Tout lui sourit
Tadej Pogacar ne cachait pas,
hier, sa joie sur le podium du Tour.
De nouveau vainqueur hier, le Slovène semble particulièrement épanoui, un an après avoir montré un visage plus sombre sur le Tour.
«Quand je souffre, on a l’impression que je souris,
c’est ce qui se voit sur mon visage»
- TADEJ POGACAR
«Quatre minutes (d’avance au général),
c’est beaucoup et ce n’est rien du tout,
il ne faut pas perdre la concentration»
- MAURO GIANE'TTI, MANAGER
CHEZ UAE EMIRATES-XRG
19 Jul 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
LE MARKSTEIN (HAUT-RHIN) – En s’extirpant des sous-bois embaumés du pétrichor que la pluie avait déposé sur le bitume encore chaud quelques minutes plus tôt, Tadej Pogacar a plongé dans cette foule invasive, joyeuse et foutraque qui cherchait à l’engloutir dans le col du Haag. Et probablement ravivé les angoisses de ses parents, Mirko et Marjeta, qu’il enlace affectueusement presque tous les matins. « Ce n’est pas très populaire, mais on aimerait que l’accès aux cols emblématiques soit limité, expliquait récemment sa mère. Quand il n’y a pas de barrières, tout le monde s’approche de la route, beaucoup de spectateurs touchent les coureurs, leur jettent des choses à la figure, ce n’est pas agréable. »
Cette mesure radicale n’est pas au programme, et tant mieux, car elle priverait le Slovène, et nous avec, d’une ambiance « casseboîte» et fête foraine, lui qui avait pourtant révélé avoir été la cible de huées lors de l’étape du Lioran le 14 juillet dernier, un épiphénomène en réalité. Dans les Vosges, « une région extraordinaire pour faire du vélo » , tout était oublié et il avait le sentiment d’avoir « sûrement rencontré ici l’une des plus belles ambiances que j’ai connues dans le Tour de France. C’est vraiment un moment inoubliable, toute cette foule sur les collines et dans la montagne, c’est tout simplement… Je n’avais jamais vu quelque chose de pareil ».
Après le virage du Hibou, où les cordages suivaient les courbes des corps disparates, on aurait alors juré voir le Slovène sourire de tout ce foutoir, de cette marée humaine qu’il ouvrait, malgré la pente, la douleur et les efforts. Plutôt un rictus selon lui, le même qu’entraperçu à l’approche des derniers hectomètres.
« Quand je souffre, on a l’impression que je souris, c’est ce qui se voit sur mon visage. C’est un peu dur à expliquer, mais c’est comme ça. Ça apparaît aussi sûrement comme un sourire parce que j’étais en train de réaliser une bonne opération. »
Une de plus : hier, il a encore grignoté du temps et du cerveau à Jonas Vingegaard en cet endroit où, en 2023, il avait atténué la déception d’un deuxième Tour perdu face au Danois. Embarqué dans une voiture, Mauro Gianetti, son manager chez UAE Emirates XRG, n’a pas vu ce masque de souffrance mêlée à l’extase, mais il ne peut contester que son leader a retrouvé une joie de vivre évanouie au fil des jours l’an passé, à la même époque : « Je n’ai pas fait attention, mais oui, il s’amuse. »
À Barcelone, il avait fêté le succès de son copain Isaac Del Toro comme si cela avait été le sien, le drapeau mexicain sur les épaules, chantant avec les fans de « Torito » et, depuis, il balade un sourire qui ne lui échappe plus. Très loin, donc, du Tour 2025 au cours duquel, blessé, il avait craint de devoir abandonner, terminant finalement l’épreuve
« vraiment épuisé » (Marjeta Pogacar). En particulier après l’étape de La Plagne (la 19e) où, pour dire les choses, tout l’avait soûlé: « J’avais eu très froid, se remémorait-il. J’avais été assez ronchon quand j’avais rencontré les médias. Mais si je me souviens bien, au même stade de l’épreuve l’an passé, j’avais le même très bon moral que maintenant. » Pas tout à fait, il râlait déjà avant, du protocole souvent, des conférences de presse qui tournaient en rond, et sans l’avouer, de l’absence, aussi, de réelle concurrence.
Cette année, ses adversaires ne sont pas plus féroces, mais la densité du peloton le maintient en éveil. « Ce Tour va crescendo jusqu’à samedi, constate Gianetti. Ce ne sont pas des mots, tout est tellement dur. Quatre minutes (d’avance au général), c’est beaucoup et ce n’est rien du tout, il ne faut pas perdre la concentration, ne pas faire n’importe quoi, ne pas attaquer de loin. Jonas n’est pas loin, Paul Seixas est là, Lipowitz, Ayuso… Il y a du monde, c’est sérieux. Il reste du chemin à faire »
Celui du double champion du monde s’éclaire tout de même chaque jour un peu plus au bout de son quatrième succès depuis Barcelone, le 25e depuis 2020, et il irradie sur un Grand Tour comme rarement depuis le Giro qu’il avait découvert et remporté en 2024.
Son programme allégé depuis le début de saison, concentré à la fois sur ses principaux objectifs d’une journée (Milan-San Remo, Roubaix, le Tour des Flandres) puis sur sa préparation avec des épreuves qu’il ne connaissait pas (Tour de Romandie et Tour de Suisse) a contribué à sa légèreté. Son équipe l’a libéré d’un dernier stage à Isola 2000 pour veiller sa compagne, Urska Zigart, victime d’une violente chute lors du Tour de Suisse. Sans conséquence sur le plan physique mais avec un bénéfice psychologique évident pour le Slovène, qui avait entrepris, hier, de rejoindre le protocole en longeant les barrières, tapant sans discontinuer dans les mains des spectateurs.
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