Les frères fuyards
Tobias Johannessen (à droite) suivi par son frère Anders.
Les Norvégiens d’Uno-X Mobility, Tobias et Anders Johannessen, ont passé tous les deux, hier, la journée dans l’échappée, où le second s’est sacrifié pour que le premier puisse espérer gagner. Sans succès, mais pas sans plaisir.
«On sait exactement ce que pense l’autre et ce qu’il faut
faire pour gérer les situations difficiles en course»
- ANDERS JOHANNESSEN
19 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
LE MARKSTEIN (HAUT-RHIN) – Il y a les équipes qui tiennent leurs projets secrets. Et il y a les frères Johannessen. Hier, au départ de Mulhouse, Tobias et Anders avaient annoncé leurs intentions : « Être dans l’échappée pour passer le plus de temps possible ensemble. » Ce n’était pas une blague, et les jumeaux norvégiens d’Uno-X Mobility ont fait partie du groupe de six qui a ouvert la route dans le massif vosgien, où les supporters scandinaves, habillés du maillot de l’équipe cycliste et riches en drapeaux, étaient nombreux.
Du temps ensemble, les deux grimpeurs (26 ans) en passent énormément. De leur enfance, entre foot et cyclisme, à ce Tour de France qu’ils partagent pour la seconde fois, eux qui sont compagnons de chambre, ou de « balcon », puisqu’ils s’étaient filmés en dormant à la belle étoile lors de la journée de repos, lundi. « Ils ne sont pas tous les deux à part, assure Gabriel Rasch, l’un de leurs directeurs sportifs. Mais on a essayé cette année de leur donner le même programme, car ils ont leurs habitudes, ils aiment s’entraîner et courir ensemble, c’est une forme de sécurité pour eux. »
Une relation que les deux frangins de Drobak, le long du fjord d’Oslo, avaient racontée à Eurosport, en 2021, à l’occasion du Baby Giro. Après avoir surtout couru en VTT, les Johannessen vivaient alors leur première saison sur route et le monde commençait à les découvrir (Tobias 2e du général, Anders 8e). « C’est vraiment spécial, j’aimerais tellement que tous les membres de l’équipe aient un jumeau, décrivait le deuxième.
On sait exactement ce que pense l’autre et ce qu’il faut faire pour gérer les situations difficiles en course. » « On ne se parle quasiment jamais, reprenait Tobias. Anders est très intelligent à vélo, il sait quand faire des pauses, quand ne pas en faire. J’ai une confiance absolue en lui. »
Depuis, Tobias, « plus vieux de dix-sept minutes » selon leur DS, a pris de l’avance, vainqueur du Tour de l’Avenir 2021, 6e du dernier Tour, « mais Anders progresse, il peut devenir un leader, on lui donne de l’espace, et il a gagné le Tour de Slovénie l’an dernier », note Rasch. La hiérarchie est quand même claire, et Anders s’est donc mis, ce samedi, au service de son leader, en faisant un gros travail pour que les derniers rescapés abordent le col du Haag avec le maximum d’avance sur le groupe Maillot Jaune. Finalement en vain, mais « on a tout fait comme il fallait, Anders a été incroyable, appréciait Tobias. Je suis fier de nous deux ».
Ambianceurs de l’équipe
Tout fonctionne par deux, avec eux. Il y a un mois, ils ont prolongé en même temps avec leur équipe de toujours, pour la même durée (jusqu’en 2028). Ambianceurs de l’équipe, ils étaient montés à deux sur scène pour chanter et danser, l’hiver dernier, lors de la soirée avec les partenaires de la formation. Tobias voulait « offrir à la Norvège ses propres frères Yates », les jumeaux sont en train de le réussir. À moins qu’il y en ait un de plus ? « Notre secret, c’est que nous sommes trois et à chaque étape, il y en a un qui se repose » , rigolaient-ils au départ hier.
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