Le sélectionneur Scaloni, l’autre «Lionel» argentin
Charlie Riedel. AP
Lionel Scaloni, dimanche.
Nommé en 2018, l’ancien joueur de 48 ans ne devait diriger l’Albiceleste que provisoirement. Huit ans et plus de 100 matchs plus tard, le voilà aux manettes face à l’Angleterre en demi-finale.
15 Jul 2026 - Libération
(avec AFP)
«Un super gars mais il ne peut même pas diriger la circulation.» L’appréciation assassine de Maradona dit beaucoup du scepticisme qui entourait Lionel Scaloni quand il fut nommé sélectionneur par intérim en 2018. Avant lui, en huit ans, cinq sélectionneurs s’étaient succédé à la tête de l’Albiceleste. Huitans plus tard, Scaloni est toujours là et son équipe affronte l’Angleterre en demifinale du Mondial.
Arrivé sans expérience comme entraîneur principal, l’ancien adjoint de Jorge Sampaoli avait d’abord été nommé provisoirement pour panser les plaies du Mondial en Russie, marqué par l’élimination en huitième au terme d’un match épique (4-3) contre la France (celui du fameux «second poteau Pavard»), future championne du monde. Mais la greffe a pris et ce qui devait être un intérim de six mois s’est transformé en règne doré à la tête de la «Scaloneta» («la fourgonnette de Scaloni»), comme les Argentins appellent affectueusement leur sélection.
Série. Sous sa mandature, l’Albiceleste a gonflé son palmarès avec deux Copa América (2021 et 2024), une Finalissima (match entre le champion d’Amérique du Sud et le champion d’Europe en 2022) et le titre de champion du monde au Qatar 2022. Car quand Messi brandit le trophée vers le ciel à Doha, l’Argentine met fin à une interminable attente depuis le triomphe de 1986, porté par la signature du «Diez» de légende Maradona. En huit ans, Scaloni n’a essuyé que neuf défaites. Autre statistique impressionnante, il a enchaîné une série de 36 rencontres sans perdre entre juillet 2019 et novembre 2022.
Avant sa demie contre l’Angleterre à Atlanta, le coach vit un tournoi statistiquement idéal : sept victoires, largement portées par l’époustouflant Messi, qui a accumulé huit pions qui en font le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde (21 réalisations). Cela ne veut pas dire que l’Argentine n’a pas sué sang et eau pour y arriver. Après une phase de poule au petit trot, chaque match à élimination directe a été un chemin de croix. Le Cap-Vert est revenu deux fois au score, l’Egypte a mené de deux buts et aurait pu en mettre un troisième avant d’être renversée, et la Suisse lui a tenu la dragée haute avant de perdre en prolongations.
Des situations sous haute tension que le calme du manager a contribué à faire tourner en faveur des siens. Respectueux de l’identité footballistique et culturelle argentine, le natif de Rosario a tout construit autour de Messi, leader incontesté entouré d’un groupe extrêmement uni. Dans un pays où le foot se vit avec passion, l’équilibre tactique et émotionnel instauré par Scaloni a permis à «la Pulga» d’atteindre les succès tant désirés avec la sélection. Aujourd’hui âgé de 39 ans, il a marqué 60 buts en 76 matchs sous ses ordres (0,79 but par match en moyenne), contre 65 réalisations en 128 rencontres auparavant (0,51).
Prolongation. La Fédération argentine de football est tellement satisfaite du travail de Scaloni que, selon les médias argentins, les dirigeants ont déjà entamé les négociations pour prolonger de cinq ans le contrat qui expire le 31 décembre. S’il reste treize ans à la tête de la sélection, ce sera à coup sûr un record pour celui qui ne devait être qu’un intérimaire. Mais avant cette possible prolongation, il y a un doublé historique à réaliser.
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