Julian Alaphilippe LE TOUR DE GLOIRE
En s’imposant en solitaire à Bagnères-de-Luchon, Julian Alaphilippe remporte
une deuxième étape de prestige et consolide son maillot à pois de meilleur grimpeur.
Il est le Français le plus en vue de ce Tour 2018.
Julian Alaphilippe a redonné le sourire au cyclisme français en remportant sa deuxième victoire dans ce Tour. Les favoris ont préféré se préserver avant l'étape explosive d’aujourd’hui.
TOUR D EFRANCE 16e étape
Carcassonne - Bagnères- de-Luchon
25 Jul 2018 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
BAGNÈRES-DE-LUCHON (HAUTE-GARONNE) – C’est comme s’il n’y avait qu’un costume de superhéros dans le Tour pour le cyclisme français, et l’étape d’hier a montré que, cette année, il avait la coupe d’une gigoteuse pour habiller le remuant Julian Alaphilippe, sans cesse en train de tordre les fibres en carbone de son vélo et de se tortiller sur sa selle comme un danseur d’électro.
Une deuxième victoire d’étape en montagne, après celle du Grand-Bornand mardi dernier, et un maillot à pois de plus en plus tatoué sur la peau, soit un copiercoller du bilan de Warren Barguil, le Superman de 2017, qui « zébulonne » bien moins sur son vélo que l’an passé.
Hier, le Breton était à l’avant, mais il chuta dans la descente du Portet-d’Aspet, et il manqua de cannes dans l’entame du col du Portillon. À l’arrivée, sa bobine de Johan et Pirlouit, la bande dessinée de Peyo, avait été gommée pour dévoiler un visage gris comme le bitume. Barguil n’aura plus que deux occasions de faire briller sa bouille malicieuse : aujourd’hui, mais l’étape devrait être réservée aux VIP, et vendredi sur la route de Laruns.
Pris à défaut à Mende samedi, où il tarda à se lancer à l’assaut d’Omar Fraile, Julian Alaphilippe n’a cette fois commis aucune erreur. Il aura fallu près de cent bornes de bagarre pour que le peloton ouvre les cages et laisse partir les lévriers, épilogue d’une première partie d’étape perturbée par un mouvement d’agriculteurs au km 29, juste après la côte de Fanjeaux. Des bottes de paille avaient été posées sur la route, ce qui obligea les organisateurs à neutraliser la course.
Alaphilippe fournisseur officiel de frissons
Les forces de l’ordre gazèrent manifestants et moutons, et pourtant la visite d’Emmanuel Macron avait été annulée et on n’a pas encore vu Alexandre Benalla sur les routes du Tour. Certains coureurs, touchés par les sprays, durent sécher leurs larmes et se rincer, avant que le Tour reprenne la route.
L’autre frisson de la journée fut donc distribué par Julian Alaphilippe, fournisseur officiel dans cette Grande Boucle. Dans le Portillon, dernière ascension de la journée, le Français était à l’affût comme un jack russell à l’entrée d’un terrier. Il ne laissa pas trop d’espace à Pozzovivo et son vélo de Polly Pocket, ni aux deux asperges hollandaises Gesink et Mollema. Et quand Adam Yates tenta un envol dans le col, il attendit patiemment avant d’aller lui mordiller les mollets dans la descente.
Le Français de Quick- Step laissa son cerveau au sommet du col et se lança dans la pente à tombeau ouvert. Il massicota tellement les virages qu’il semblait révolutionner la géométrie et réinventer les théories pour relier le plus directement un point à un autre. Yates chuta dans un virage à six kilomètres de l’arrivée, peut-être parce qu’il sentait le souffle de son poursuivant sur sa nuque, et le tapis rouge était dé roulé pour Alaphilippe, qui accueil lit cette deuxième victoire avec la même fraîcheur, des mots simples et efficaces : « J’en reviens pas, c’est un truc de malade. »
Dans le groupe des favoris, on ne se bouscula pas au Portillon et pourtant le toboggan vers Bagnères- de-Luchon avait des airs de traquenard, un endroit à faire suer les Sky dans les parties ombragées où la pluie avait marbré le macadam.
Froome, un triptyque en tête
Les Dumoulin, Roglic, Bardet et compagnie ont donc décidé de porter le combat sur le terrain favori de Froo me et Thomas, aujourd’hui dans le petit pétard de 65 km entre Bagnèr es et Saint-Lary-Soulan, et on n’est pas sûr que ce plan permette de décrocher un doctorat en art de la guerre. Parce que les Sky n’ont pas encore montré de failles dans les ascensions et qu’on jurerait que Chris Froome passe, lui, son temps à bouger des petits soldats de plomb dans sa tête.
On n’est pas sûr que le Britannique apprécie beaucoup le traitement que lui réserve son équipe ces derniers jours, cette façon de « typexer » son statut de patron de l’équipe, lui qui a déjà remporté quatre Tours, pour le mettre au même niveau que Thomas. Et on ne peut pas croire qu’il acceptera de simplement geler les positions pour offrir la victoire au Team Sky et une bouffée d’oxygène à Dave Brailsford, le manager, qui préférerait sans doute gagner cette année avec un autre coureur que lui.
Froome a son propre agenda, il peut monter pour la cinquième fois sur la plus haute marche du podium aux Champs- Élysées, compléter son triptyque Giro-Tour-Vuelta, alors, s’il a les baguettes croustillantes dans la montée du col du Portet, c’est peut-être aujourd’hui qu’il va payer sa fournée.
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