Julian Alaphilippe SUIVEZ LA FLÈCHE


JULIAN ALAPHILIPPE s’est à nouveau imposé au sommet du mur de Huy, mais il a déjà les yeux rivés sur Liège- Bastogne- Liège, dimanche, dont il sera le grand favori.

Sagan renonce à Liège- Bastogne- Liège dimanche

INSATIABLE ALAPHILIPPE

25 Apr 2019 - L'Équipe
JEAN-LUC GATELLIER

HUY ( BEL) – Certes, c’est bien plus la joie qui prévaut après un succès prestigieux que la plaisante lecture d’une statistique élogieuse. Devenu l’égal de Bernard Hinault ( 1979, 1983) et Laurent Jalabert ( 1995, 1997) sur la Flèche Wallonne, Julian Alaphilippe est le seul coureur français à l’avoir remportée deux fois de suite. Et en montrant deux visages différents. Il y a un an, il ouvrait son palmarès dans les classiques, un moment qu’i l att endait avec beaucoup impatience, de la plus belle des manières, en mettant fin à l’hégémonie d’Alejandro Valverde ( cinq victoires, dont quatre d’affilée). Hier, sur le podium, on ne retrouvait pas les mêmes sourires, les mêmes effusions que pour la « première » . Il savourait à l’intérieur. Vainqueur au Mur certes, mais le Mur l’avait assommé, mis à terre après l’arrivée. « Je n’avais pas les jambes de l’an passé, avouait- il. Dans les cent derniers mètres, la brûlure était incroyable. Je l’ai fait avec ça » , insistait Alaphilippe en pointant un doigt sur sa tête. Avec les tripes aussi, il s’était exprimé dans le paroxysme d’un effort total, rapetissé par l’ampleur de la tâche face au besogneux Jakob Fuglsang, loin devant l’Italien Diego Ulissi ( 3e). On savait que le rapport poids- puissance était favorable à Alaphilippe, plus léger d’une demi- douzaine de kilos que son rival mais, en ces lieux, le courage compte souvent davantage que les chiffres. Le Français plus en explosivité, le Danois plus en puissance, on vécut ainsi une arrivée de la Flèche serrée, loin de l’époque où Valverde fumait la pipe en haut du Mur.

Dans l’esprit des deux coureurs, la ligne était virtuellement tracée à l’endroit où le favori dépassa l’outsider. En effet, les positions ne changèrent plus jusque sous la banderole, 130 mètres plus loin ( même si la pente est moins raide dans sa partie terminale), où le vainqueur jeta sa roue lasse et son bras droit.


Pour Alaphilippe, ce Fuglsang était un rival bien plus coriace que l’adversaire dont il s’était parfaitement accommodé le 9 mars dernier dans la montée de la vieille ville de Sienne, aux Strade Bianche, avant de lui régler son compte. Le numéro 1 mondial est moins fort qu’en Italie, moins impérial qu’il ne l’a été dans le Poggio, moins autoritaire que sur la via où il achevas on chef- d’oeuvre. Cette saison, il a ajouté une campagne d’Italie triomphale ( 4 victoires en comptant deux étapes à Tirreno- Adriatico), mais aussi très coûteuse en énergie physique et mentale. Avant d’entamer à l’Amstel Gold Race, dimanche dernier, la trilogie des classiques vallonnées où il s’était présenté avec le plein de fraîcheur il y a un an. « J’ai eu les jambes pour gagner. Assez de jambes pour gagner, nuançait- il, trois jours après sa désillusion à l’Amstel ( 4e). Mais je ressens aussi de la fatigue dans ces jambes- là car je n’ai pas arrêté depuis le début de la saison. » Quoi qu’il arrive dans trois jours à Liège- Bastogne- Liège, il quittera la Belgique avec le sentiment d’avoir fait son boulot. Une part importante de cette neuvième « gagne » individuelle en 2019 revient à son équipe. A la philippe a eu besoin de main- d’oeuvre ( Petr Vatkoc notamment) à 44 kilomètres du but, après la côte d’Ereffe, pour effacer le contretemps d’un incident mécanique. « Un coureur qui bougeait dans tous les sens m’a arraché trois rayons de la roue, détaillait- il. Autrefois, je me serais énervé rapidement. Là où je suis content de moi, c’est que je suis plus calme. » Il a conservé la tête froide aussi lorsque les Deceuninck- Quick Step se sont retrouvés en infériorité numérique dans la dernière boucle ( 29 kilomètres) face à une escouade de BoraHansgrohe, mais qui n’ont rien tenté, à l’inverse de Lotto- Soudal ( le jeune Belge Bjorg Lambrecht, 4e, après s’être pourtant découvert trop tôt ; attaque du Polonais Tomasz Marczynski à 21 kilomètres). Ils parvenaient à tenir en laisse leurs opposants durant les quinze dernières bornes avec deux hommes. Déjà à l’ouvrage à l’Amstel pour préparer l’offensive d’Alaphilippe, Dries Devenyns prit un très long relais. Puis l’agressivité d’Enric Mas ( le compagnon d’entraînement du Montluçonnais en Andorre, où il s’est installé) sur la côte de Cherave, étouffa dans l’oeuf toute menace extérieure. Matthews et Poels ne bronchaient pas dans l a f i le, Schachmann tirait la langue. Au terme d’une course mouvementée, venteuse, cassante ( chutes d’Adam Yates, Pozzovivo, Kreuziger…), cela semblait frotter moins que d’habitude au pied du Mur.

Par réflexe, Julian Alaphilippe restait dans le voisinage d’Alejandro Valverde, qui fit rapidement son âge ( trente- neuf ans aujourd’hui). Cela faisait longtemps que Dan Martin, dans une sale j ournée, et que Peter Sagan, dans une mauvaise période, avaient lâché prise. À 35 kilomètres pour la pâle copie du grand champion, qui a décidé de renoncer à courir Liège-Bastogne-Liège, dimanche.


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