Tour de France : Pogačar, un homme en colère
Battu en 2024 par Jonas Vingegaard au Lioran, Tadej Pogacar n’a laissé
aucune chance à ses adversaires en s’échappant à 15 km de l’arrivée.
Le Slovène, revanchard, a remporté une nouvelle étape au Lioran. Il poursuit son cavalier seul.
3 - étapes remportées par le Slovène Tadej Pogačar,
après 10 jours de course sur le Tour de France 2026
15 Jul 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan Envoyé spécial au Lioran
La mémoire dans la peau. Fier, orgueilleux, rancunier, Tadej Pogacar avait rendez-vous. En 2024, lors de la spectaculaire arrivée au Lioran, le Slovène s’était incliné d’un souffle, au sprint, contre Jonas Vingegaard. Dès la révélation de la carte du Tour 2026, en octobre, l’impitoyable leader de l’équipe UAE Team Emirates avait coché la date, fait de l’étape une revanche, un rendez-vous intime. Avec, en tête, un compte à régler. Rien ne peut lui résister. Ni un rival, ni un lieu. Ni une époque. Sa volonté crevait les yeux. La rage le portait. Les difficultés se sont inclinées, le Lioran a déroulé sa pente. Ses rivaux n’ont pas pu esquisser le moindre geste quand, à 15 km de l’arrivée dans le col de Pertus, le Maillot jaune a placé une attaque foudroyante, a repris 45 secondes en 1 km à l’équatorien Richard Carapaz, qui a vu passer un bolide. Obsédé par un mauvais souvenir. Tadej Pogacar est ainsi fait. Il trouve toujours une occasion de bâtir sa légende.
Le Slovène signe (déjà) dans le Cantal une troisième victoire d’étape (après Les Angles et Gavarnie) depuis le départ de Barcelone. Sa 24e victoire d’étape sur la Grande Boucle. «C’est un profil qui inspire pas mal de coureurs pour une échappée, mais il y a aussi cette bataille pour le classement général avec “Pogi”. C’était une journée historique quand il s’était fait battre par Vingegaard, donc peut-être qu’il voudra montrer qu’il n’a pas de coup de mou », suggérait avant le départ Warren Barguil (Picnic Post NL), le dernier vainqueur français un 14 juillet. Avant même le baisser de drapeau, Tadej Pogacar étend sa menace. Son emprise est totale. À l’arrivée, il jette un petit coup d’oeil derrière son épaule, n’aperçoit rien. Et enregistre les écarts. Après 10 étapes, il ne s’est jamais appuyé sur une avance aussi conséquente, et il portera, ce mercredi, son 60e maillot jaune, comme Miguel Indurain…
Premier podium pour Seixas
Mais, sur les routes escarpées, endiablées, sauvages du Cantal, ses gardes du corps ont perdu (un peu) de leur superbe. Un à un, ceux qui ont souvent été à l’ouvrage depuis le départ de Barcelone ont craqué. Une image contrastant avec la facilité répétée de Pogačar, bien seul sur la planète Tour (« On est très souvent à l’avant, on contrôle la course, on sacrifie l’équipe tous les jours, Isaac del Toro est jeune, il était peut-être en surchauffe, il reviendra plus fort », a édulcoré le Maillot jaune). Dans son dos, Jonas Vingegaard a perdu un peu de temps, Remco Evenepoel a souffert. Et Paul Seixas, au bout de l’effort, a impressionné. Le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM, 3e de l’étape, a accroché le premier podium de sa jeune carrière sur le Tour pour se hisser à la 5e place du classement général. « Le Tourmalet (6e étape), c’était une étape de grimpeurs. Là, c’était pour des mecs forts, des efforts plus courts, plus chaotiques. J’ai réussi à être présent sur ces deux types de terrain. C’est une très belle réussite », a-t-il confié à France Télévisions avec la modération et le détachement qui le caractérisent. Des glaçons jetés dans la canicule, au coeur de l’effervescence. La preuve d’un événement apprivoisé, d’une ambition assumée, d’une maturité rare. À 19 ans, le Lyonnais (2e du classement du maillot blanc de meilleur jeune) peut continuer à escalader les marches de ce Tour. Pour arracher un peu de lumière, offrir un courant d’air. Prendre rendez-vous. Son équipe Decathlon CMA CGM a montré qu’elle pouvait jouer des coudes. Et marquer l’événement.
Comme Pailhores, charmant village du Cantal (140 habitants) qui a intensément vécu son jour de fête. Au 68e km de l’étape, première des sept difficultés du jour. Christian Prudhomme, le directeur du Tour, a inauguré une place à son nom. Avant que le Tour reprenne sa course folle. En distribuant ses coups de projecteurs, ses souvenirs. Ses heures d’attente et son défilé endiablé. Celui conduit par Tadej Pogacar, un homme en colère qui avait rendez-vous avec son ambition démesurée. Bien décidé à imposer sa loi, même si le son des huées a, par instants, résonné et accompagné sa nouvelle démonstration…
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10e étape, Aurillac-le Lioran (166,6 km) :
1. Pogačar (SLO/UAD) les 166,6 km en 3 h 58’ 8” (moyenne : 42,0 km/h) ;
2. Evenepoel (BEL/RBH) à 32” ;
3. Seixas (FRA/DCT) 34” ;
4. Lipowitz (ALL/RBH) 34” ; 5. Ayuso (Esp/ LTK) 38” ; 6. Skjelmose (DAN/LTK) 38” ; 7. Vingegaard (DAN/TVL) 44” ; 8. Del Toro (MEX/UAD) 1’31”; 9. Pidcock (G-B/Q36) 1’ 59” ; 10. Martinez (FRA/TBV) 2’ 3”…
Classement général :
1. Pogačar (Slo/ UAD) 36 h 15’ 2” ;
2. Vingegaard (DAN/TVL) à 3’36”;
3. Evenepoel (BEL/RBH) 4’6”;
4. Ayuso (ESP/LTK) 4’ 22” ; 5. Seixas (Fra/ DCT) 4’ 35” ; 6. Lipowitz (ALL/RBH) 4’ 44” ; 7. Del Toro (MEX/UAD) 5’ 8” ; 8. Skjelmose (DAN/LTK) 5’45”; 9. Martinez (FRA/TBV) 6’ 34” ; 10. Pidcock (G-B/Q36) 11’ 49”…
11e étape, ce mercredi (14h05) : Vichy-Nevers (161,3 km).
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