FATAL


Il n’y avait, une fois de plus, rien à faire face à Tadej Pogačar, qui a remporté sa troisième victoire d’étape dans ce Tour, hier au Lioran, où il a effacé sa défaite d’il y a deux ans contre Jonas Vingegaard, désormais relégué à 3’36’’ au général.

15 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

LE LIORAN (CANTAL) – Il y avait une joie profonde et sincère dans cette manière d’exulter après la ligne, pas la célébration des jours ordinaires, mécanique, quoique ce fût l’impression que laissa une nouvelle fois Tadej Pogacar sur la route, celle d’un scénario inéluctable, la souffrance pour les uns, une journée au bureau banale pour le bourreau en jaune. Il y avait tout de même un peu plus que cela, un poids qui s’envolait, un peu de bile noire qui se diluait, le souvenir de la défaite au même endroit il y a deux ans gommé, quand il n’avait pas su garder son avantage dans le col de Pertus, une rareté, et quand Jonas Vingegaard l’avait ensuite battu au sprint, une autre rareté, ce qui avait rendu la combinaison des deux improbable à l’époque.

La vengeance est un des carburants de Pogacar, un sentiment qu’on dit réservé aux champions et à leur orgueil mais qui est aussi enraciné dans la vexation de l’enfant qui n’a pas gagné. Le double champion du monde aime ainsi revenir sur les lieux de ses revers passés, pour les nettoyer à la javel de sa surpuissance et en effacer la mémoire douloureuse. Il doit par exemple trépigner que Christian Prudhomme et les organisateurs du Tour remettent au parcours le col du Granon, où il a connu sa plus grande défaite, dans le Tour 2022, aux mains de Jonas Vingegaard et des Jumbo. Les déboires du Lioran avaient été d’une magnitude moindre, mais le Slovène a replanté son drapeau dans le Cantal et il peut désormais passer à autre chose.

Pogacar dissipe l’incertitude dans un sport où un clou peut tout changer

Il entend de toute manière ses revanches d’une manière extensive, en bon autocrate, et il n’allait rien laisser à Richard Carapaz, qui s’était envolé du groupe des favoris au pied du pas de Peyrol mais qu’il a atomisé dans le dernier kilomètre du Pertus où il lui reprit 45 secondes en seulement 700 m, quand il l’avait décidé.Il devait encore ressentir la rancoeur tiède de l’épisode du Giro 2025 où l’Équatorien avait arrêté de collaborer dans le Finestre avec Isaac Del Toro qui était en train de perdre la course et son maillot rose face à Simon Yates.

La vengeance est un ressort intime, mais Pogacar bouleverse également le cyclisme d’un mouvement plus général, d’une lame de fond qui a tendance à perturber sa nature. Il pose l’idée d’une fatalité sur un sport qui est tellement peu contrôlable, dont la beauté réside dans ce terrain de jeu qui offre des possibilités infinies, où un clou sur la route peut tout changer, ainsi que dans l’idée qu’on perd plus souvent que l’on ne gagne. Lui dissipe l’incertitude et sa ligne de statistiques raconte une autre histoire : 15 victoires en vingt-six jours de course cette saison, plus d’une fois sur deux, même si la moyenne de succès devrait un peu s’atténuer d’ici l’arrivée à Paris.

C’est de toute façon la manière qui est encore plus parlante et le scénario de hier en a été une nouvelle illustration. Du plateau brûlé du col de la Griffoul, où les vaches étaient allongées en groupes, oreilles basses, figées dans la chaleur, à la merveilleuse vallée verdoyante qui mène au Puy Mary, les UAE ont bourriné tout le long, sans jamais laisser trop d’espace aux échappés, 46 km de moyenne au bout de deux heures de course sur un parcours où le terrain était aussi dur dans les difficultés répertoriées qu’en dehors. Ce matraquage, cette manière de courir après tout le monde enclenchèrent quelques huées sur le parcours, ce qui n’est pas fréquent à l’endroit de Pogacar et de son équipe, bien moins que du temps des Sky, où aux sifflets s’ajoutaient des crachats et des jets d’urine.

Mais qu’importe, le limage, mental et physique, devait se poursuivre hier et même si le train dérailla un peu sur la fin, dans le Pertus, où ils se firent déborder un t e mps , n o t a mment p a rc e qu’Isaac Del Toro, dernier lanceur, n’était pas au mieux, le Maillot Jaune n’en fut pas perturbé pour autant.

Vingegaard va aussi devoir surveiller ses rétroviseurs au général

Le plan n’était pas parfait mais cela ne changeait rien du tout, Pogacar démarra à 15 km de l’arrivée et c’était terminé. Personne ne tenta même de bouger, les adversaires transformés en victimes consentantes, soulagées qu’on leur administre leur châtiment car il les libère du joug et leur permet d’enfin disputer leur course.

Car si l’on cherche de l’incertitude, mieux vaut en effet se pencher sur la lutte pour le podium, désormais encore plus concentrée, et où la hiérarchie a semblé mouvante, hier, dans le final. Le statut de numéro deux de Jonas Vingegaard a ainsi été quelque peu ébranlé, dans la dernière ligne droite, où il a coincé et laissé dix secondes à ses compagnons. Le Danois avait certes assuré une grosse partie de la poursuite derrière Pogacar, il tirait les Red Bull Evenepoel-Lipowitz, les Lidl-Trek Ayuso-Skjelmose et Paul Seixas, parce qu’il se concentre encore sur son rival slovène, mais il va devoir se mettre à surveiller ses rétroviseurs au général également.

Del Toro, intraitable jusque-là, a lui aussi subi un premier éclat, il s’est un peu remobilisé sur la fin mais a lâché une minute à Remco Evenepoel et Seixas avec les bonifications. Cela n’affectera pas la quête de Pogacar, mais peut-être davantage les ambitions personnelles du Mexicain.

Dans tout cela, Evenepoel, un temps dans le dur, a flingué dans l’emballage pour prendre la deuxième place et on sent qu’il est en train de s’installer dans ce Tour et de prendre confiance. C’est un peu le même topo pour Seixas, toujours aussi impeccable à mesure que les étapes où on l’attend s’enchaînent. Il a tenu la marée quand le rythme s’est durci et mêmemieux dans le sprint du petit groupe, où il prit la 3e place, son premier podium dans le Tour. Le Français gagne également une place au général, désormais 5e, mais c’est surtout sa montée en puissance qui fascine. Physiquement ainsi que dans cette sorte de libération qui a l’air de le propulser petit à petit, comme s’il se débarrassait de ses derniers morceaux de coquille, de plus en plus à l’aise et à sa place, prêt à livrer le combat de rue qui s’annonce pour les places d’honneur.

***

FATALE

Ancora una volta nulla da fare contro Tadej Pogačar, che ieri a Le Lioran ha conquistato la sua terza vittoria di tappa in questo Tour, riscattando così la sconfitta subita due anni fa contro Jonas Vingegaard, ora relegato a 3’36’’ nella classifica generale.

15 luglio 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

LE LIORAN (CANTAL) – C’era una gioia profonda e sincera in quel modo di esultare dopo il traguardo, non la celebrazione meccanica dei giorni ordinari, anche se era proprio questa l’impressione che Tadej Pogačar aveva lasciato ancora una volta sulla strada: quella di uno scenario ineluttabile, sofferenza per alcuni, una banale giornata di lavoro per il carnefice in maglia gialla. C’era comunque qualcosa di più di questo, un peso che se ne volava via, un po’ di amarezza che si diluiva, il ricordo della sconfitta nello stesso luogo due anni fa cancellato, quando non era riuscito a mantenere il vantaggio sul Col de Pertus, un evento raro, e quando Jonas Vingegaard lo aveva poi battuto allo sprint, un altro evento raro, il che aveva reso improbabile all’epoca la combinazione dei due.

La rivalsa è uno dei motori di Pogačar, un sentimento che si dice sia riservato ai campioni e al loro orgoglio, ma che è anche radicato nel risentimento del bambino che non ha vinto. Il due volte campione del mondo ama così tornare sui luoghi delle sue sconfitte passate, per ripulirli con la candeggina della sua sovrapotenza e cancellarne il ricordo doloroso. Ad esempio, deve essere furioso che Christian Prudhomme e gli organizzatori del Tour non abbiano reinserito nel percorso il Col du Granon, dove ha subito la sua più grande sconfitta, nel Tour 2022, per mano di Jonas Vingegaard e della Jumbo. Le delusioni di Le Lioran erano state di minore entità, ma lo sloveno ha piantato nuovamente la sua bandiera nel Cantal e ora può voltare pagina.

Pogačar dissipa l’incertezza in uno sport 
in cui un piccolo imprevisto può cambiare tutto

In ogni caso, concepisce le sue rivincite in modo estensivo, da buon autocrate, e nulla avrebbe lasciato a Richard Carapaz, che era scattato dal gruppo dei favoriti ai piedi del Pas de Peyrol ma che è stato annientato nell’ultimo chilometro del Pertus, dove gli ha recuperato 45 secondi in soli 700 metri, quando lo ha deciso. Probabilmente provava ancora un tiepido risentimento per l’episodio del Giro 2025, quando l’ecuadoriano aveva smesso di collaborare sul Colle delle Finestre con Isaac del Toro, che stava perdendo la corsa e la maglia rosa a favore di Simon Yates.

La rivalsa è una molla intima, ma Pogačar sconvolge il ciclismo anche con un movimento più generale, un’onda di fondo che tende a stravolgerne la natura. Introduce l’idea di una fatalità in uno sport che è così poco controllabile, la cui bellezza risiede proprio in quel terreno di gioco che offre infinite possibilità, dove un chiodo sulla strada può cambiare tutto, così come nell’idea che si perde più spesso di quanto si vinca. Dissipa ogni incertezza e le sue statistiche raccontano un’altra storia: 15 vittorie in ventisei giorni di gara in questa stagione, più di una su due, anche se la media delle vittorie dovrebbe diminuire leggermente da qui all’arrivo a Parigi.

È comunque lo stile con cui corre a essere ancora più eloquente e lo scenario di ieri ne è stata un’ulteriore dimostrazione. Dall’altopiano arido del Col de la Griffoul, dove le mucche giacevano in gruppi, con le orecchie abbassate, immobili per il caldo, alla meravigliosa valle verdeggiante che conduce al Puy Mary, la UAE ha spinto a tutto gas per tutto il percorso, senza mai lasciare troppo spazio ai fuggitivi, 46 km orari di media dopo due ore di gara su un percorso in cui il terreno era duro tanto nelle salite segnalate quanto al di fuori di esse. Questa pressione, questo modo di stare sempre alle calcagna di tutti, ha scatenato qualche fischio lungo il percorso, cosa che non capita spesso nei confronti di Pogačar e della sua squadra, molto meno che ai tempi della Sky, quando ai fischi si aggiungevano sputi e getti di urina.

Ma poco importa: l’indurimento, mentale e fisico, doveva proseguire ieri e, anche se il treno ha deragliato un po’ nel finale, sul Pertus, dove (gli UAE) sono stati superati per un po’, in particolare perché Isaac del Toro, ultimo vagone, non era al meglio, la maglia gialla non ne è stata comunque turbata.

Anche Vingegaard dovrà tenere d’occhio 
gli specchietti retrovisori nella classifica generale

Il piano non era perfetto, ma nulla cambiava: Pogačar ha attaccato a 15 km (-15,5 km, ndr) dall’arrivo e la gara era ormai finita. Nessuno ha nemmeno tentato di reagire; gli avversari si sono trasformati in vittime consenzienti, sollevati dal fatto che venisse loro inflitta la punizione, poiché ciò li liberava dal giogo e permetteva loro di disputare finalmente la propria gara.

Perché se si cerca l’incertezza, è meglio infatti concentrarsi sulla lotta per il podio, ormai ancora più serrata, e dove ieri, nel finale, la gerarchia è sembrata mutevole. Lo status di Jonas Vingegaard di numero due è stato così in qualche modo scosso sul rettilineo finale, dove è rimasto bloccato e ha concesso dieci secondi ai suoi avversari. Il danese aveva assicurato gran parte dell’inseguimento alle spalle di Pogačar, trainando la Red Bull di Evenepoel-Lipowitz, la Lidl-Trek di Ayuso-Skjelmose, più Paul Seixas, poiché si concentra ancora sul suo rivale sloveno, ma dovrà iniziare a guardarsi le spalle in classifica generale.

Anche del Toro, fino a quel momento inarrestabile, ha subìto una prima battuta d’arresto; si è un po’ ripreso sul finale, ma ha ceduto un minuto a Remco Evenepoel e a Seixas, abbuoni compresi. Ciò non influirà sulla corsa di Pogačar, ma forse inciderà maggiormente sulle ambizioni personali del messicano.

In tutto questo, Evenepoel, che per un po’ ha faticato, ha dato il massimo nel finale per conquistare il secondo posto e si percepisce che sta prendendo piede in questo Tour e acquisendo fiducia. Più o meno lo stesso vale per Seixas, sempre impeccabile man mano che si susseguono le tappe in cui è chiamato a dare il meglio. Ha tenuto il passo quando il ritmo si è fatto più serrato e ancora meglio nello sprint del gruppetto, dove ha conquistato il terzo posto, il suo primo podio al Tour. Anche il francese guadagna una posizione nella classifica generale, ora è quinto, ma è soprattutto la sua crescita che affascina. Sia fisicamente sia in quella sorta di liberazione che sembra spingerlo avanti poco a poco, come se si stesse liberando degli ultimi residui di timidezza, sempre più a suo agio e al posto giusto, pronto a dare battaglia per i posti d’onore.

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