cette pensée qu’elle aurait ­confiée à Considine, ma se non è vero, è ben trovato : «Je me suis toujours demandé ce que les gens imaginaient de nous deux. On n’a strictement rien en commun.»

Miss Crawford et elle ne sont jamais appréciées, elles l’ont répété l’une et l’autre, mais elles sont des pros, et après tout, quand on bosse dans un bureau, c’est pareil, on est bien obligé de se cogner des gens dont on n’a rien à faire et qui vous mettent des bâtons dans les roues. Hollywood est une industrie, avec l’argent et le sexe en plus, donc en pire. Que les médias fassent monter ce genre de mayonnaise entre stars, c’est leur job. A l’époque de Baby Jane, Bette a déminé les attentes du Hollywood Reporter : «Joan et moi, on ne va pas s’engueuler. Un homme et une femme, oui, je peux vous donner une liste, mais deux femmes, jamais : on est bien trop malignes pour ça.» Bette a déjà fait son mea culpa durant le tournage de ce film, au moment de la sortie de son livre, The Lonely Life. Elle y avouait avoir admiré Crawford, Shearer et Dietrich au début des années 30 : «Une partie de moi les enviait.» Elle n’arriverait jamais à ce niveau de glamour.

Puis elle avait ajouté dans Mother Goddam, toujours en rouge: «J’étais amoureuse de Franchot [Tone], personnellement et professionnellement. Hélas, c’est Joan Crawford qui l’a épousé.» Tout le monde a oublié Franchot Tone et lui aussi d’ailleurs, il préférait le théâtre, même s’il a tourné sept films avec Crawford. Avec l’âge, Bette a lâché les vachettes à ce sujet. En 1987, elle racontait dans This’n That, sa seconde autobiographie: «Il était fou amoureux d’elle. Ils se voyaient chaque jour au déjeuner. Il revenait ensuite sur le plateau, le visage couvert de rouge à lèvres, vérifiant que tout le monde avait remarqué que c’était celui de Crawford. J’étais jalouse, bien sûr.»

Histoire d’Oscar

Elle a aussi vomi pas mal de trucs sur le tournage de Baby Jane et comment Crawford l’agaçait en étant obsédée par sa beauté, ses douze paires de faux cils, ses seins rembourrés alors qu’elle jouait une handicapée affamée… En plus, elle picolait de la vodka H24 : «Me faire ça à moi !» Bon, et puis il y a quand même cette histoire d’oscar de la meilleure actrice que Bette n’a pas digérée. Tout le monde disait qu’elle allait l’avoir pour Baby Jane, mais Crawford a tellement manigancé que c’est elle qui est finalement montée sur scène pour récolter l’oscar de… Anne Bancroft. Elle avait contacté tous les candidats qui jouaient au théâtre à New York cette année-là et qui ne pouvaient donc pas aller à la cérémonie et leur a proposé d’aller chercher leurs oscars à leur place.

Puis elle a appelé tous les membres de l’Académie qui vivaient à New York, en leur demandant de voter pour les candidats qui étaient à Broadway. Résultat, elle s’est baladée avec l’oscar d’Anne Bancroft pendant un an avant de lui remettre. Bette tire sur sa quatrevingt et unième clope définitivement éteinte. De toute façon, on peut pas dire que Crawford était sa came. Trop précieuse, trop hypocrite. Et puis folle à lier, obsédée par les microbes. La fille de Bette – Barbara Hyman, 79 ans, pasteure born again – peut en témoigner ­depuis Charlottesville où elle habite encore : quand elle a rencontré Crawford sur le tournage de Baby Jane – elle n’avait que 15 ans –, celle-ci lui a tenu ce discours délirant en ­désignant ses propres filles, adoptées: «Merci de ne pas leur parler. Elles ont été soigneusement tenues à l’écart des laideurs du monde. Ce n’est visiblement pas votre cas. Elles sont si douces et innocentes, je ne veux pas que vous ayez une mauvaise influence sur elles. Je sais que vous me comprenez.» Puis elle avait tourné les talons sur son célèbre «Bless you, dear.» Bette s’est beaucoup amusée à répéter ce «bless you, dear» sur le plateau quand elle a tourné la Star en 1952, inspiré de la vie de Crawford. Un mauvais coup pour la pauvre Joan. Ça leur fait quand même un point commun, médite Davis en expirant une bouffée de vide.

Toutes deux ont interprété des crépuscules de déesses, des stars ou des femmes puissantes décrépites. La «hagsploitation», on appelait ça. Le summum étant évidemment Baby Jane. Personne n’avait misé un kopeck sur ce film avec ces «deux vieilles putes», comme disaient les directeurs de studio. Et voilà qu’elles avaient réalisé toutes les deux le premier film remplissant d’un bout à l’autre les conditions du futur test «de Bechdel» : deux femmes nommées dans l’oeuvre, qui parlent ensemble – et d’autre chose que d’un homme. Et pas dans une seule scène : dans tout le film !

Elles ont moins réussi leur dernier rôle post mortem : juste après le ­décès de Crawford, sa fille adoptive aînée, Christine, publie Mommie Dearest, un affreux règlement de comptes avec une mère abusive, maniaque et alcoolique. «Elle ne méritait pas ça», déclare publiquement Bette. S’il lui arrivait la même chose, quelle misère. Il lui arriva la même chose avec My Mother’s keeper de Barbara Hyman qui, quatre ans avant sa mort, dépeint Davis en névrosée égoïste et intrusive. Mais même dans la blessure, la compétition continua : «Heureusement, il est moins mal écrit que celui de la fille Crawford», se serait réjoui Bette auprès de Burt Reynolds. Et si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé.


***

Foto di Mary Evans. Sipa - Joan Crawford nel
film horror *La diabolica assassina*, uscito nel 1964.

Joan Crawford e Bette Davis, la rabbia d’oro di Hollywood

Bette Davis contro Joan Crawford - Si detestavano a morte

Rivalità - L’astio tra le due star del cinema degli anni ’50, diventato talmente leggendario da ispirare una serie televisiva, era davvero così intenso come suggeriscono le loro battute passate alla posterità?

«Joan e io non litighiamo.
Un uomo e una donna, sì, potrei farvi un elenco,
ma due donne, mai: siamo troppo furbe per questo.»
   - Bette Davis

31 luglio 2026 - Libération
di Eric Loret

Il 20 marzo 1990, ovvero dodici anni, dieci mesi e dieci giorni dopo la sua morte, Joan Crawford (1906-1977) avverte un leggero fremito nella sua tomba. Si gira su un fianco per sentire meglio: «Greta Garbo e Monroe, Dietrich e Di Maggio, Marlon Brando, Jimmy Dean, […] Rita Hayworth, Lauren, Katherine, anche Lana [Turner, ndr], Bette Davis, vi amiamo». La canzone passa ininterrottamente alla radio. Joan appoggia l’orecchio a terra, dove vibrano i bassi. Ascolta attentamente: il suo nome non viene citato. Come può Madonna mettere in fila su Vogue così tante star dell’età d’oro di Hollywood lasciandola da parte? E soprattutto, perché quella grassa vacca di Bette Davis (1908-1989) e non lei? «Avevano stile, grazia», canta Madonna. Ma figurati.

La posterità preferirebbe forse la sua eterna rivale, colei che si è sempre impegnata a fare tutto come si deve, a mantenere l’immagine della star perfetta, madre modello, glamour, proprio in stile Vogue, la rivista americana di moda? Va bene, d’accordo, non è mai apparsa sulla copertina, ma nemmeno Bette Davis, e Joan, almeno, ha confidato loro la sua ricetta del maiale con cipolle rosse e mele per il numero di novembre del 1965 (il segreto sta nel mettere le cipolle fritte sopra la costoletta mentre cuoce alla griglia e soprattutto non sotto; la fetta di mela brasata serve solo per la decorazione finale).

Critiche post mortem

Joan ricorda ciò che Curtis Bernhardt, che l’aveva diretta in La posseduta (1947), avrebbe dichiarato su di lei nel 1974, definendola una «scelta di seconda categoria»: «La differenza tra Crawford e Davis è che Bette è un’attrice dalla testa ai piedi, mentre Joan è una star del cinema di grande talento». » La descrive come «più semplice», «meno versatile». Ammira però la professionalità di Davis e racconta che Joan si immedesima un po’ troppo nel personaggio, continuando a piangere per ore dopo aver recitato una scena strappalacrime. Non va bene per la produttività. D’altra parte, quando lui l’ha chiamata «Bette» per sbaglio, lei non gli ha mai tirato in faccia la borsa, mente. Del resto, l’ha mai raccontato? È comunque riportato nella biografia ufficiale di Davis, Mother Goddam, scritta da Whitney Stine, ma vabbè.

Joan andrebbe volentieri fino all’altro capo del regno dei morti se trovasse quell’autore, ma è una lunga strada e non ne ha voglia. Qualche tempo dopo, verso il 2025, scopre sui social media un’intelligenza artificiale che attribuisce questa frase a Bette Davis: «Mia madre mi ha insegnato che non si deve mai parlare male dei morti, ma solo bene. Joan Crawford è morta. Bene» Nella serie dedicata al loro reciproco odio, Feud («Faida», 2017), Susan Sarandon interpretava il ruolo di Bette Davis e pronunciava già la stessa frase. Si tratta però di una vecchia battuta anglosassone, più evidente nella versione originale, soprattutto perché «good» in questo contesto significa «beh, ecco» o, peggio ancora, «buon viaggio»: «Non dire mai cose brutte sui morti, solo cose belle. X è morto. Bene.»

Bette Davis però ha davvero pronunciato quell’orrore? Burt Reynolds nelle sue memorie sostiene di sì, aggiungendo pure: «Quella vecchia stronza è morta oggi». Per quanto Joan possa setacciare a perdita d’occhio l’infinito del limbo – che racchiude tutta la conoscenza del mondo –, non trova alcuna fonte attendibile di queste sciocchezze. E quell’altra frase: «Non piscierei su Joan Crawford nemmeno se prendesse fuoco», deve essere una battuta. Si è scritto così tanto su entrambe che tre quarti di ciò che si dice è falso. La gente ha fatto finta che il film di [Robert] Aldrich, Che fine ha fatto Baby Jane? (1962), in cui interpretavano due sorelle nemiche, continuasse anche fuori dello schermo, battute finali comprese.

Joan, invece, non ha mai parlato male della sorella minore. Nella sua autobiografia nemmeno ne menziona il nome. Solo Roy Newquist, in Conversazioni con Joan Crawford (1980), le attribuisce alcune frecciatine post mortem (che Davis fosse «stronza», «non una vera donna», con uno «sguardo finto» – ma così talentuosa). Solo che, per quanto cerchi di chiudere le orbite infossate e riflettere, non ricorda di aver mai parlato con quel tizio. Del resto, persino la figlia di Newquist suppone che lui si sia inventato tutto. Ha parlato con Shaun Considine, l’autore di Bette and Joan, the Divine Feud (1989)? Nessun ricordo. In quel libro ci sono solo dei «si dice» e «pare che»… Come quell’aneddoto assurdo secondo cui Joan avrebbe legato dei pesi alla vita durante le riprese di Baby Jane apposta perché la Davis si facesse male alla schiena tirandola fuori dal letto. Che sciocchezza.

Certo, è vero che Joan aveva dichiarato a Life Magazine, nell’ottobre 1971: «Io sono la discreta e Bette è esplosiva. Io ho disciplina. Lei no. Non so chi delle due soffra di più. Ma tenere tutto dentro, credetemi, è una cosa terribile». Davis, nella biografia di [Whitney] Stine commentata da lei stessa nel 1974 – in caratteri rossi –, aveva ribattuto: «Non mi sono mai sentita soddisfatta delle mie interpretazioni, ma tengo la testa alta per quanto riguarda la mia disciplina di attrice. Ho dei testimoni, Joan.»

«Ero gelosa, ovviamente»

Eppure, l’anno precedente, nella sua ultima apparizione pubblica al Town Hall di New York, Joan ricorda bene di aver rivisto il proprio giudizio: «Con Bette Davis in Baby Jane, […] ho imparato a essere più disciplinata». Ma cosa le è saltato in mente di aggiungere subito dopo: «Bette ha un temperamento diverso dal mio. Ogni mattina deve cominciare urlando e io, nel frattempo, me ne stavo seduta a lavorare a maglia. Ho lavorato a maglia una sciarpa che va da Hollywood a Malibu»? Nel secondo cerchio del purgatorio, anche Bette Davis riflette su tutto questo trambusto. Non ricorda quel pensiero che avrebbe confidato a Considine, ma se non è vero, è ben detto: «Mi sono sempre chiesta cosa la gente immaginasse di noi due. Non abbiamo nulla in comune.»

Né la signorina Crawford né lei sono mai state apprezzate, lo hanno ripetuto entrambe, ma sono delle professioniste e, dopotutto, quando si lavora in un ufficio, è la stessa cosa: si è costretti a scontrarsi con persone di cui nulla ci importa e che ti mettono i bastoni tra le ruote. Hollywood è un’industria, con in più i soldi e il sesso, quindi è pure peggio. Che i media alimentino questo genere di polemiche tra star, è il loro mestiere. Ai tempi di Baby Jane, Bette ha smontato le aspettative dell’Hollywood Reporter: «Joan e io non litighiamo. Un uomo e una donna, sì, potrei farvi una lista, ma due donne, mai: siamo troppo intelligenti per questo». Bette aveva già fatto il suo mea culpa durante le riprese di quel film, in occasione dell’uscita del suo libro, The Lonely Life. Lì, ammetteva di aver ammirato Crawford, Shearer e Dietrich all’inizio degli anni ’30: «Una parte di me le invidiava». Non sarebbe mai riuscita a raggiungere quel livello di glamour.

Poi, in *Mother Goddam*, aveva aggiunto, sempre in rosso: «Ero innamorata di Franchot [Tone], sia come persona sia come professionista. Purtroppo, è stata Joan Crawford a sposarlo». Tutti hanno dimenticato Franchot Tone e anche lui, del resto, preferiva il teatro, anche se con Crawford ha girato sette film. Con l’avanzare dell’età, Bette ha smesso di fare battute al riguardo. Nel 1987, raccontava in This’n That, la sua seconda autobiografia: «Era pazzo di lei. Si vedevano ogni giorno a pranzo. Poi lui tornava sul set, con il viso imbrattato di rossetto, assicurandosi che tutti avessero notato che era quello di Crawford. Ero gelosa, ovviamente.»

Storia di un Oscar

Ha anche raccontato un bel po’ di cose sulle riprese di Baby Jane e su come Crawford la infastidisse con la sua ossessione per la propria bellezza, le sue dodici paia di ciglia finte, il reggiseno imbottito, mentre interpretava una disabile affamata… Inoltre, beveva vodka 24 ore su 24: «Farlo proprio a me!» Beh, e poi c’è comunque quella storia dell’Oscar come migliore attrice che Bette non ha digerito. Tutti dicevano che l’avrebbe vinto per Baby Jane, ma Crawford ha tramato così tanto che alla fine è stata lei a salire sul palco per ritirare l’Oscar di… Anne Bancroft. Aveva contattato tutti i candidati che quell’anno recitavano a teatro a New York e che quindi non potevano partecipare alla cerimonia, proponendo loro di andare a ritirare gli Oscar al posto loro.

Ha poi chiamato i membri della Academy che vivevano a New York, chiedendo loro di votare per i candidati che erano a Broadway. Il risultato è stato che si è aggirata per un anno con l’Oscar di Anne Bancroft prima di consegnarglielo. Bette tira l’ultima boccata della sua ottantunesima sigaretta ormai spenta. Del resto, non si può dire che Crawford fosse di suo gusto. Troppo pretenziosa, troppo ipocrita. E poi pazza da legare, ossessionata dai germi. La figlia di Bette – Barbara Hyman, 79 anni, pastora «born again» – può testimoniarlo da Charlottesville, dove vive ancora: quando incontrò Crawford sul set di Baby Jane – aveva solo 15 anni –, quest’ultima le rivolse questo discorso delirante indicando le proprie figlie, adottate: «Grazie di non parlare con loro. Sono state accuratamente tenute al riparo dalle bruttezze del mondo. Evidentemente non è il tuo caso. Sono così dolci e innocenti, non voglio che tu abbia una cattiva influenza su di loro. So che mi capirai». Se n’era poi andata con il suo famoso «Bless you, dear». Bette si era divertita un mondo a ripetere quel «bless you, dear» sul set quando girò La Star nel 1952, ispirato alla vita di Crawford. Un brutto colpo per la povera Joan. Questo le accomuna comunque in qualcosa, riflette la Davis espirando una boccata di vuoto.

Entrambe hanno interpretato il tramonto di dee, star o donne potenti ormai decrepite. Si chiamava “hagsploitation”. Il culmine è stato ovviamente Baby Jane. Nessuno avrebbe scommesso nemmeno un kopek su quel film con quelle “due vecchie baldracche”, come dicevano i direttori degli studios. Eppure entrambe avevano realizzato il primo film che soddisfaceva in tutto e per tutto i requisiti del futuro «test di Bechdel»: due donne menzionate nell’opera, che parlano tra loro – e di qualcosa di diverso da un uomo. E non in una sola scena: in tutto il film!

Il loro ultimo ruolo post mortem ebbe meno successo: subito dopo la morte della Crawford, la figlia adottiva maggiore, Christine, pubblicò *Mommie Dearest*, un orribile regolamento di conti con una madre violenta, maniacale e alcolizzata. «Non se lo meritava», dichiara pubblicamente Bette. Se le fosse capitata la stessa cosa, che disgrazia. Le capitò la stessa cosa con *My Mother’s Keeper* di Barbara Hyman che, quattro anni prima della sua morte, descriveva la Davis come una nevrotica egoista e invadente. Ma anche nel dolore, la rivalità continuò: «Per fortuna è scritto peggio di quello della figlia di Crawford», avrebbe esultato Bette con Burt Reynolds. E anche se non fosse vero, è comunque una battuta azzeccata.

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