L’âme de Hate-Savoie Paul Seixas.
À moins de 15 kilomètres de l’arrivée de la 15e étape, au plateau de Solaison, se trouve la maison des grands-parents paternels de Un endroit où il a passé une grande partie de son enfance et adolescence.
“J’envoyais toujours les enfants une semaine ici, au début juillet.
C’était toujours la première semaine du Tour de France.
Pour Paul, l’endroit y était associé,
il pouvait regarder le vélo avec son grand-père
- EMMANUELLE, L'AM'ÈREDE PAUL SEIXAS
“Paul m’a proposé de partir avec lui chez ses grands-parents.
J’ai pu voir à quel point il tenait énormément à eux.
Cette maison, c’est un endroit qui l’apaise
- CYPRIEN MAISSON DE'PA'UL, LE MEILLEUR AMI SEIXAS
19 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
MAGLAND (HAUTE-SAVOIE) – Pour eux, les maillots et trophées de leur petit-fils de 19 ans sont des rappels du présent et d’un monde qui va à cent à l’heure. Pour lui, la demeure de ses grands-parents, 85 et 81 ans, est un doux rappel du passé, un retour à l’enfance, à toutes ces vacances en Haute-Savoie et ces moments passés à se construire mille souvenirs pour la vie. La maison de José Manuel et Suzanne n’a pas bougé mais certains recoins ont pris des allures de musée, la faute à Paul Seixas, qui se fait un plaisir de distiller quelques souvenirs au gré de ses performances.Magland, en Haute-Savoie, les grands-parents de Paul Seixas ont toujours accueilli leur petit-fils avec tendresse, l’initiant au vélo et à la montagne, nouant avec lui une véritable complicité. D’ailleurs, ils gardent chez eux ses déjà nombreux trophées et maillots.
« Papy » se hisse un peu sur la pointe de pieds pour désigner les coupes perchées au sommet de l’armoire, avec une préférence pour celle du titre de champion du monde juniors du contre-la-montre, à Zurich en 2024, celle du Tour de l’Avenir en 2025, ou encore « le plus beau cadeau » , le trophée du Giro della Lunigiana, décroché en 2024. « Il vide sa chambre et dans le mêmetemps, il fait plaisir à son grand-père. Ça lui permet aussi de repartir de l’avant, de recommencer sans arrêt » , sourit Emmanuel, le papa, en observant la scène quelques mètres en retrait.
La table en Formica du salon, où Seixas a annoncé à ses grands-parents, début mai, dans un joli moment d’émotion, qu’il disputerait le Tour de France en juillet, est jonchée en ce dimanche de juin d’un mini-ventilateur, de tasses, d’une cafetière encore fumante et d’un verre ballon dans lequel José Manuel se sert un café. Emmanuel et Emmanuelle, les parents de Seixas, sont assis, et entourent la grand-mère, en robe longue, en bout de table, qui préside. « Petit, il me disait : “Dis Mamie, quand je serai au Tour de France, tu me regarderas ?” Il avait 8, 9 ans, je crois, Je lui répondais que j’espérais arriver à cet âge-là pour voir ça. »
Dehors, José Manuel invite à faire quelques pas au bout du jardin et montre quelques talus et des passages escarpés. « À l’époque, ce n’était pas comme ça, mais la piste de cyclo-cross était là, sant sous un feuillage. Ça faisait à peu près un kilomètre, avec deux ou trois petites boucles.
Paul et Nino ( faisaient déjà ça tout petits, à 7 ou 8 ans je pense. Ils faisaient dix fois le circuit à l’âge de 10 ans. » Une fois l’année scolaire terminée, la maison de Magland et son hameau du Grangeat étaient le point de ralliement.
« J’envoyais toujours les enfants une semaine ici, au début juillet », raconte Emmanuelle, la maman, enseignante. « On avait nos petites habitudes, ils partaient en Haute-Savoie, ça me permettait de faire des choses à la maison, je préparais la rentrée. C’était toujours la première semaine du Tour de France. Pour Paul, l’endroit y était associé, il pouvait regarder le vélo avec son grand-père. »
« Il connaissait déjà tous les coureurs, il enregistrait tout, on sentait déjà un passionné. »
Sur un miroir qui accueille les visiteurs une fois la porte d’entrée passée, deux photos insérées en bas à gauche le long d’un cadre rappellent l’enfance de Seixas, déjà tournée vers le vélo et les cimes. Sur l’une, il porte le maillot de champion de France sur le dos, sur l’autre, il est avec son frère, en vainqueur de la Time Megève Mont-Blanc.
C’est dans les environs que le petit Seixas a fait ses premiers pas en montagne. La Poi nt e d’A re u, l a montagne qui se dresse face à la maison, notamment. « Dès qu’il a eu l’âge de marcher, on partait en montagne, retrace le grandpère. On ne partait pas en vacances le plus souvent, mais on avait les enfantsici, avec nous. »
À 4 ans, Seixas fait déjà du ski sur les pistes haut-savoyardes. « Le matin, c’était ski, l’aprèsmidi, marche dans la neige, et on allait vers les Granges de Luth » , ajoute-t-il. Emmanuel, le père, complète : « Quand les enfants sont jeunes, il ne faut pas non plus faire trop de montagne. Moi, je leur faisais faire des petites côtes de trois ou quatre kilomètres, je partais avec eux. Mais, une fois par an, on essayait de trouver un vrai col à Paul, on y allait progressivement. C’était un moment exceptionnel à chaque fois. »
Cyprien Maisson était aux premières loges, quelques années plus tard, pour constater à quel point l’endroit était devenu un refuge précieux pour son meilleur ami. « On a formé un duo assez vite après notre rencontre au club de Villefranche. Moi, je ne connaissais personne, je débutais le vélo, et quelques semaines plus tard, Paul m’a proposé de partir avec lui chez ses grands-parents. J’ai pu voir à quel point il tenait énormément à eux. Cette maison, c’est un endroit qui l’apaise » , confie celui qui s’est amusé, lui aussi, sur le circuit de cyclo-cross dessiné par le grand-père.
En 2022, les deux garçons étaient partis à Châtel applaudir Bob Jungels, le vainqueur de la 9e étape du Tour. Ils étaient rentrés à vélo, mais la nuit les avait cueillis et Emmanuel Seixas avait dû aller les chercher pour les ramener à Magland. Deux jours plus tard, les deux meilleurs amis avaient remis ça à l’Altiport de Megève. « Quand on partait en montagne, Paul voulait toujours aller plus haut, plus loin, souligne Maisson. Il voulait sans cesse revenir chez ses grands-parents, profiter d’eux et de la région. On faisait des trucs de fou. Il était dans son élément. »
« On faisait beaucoup de randonnées parce que j’adorais aller à la pêche, sourit cette fois le père. On emmenait les enfants. Moi, je ne marche pas pour aller voir le sommet d’une montagne, plutôt pour aller chercher un lac. Paul, c’est l’inverse. Il me disait qu’il me laissait à mon lac et continuait plus loin dans la montagne. » De la maison de ses grands-parents au Tour de France, le nouveau meilleur jeune du Tour de France, n’a pas changé de philosophie.
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« À mon âge, c’est une chance que ce truc-là m’arrive… »
José Manuel, le grand-père de Paul Seixas, est l’homme qui lui a fait aimer le Tour dès l’enfance.
«Il n’y a pas un jour où je ne suis pas fier de lui»
- JOSE MANUEL SEIXAS
19 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL Th. P.
MAGLAND (HAUTE-SAVOIE) – José Manuel Seixas déambule dans son jardin en chemise bleue à fleurs, lunettes de vue cerclées de noir plus souvent sur le front que sur les yeux. Il pointe du doigt un plant de tomates et quelques pics qui montent vers le ciel. « J’ai planté des arbres, mais ça ne donne rien. À part quelques prunes… » , soupire le grand-père paternel de Paul Seixas, la jeune pousse de la famille qui a déjà tellement grandi. « Je dois à mon grand-père d’avoir débuté le vélo » , a souvent répété son petit-fils, ces derniers mois.
Il est aujourd’hui sur le Tour, le vrai, et José Manuel, 85 ans, ne cesse d’écarquiller les yeux. « Je suis fier et je n’en reviens toujours pas. À mon âge, c’est une chance que ce truc-là m’arrive. Ce n’était pas prévu. J’ai eu ce cadeau pour mes vieux jours » , confie-t-il, ému. C’est lui qui a « initié » Seixas au cyclisme et à la Grande Boucle. « Je lui faisais regarder le Tour, il avait 3,5 ans en 2010, reprend José Manuel. Il adorait ça, ça se voyait, je n’en revenais pas. »
La filiation est nette, lui-même a fait cette découverte, il y a quatre-vingts ans. « Dans le temps, je regardais tout. Mais petit, on n’avait pas de télé à la maison. Un locataire dans l’immeuble, un Italien, en avait une. Les gosses du quartier allaient tous devant chez lui regarder par la fenêtre. Et j’attendais le jour suivant pour continuer à voir du vélo » , se souvient celui qui s’est installé en Haute-Savoie en 1976.
Il dit qu’il n’aime pas trop parler, qu’il n’a pas grandchose à dire, mais son débit de paroles se tarit rarement lorsqu’il s’agit de parler de son petit-fils, Paul, et de Nino, son cadet. Cette année, il a arpenté les routes et les aires d’arrivée du Tour Auvergne-Rhône-Alpes en juin, dans le sillage de l’équipe Decathlon-CMA CGM et escorté par son fils, Emmanuel. « Il peut m’arriver de louper l’arrivée, je ne marche plus comme avant, hein » , sourit-il. « Au début, on y allait beaucoup, on allait partout. On avait un camping-car, que je regrette d’avoir vendu d’ailleurs » , dit-il à propos de toutes les courses régionales de cyclo-cross, VTT ou sur route, de ses petits-enfants. « J’essaie toujours d’aller le voir, mais je ne peux pas m’absenter beaucoup étant donné que j’ai les chats, les poules et qu’il n’y a personne pour les soigner. Si je ne suis pas là, elles crèvent » , ajoute-t-il en filant laver quelques tasses dans la cuisine. Sa femme, Suzanne, en profite pour l’interpeller, en le chambrant – « Raconte l’histoire du camping-car! » –, avant de s’en charger en une fraction de seconde en le pointant du doigt. « Nino et moi, on allait à la plage tous les deux. Quand on remontait, vous nous disiez qu’on faisait trop de bruit, alors que vous regardiez le Tour de France. Il ne fallait pas parler quand vous étiez devant la course. »
L’an dernier, le grand-père emmenait encore son petit-fils dans les Aravis pour une grande balade. Plus récemment, juste après le Tour Auvergne-Rhône-Alpes où Seixas était tombé et avait abandonné, il était aux Gets, à quelques kilomètres de sa maison, pour le suivre en voiture. « Je ne lui ai pas dit, mais je n’en revenais pas de le voir rouler comme ça. Il n’y a pas un jour où je ne suis pas fier de lui. » La première partie du Tour de France a décuplé ce sentiment. L’arrivée à Solaison, aujourd’hui, à deux pas de la maison, aussi.
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