UNE MERVEILLE
Porté par la folie du col du Haag, Tadej Pogacar a remporté une étape somptueuse dans les Vosges, où Paul Seixas a été encore bluffant et s’est rapproché du podium. À 19 ans, il est exceptionnel.
19 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
LE MARKSTEIN (HAUT-RHIN) – Quelle douce folie pour s’extirper des derniers hectomètres du col du Haag, de ce corridor en furie, où cela valait bien la peine de perdre un rétroviseur pour se frayer un passage et vivre ce moment dingue, au milieu d’un peuple électrisé par le bonheur simple d’être là sur les routes du Tour. Une joie qui nous a collé un frisson comme rarement et qui n’allait pas nous quitter devant la marée humaine à la sortie du col, un stade de football qui se dressait devant nous avec des vaches en tribune supérieure, dans un endroit d’une rare beauté, ces prairies sèches, ces sommets aux courbes douces, ces petits ventres d’herbe rebondis qui avaient l’air de toucher le ciel et de caresser des nuages blanc gris gonflés comme des meringues.
À l’arrivée, combien de camarades de juillet nous ont dit qu’ils n’avaient jamais vu une telle foule en 15, en 30 Tours de France ? Ce fut une journée unique, à garder avec nous, une forme de quintessence de la Grande Boucle, l’alliance d’un public massif, d’un décor de rêve et d’une grande bagarre, qui a touché jusqu’aux coureurs, survoltés par cette ambiance et par ce théâtre. Paul Seixas l’a ainsi décrite comme « magnifiquement dure » , quand Tadej Pogacar expliquait que dans le haut du Haag, son rictus de souffrance était devenu un sourire, « une souffrance positive » , comme si cette communion et ces paysages avaient atténué leur douleur, ou du moins s’étaient-ils dit que cela valait bien la peine d’en baver.
Pogacar s’amuse et cela le rend encore plus redoutable
Le Maillot Jaune s’est envolé à 1,6 km du sommet du Haag, pile dans l’épingle du Hibou, ce à quoi on pouvait s’attendre, mais c’est le plaisir retrouvé qui l’escorte dans ce Tour qui marque les esprits. Même si nous ne sommes pas encore en troisième semaine, le Slovène semble débarrassé des grignotements du cerveau qui l’avaient terni l’an passé. Pogacar s’amuse et cela le rend encore plus redoutable, car tout se passe comme un jeu d’enfant, dans tous les sens du terme, et c’est ce qu’il préfère. Il a déjà gagné autant d’étapes que l’an passé et le fait qu’il ait montré quatre doigts de la main après avoir franchi la ligne du Markstein prouve que le décompte de victoires a de l’importance à ses yeux, qu’il a actionné le mode cannibale.
S’il le souhaite, si la lassitude ne le gagne pas et s’il est épargné par les pépins, il pourrait encore doubler son score, tout à l’heure au plateau de Solaison, lors des deux arrivées à l’Alpe d’Huez et sur les Champs-Élysées, une étape de prestige où il pourra tout lâcher, le dernier jour, dans la butte Montmartre. Le Slovène a remporté hier sa 25e victoire dans le Tour de France, autant qu’André Leducq, et il pourrait ainsi rejoindre Bernard Hinault à 28 d’ici l’arrivée à Paris, le 26 juillet. En plus de sa supériorité physique, il est donc accompagné par une forme de plénitude, et le terrain des Vosges ne pouvait que lui convenir, le détacher presque naturellement, tant il offre une difficulté élevée et des toboggans divertissants, ce qui a renforcé notre impression que la moyenne montagne offrait actuellement le meilleur spectacle possible et qu’elle avait raison de se pousser des cols.
Des échappés ont bien tenté leur chance, mais il n’y avait rien à faire. Après un premier gros groupe de fuyards dans lequel figurait Tom Pidcock, 4e du général au départ de cette 14e étape et que les équipes des favoris n’allaient pas laisser manoeuvrer comme la veille vers Belfort, un quintet s’est ainsi formé à l’avant, avec les frangins Johannessen, Tobias et Anders, les EF Education-EasyPost Ben Healy et Richard Carapaz, et Valentin Paret-Peintre, qui moissonnait les points de la montagne pour tenter de contester le maillot blanc à pois rouges à Pogacar.
Mais il ne comptait que 1’25’’ d’avance au pied des 11 km du Haag, trop peu, et Carapaz et Tobias Johannessen furent revus à 2,5 km du sommet. Les UAE n’avaient pas verrouillé la montée, puisqu’on vit les Decathlon-CMA CGM de Paul Seixas assurer le tempo, avec Tiesj Benoot et Nicolas Prodhomme, puis les Visma-Lease a bike avec Sepp Kuss. Florian Lipowitz fut même le premier à attaquer, à 5,5 km du haut, tout de suite pris en chasse par Seixas, puis ce fut au tour de Jonas Vingegaard d’assurer un long relais pour emmener le groupe. L’issue n’en fut pas différente, mais il y avait tout de même un peu plus d’initiatives parmi les malmenés du général.
Seixas propulsé par une force irrépressible
La hiérarchie est toujours en train de s’affiner et Seixas est toujours sur la pente ascendante. La mue expresse du Français dans ce Tour est impressionnante, d’un rôle d’observateur, de suiveur qui jaugeait le nouveau monde dans lequel il déboulait, à Gavarnie par exemple, et qui progressivement se sent propulsé par une force irrépressible.
Il comprend que cet univers est le sien, que c’est son environnement naturel, un panda dans sa bambouseraie, et il se montre ainsi plus confiant et entreprenant, dans le final du Lioran, puis hier où il a commencé à distribuer les tourtes, et les Vosges sont un endroit idoine pour cela. On l’a ainsi vu faire mal à Juan Ayuso, avec le rythme imposé par ses équipiers, et plus tard, quand il fut le seul capable de partir pour récupérer Vingegaard dans la dernière partie du Haag, qu’il relaya immédiatement, d’égal à égal, pour essayer de boucher les vingt secondes sur Pogacar.
Dans l’ultime tronçon qui menait au Markstein, Isaac Del Toro parvint à recoller, à prendre la 2e place et le Mexicain, malgré son passage à vide du Lioran, demeurera un adversaire coriace. Le groupe Evenepoel, Lipowitz et Ayuso a également réussi à limiter la casse et à ne perdre que quelques secondes sur le duo Seixas-Vingegaard, alors qu’il en comptait près de trente à la sortie du Haag. Seixas s’est tout de même rapproché du podium, désormais 4e, et a chipé le maillot blanc de meilleur jeune à Ayuso, deux objectifs qu’il peut désormais clairement viser.
Mais surtout la dynamique est de son côté, il a tenu bon jusqu’au bout (3e) quand Vingegaard pliait les ailes dans la dernière ligne droite, et les perspectives sont réjouissantes, aujourd’hui chez lui, au plateau de Solaison, puis en troisième semaine. Alors que nous étions redescendus du Markstein hier soir, la crête des Vosges se découpait dans un crépuscule clair et rosé et nous avions le sourire. Pour ce que nous venions de vivre, et pour ce qui nous attendait.
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UNA MERAVIGLIA
Spinto dalla follia del Col du Haag, Tadej Pogačar ha conquistato una tappa spettacolare sui Vosgi, dove Paul Seixas è stato ancora una volta straordinario e si è avvicinato al podio. A 19 anni, è eccezionale.
19 luglio 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
LE MARKSTEIN (HAUT-RHIN) – Che dolce follia quella di districarsi dagli ultimi ettometri del Col du Haag, da quel corridoio impetuoso, dove valeva davvero la pena perdere uno specchietto retrovisore per farsi strada e vivere quel momento pazzesco, in mezzo a una folla elettrizzata dalla semplice gioia di trovarsi lì, sulle strade del Tour. Una gioia che ci ha regalato un brivido come raramente capita e che non ci avrebbe abbandonato di fronte alla marea umana all’uscita dal passo, uno stadio di calcio che si ergeva davanti a noi con le mucche sulla tribuna superiore, in un luogo di rara bellezza, quei prati aridi, quelle cime dalle curve morbide, quei piccoli cumuli di erba che sembravano toccare il cielo e accarezzare nuvole bianco-grigie gonfie come meringhe.
All’arrivo, quanti compagni di luglio ci hanno detto di non aver mai visto una folla simile in 15, in 30 edizioni del Tour de France? È stata una giornata unica, da custodire nel cuore, una sorta di quintessenza dei grandi giri, l’unione di un pubblico numerosissimo, di uno scenario da sogno e di una grande battaglia, che ha coinvolto persino i corridori, elettrizzati da quell’atmosfera e da quel teatro. Paul Seixas l’ha descritta come «magnificamente dura», mentre Tadej Pogačar spiegava che in cima all’Haag la sua smorfia di sofferenza si era trasformata in un sorriso, «una sofferenza positiva», come se quella comunione e quei paesaggi avessero attenuato il dolore, o almeno si fossero detti che ne valeva davvero la pena di faticare così tanto.
Pogačar si diverte e questo lo rende ancora più temibile
La maglia gialla si è involata a -1,6 km dalla vetta dell’Haag, proprio nel tornante dell’Hibou (la curva del Gufo, ndr), come c’era da aspettarsi, ma è il piacere ritrovato che lo accompagna in questo Tour a lasciare il segno. Anche se non siamo ancora alla terza settimana, lo sloveno sembra essersi liberato dei pensieri ossessivi che lo avevano offuscato l’anno scorso. Pogačar si diverte e questo lo rende ancora più temibile, perché tutto procede come un gioco da ragazzi, in tutti i sensi del termine, ed è proprio quello che lui preferisce. Ha già vinto tante tappe quante l’anno scorso e il fatto che abbia mostrato quattro dita della mano dopo aver tagliato il traguardo di Le Markstein dimostra che il conteggio delle vittorie è importante per lui, che ha attivato la modalità “cannibale”.
Se lo desidera, se la stanchezza non avrà la meglio su di lui e se sarà risparmiato da contrattempi, potrebbe ancora raddoppiare il suo bottino, tra poco sull’altopiano di Solaison, in occasione dei due arrivi all’Alpe d’Huez e sugli Champs-Élysées, una tappa di prestigio in cui potrà dare il massimo, l’ultimo giorno, sulla collina di Montmartre. Lo sloveno ha conquistato ieri la sua 25ª vittoria al Tour de France, eguagliando il record di André Leducq, e potrebbe così raggiungere Bernard Hinault a quota 28 entro l’arrivo a Parigi, il 26 luglio. Oltre alla sua superiorità atletica, è quindi accompagnato da una sorta di pienezza, e il terreno dei Vosgi non poteva che favorirlo, consentendogli di librarsi quasi naturalmente, vista l’elevata difficoltà e le divertenti discese che offre; ciò ha rafforzato la nostra impressione che la media montagna offrisse attualmente il miglior spettacolo possibile e che avesse ragione a spingersi oltre i passi.
Alcuni fuggitivi hanno tentato la sorte, ma non c’era niente da fare. Dopo un primo folto gruppo di fuggitivi in cui figurava Tom Pidcock, quarto nella classifica generale alla partenza di questa 14ª tappa e che le squadre dei favoriti non avrebbero lasciato manovrare come il giorno prima verso Belfort, si è così formato un quintetto in testa, con i gemelli Tobias e Anders Johannessen (della Uno-X Mobility, ndr), Ben Healy e Richard Carapaz della EF Education-EasyPost, e Valentin Paret-Peintre (Soudal Quick-Step), che raccoglieva punti in salita per tentare di contendere la maglia a pois a Pogačar.
Ma il vantaggio era di soli 1’25’’ ai piedi degli 11 km dell’Haag, troppo poco, e Tobias Johannessen e Carapaz sono stati raggiunti a -2,5 km dalla vetta. La UAE Emirates-XRG non aveva controllato sulla salita, dato che si sono visti i corridori della Decathlon CMA CGM di Paul Seixas dettare il ritmo, con Tiesj Benoot e Nicolas Prodhomme (a ritmo più basso rispetto a Benoot, ndr), seguiti dai corridori della Visma-Lease a bike con Sepp Kuss. Florian Lipowitz è stato addirittura il primo ad attaccare, a -5,5 km dalla vetta, immediatamente inseguito da Seixas; poi è stata la volta di Jonas Vingegaard, che ha assicurato un lungo turno di testa per guidare il gruppo. L’esito non è stato diverso, ma c’è stata comunque un po’ più di iniziativa tra i corridori in difficoltà nella classifica generale.
Seixas spinto da una forza inarrestabile
La gerarchia si sta ancora definendo e Seixas è sempre in ascesa. La rapida trasformazione del francese in questo Tour è impressionante: da un ruolo di osservatore, di gregario che sondava il nuovo mondo in cui si era catapultato, ad esempio a Gavarnie, a sentirsi progressivamente spinto da una forza inarrestabile.
Capisce che questo universo è il suo, che è il suo ambiente naturale, un panda nel suo boschetto di bambù, e si mostra così più sicuro e intraprendente, nel finale di Le Lioran, poi ieri quando ha iniziato a distribuire le fette di torta, e i Vosgi sono il luogo ideale per farlo. Lo abbiamo così visto mettere in difficoltà Juan Ayuso, grazie al ritmo imposto dai propri compagni di squadra, e più tardi, quando è stato l’unico in grado di partire per rimontare Vingegaard nell’ultima parte dell’Haag, che ha subito affiancato, alla pari, per cercare di colmare i venti secondi da Pogačar.
Nell’ultimo tratto che portava a Le Markstein, Isaac del Toro è riuscito a ricompattare il gruppo, conquistando il 2° posto; il messicano, nonostante il momento di crisi a Le Lioran, resta un avversario temibile. Anche il gruppo con Evenepoel, Lipowitz e Ayuso è riuscito a limitare i danni e a perdere solo pochi secondi rispetto alla coppia Seixas-Vingegaard, mentre ne contava quasi trenta allo scollinamento dell'Haag. Seixas si è comunque avvicinato al podio, ora è quarto, e ha strappato la maglia bianca di miglior giovane ad Ayuso, due obiettivi che ora può puntare a raggiungere.
Ma soprattutto la dinamica è dalla sua parte: ha tenuto duro fino alla fine (3°) mentre Vingegaard cedeva nel rettilineo finale, e le prospettive sono incoraggianti, oggi in casa sua, sull’altopiano di Solaison, e poi nella terza settimana. Mentre ieri sera scendevamo da Le Markstein, la cresta dei Vosgi si stagliava in un crepuscolo chiaro e rosato e noi avevamo il sorriso sulle labbra. Per ciò che avevamo appena vissuto e per ciò che ci aspettava.
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