Etape 10 Tour de France 2026 : au Lioran, Pogacar plombe ses adversaires, Seixas troisième
Tadej Pogačar lors de sa victoire au Lioran, ce mardi 14 juillet,
sur la dixième étape du Tour de France.
(Gonzalo Fuentes/REUTERS)
Le Slovène avait coché l’étape dans le Cantal et l’a remporté sans surprise. Le jeune Français a encore assuré.
Par Quentin Girard Envoyé spécial sur le Tour
Publié le 14/07/2026 à 17h54
Lundi, lors de la journée de repos à Aurillac, on a croisé Alex Baudin, dans le hall de son hôtel. Tranquille, le jeune grimpeur français d’EF Education-EasyPost savourait son plaisir d’être sur un Tour où il a les jambes. Il nous disait son envie d’aider son copain Valentin Paret-Peintre à prendre le maillot à pois, même s’ils ne sont plus dans la même équipe.
Ça n’a pas manqué. Lors de ce mardi escarpé avec sept ascensions répertoriées, 3 800 mètres de dénivelé et jamais un kilomètre de plat, les deux hommes sont partis à l’avant, en compagnie d’une vingtaine d’autres.
Un 14 juillet, c’était écrit, la belle histoire allait se dérouler devant nous, on allait pouvoir les célébrer, chanter la Fête aux copains de Jean Ferrat et reprendre la voiture le cœur léger pour trouver un écran où regarder France-Espagne en compagnie des très nombreux supporteurs dans les cols du Cantal arborant un maillot des Bleus.
Cyclistes dévorés comme des Dragibus
Ça, c’est dans les contes que l’on raconte aux enfants pour les endormir. Dans la réalité, l’ogre Tadej Pogacar a toujours faim. Il dévore les petits cyclistes comme si c’étaient des Dragibus. Dès le début de l’étape, et l’interdiction faite à son coéquipier d’UAE Emirates-XRG Brandon McNulty de prendre l’échappée, le peloton a vite compris. Le Slovène voulait un troisième bouquet en cette édition 2026 et une revanche sur Jonas Vingegaard qui l’avait vaincu au Lioran en 2024. A ce titre, à 38 kilomètres de l’arrivée, il n’y avait plus aucun aventurier du matin à l’avant.
L’Equatorien Richard Carapaz (EF Education-EasyPost) tentait bien de rallumer la mèche 2 kilomètres plus tard dans le Puy Mary. Courageux, il partait seul mais son destin était celui d’une balle de jokari rêvant de liberté : vouée à revenir à son socle.
A ce compte-là, on prenait le temps d’admirer le paysage, de caresser les vaches salers, de tâter la crête d’hommes ivres déguisés en coq, de monter le son de la voiture au passage d’I Will Survive sur Nostalgie ou de souffler d’admiration devant les monts du Cantal, nous faisant vite oublier la Corrèze que l’on avait tant aimée dimanche. Avec ses trois nuages qui s’échappaient de son sommet, le col de Prat-de-Bouc semblait fumer comme un jeune volcan.
Ou alors était-ce un signal pour inciter à une attaque surprise ? En haut du Puy Mary, la Decathlon CMA CGM de Paul Seixas accélérait, surprenant Pogi et son empire. Un frisson de plaisir traversait les journalistes regroupés dans la patinoire du Lioran, petit bijou architectural en bois aux courbes douces. Pendant la descente et le début du col de Perthus, UAE Emirates XRG paraissait bousculée, un peu, par l’équipe française mais aussi par les Visma-Lease a Bike. Un mirage.
Lutte secondaire
A 2 kilomètres du sommet du col du Perthus, Tadej Pogačar décidait de partir. Personne ne le suivait. Tous explosaient, particulièrement son coéquipier Isaac del Toro. On comprenait que sa méforme du jour avait dû retarder l’attaque du Slovène. En quelques instants, le maillot jaune rattrapait Richard Carapaz, toujours à l’avant. Le quadruple vainqueur du Tour le dépassait sans un regard. Le rose de l’Equatorien nous rappelait le rouge de Sylvain Chavanel dévoré en 2003 dans le col de Luz-Ardiden par Lance Armstrong. Ambiance plombante du Cantal. Dans la patinoire, il faisait soudain très froid. «Aujourd’hui c’était une journée incroyable, racontait le gagnant sur la ligne. Et l’atmosphère était incroyable. Il y avait tellement de public, je n’entendais rien dans la radio. Les 10 derniers kilomètres, je n’avais aucune idée de mon avance. Tout ce que j’avais en tête, c’était d’y aller à fond jusqu’au bout.»
Si Pogacar franchissait la ligne avec 32 secondes d’avance, ce qui nous donne l’impression d’être prisonnier d’une bulle temporelle comme Bill Muray dans Un jour sans fin, la journée a été riche d’enseignements. La lutte pour le podium s’est légèrement décantée. Derrière Pogacar, un petit groupe s’est détaché, composé de Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike), les deux frères ennemis de la Red Bull-BORA-hansgrohe, Florian Lipowitz et Remco Evenepoel, ceux de la Lidl Trek, Juan Ayuso et Mattias Skjelmose, et l’épatant Paul Seixas.
Au sprint, après avoir paru un temps lâché, le Belge farceur Evenepoel réglait tout le monde, devant le jeune Français. «Aller chercher cette troisième place dans une des journées les plus dures, c’est super, a-t-il dit. Aujourd’hui, c’était une étape de mecs forts, avec des efforts courts, chaotiques. Tout le monde était à fond.»
Isaac del Toro et Lenny Martinez perdaient du temps et voyaient le podium s’éloigner. Désormais, c’est de cette lutte secondaire là que nous parlerons en priorité, le gagnant du Tour étant déjà connu.

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