Tadej Pogačar en route vers un nouveau tour de force
TAGUEO TEDAUA/AFP
Oe 22 août, le champion a remporté la première
épreuve de contre-la-montre à Monaco (9,4 km).
Après la Grande Boucle, l’ogre slovène vise un succès sur la Vuelta afin d’entrer encore plus dans l’histoire : réussir un doublé dans la même saison et inscrire son nom sur les trois grands Tours.
« L’aurai encore trois grandes courses
au programme après le Tour d’espagne. »
- TADEJ POGACAR
24 Aug 2026 L'Humanité
ÉRIC SERRES
Alors que le Français Julian Alaphilippe a annoncé prendre sa retraite avec effet immédiat, emmenant sur son porte-bagages une certaine idée d’un cyclisme romantique et instinctif, le Slovène Tadej Pogačar, lui, continue sa quête de records. Insatiable, pour ne pas dire imbattable, le leader de la formation UAE s’est élancé samedi sur la Vuelta, le Tour d’espagne, depuis Monaco, là où il réside. « Le départ est très proche de chez moi, j’espère que mes jambes seront bonnes », a expliqué le coureur de 27 ans, avant de donner les raisons de sa présence sur ce Tour d’espagne 2026 : « C’est un objectif qui manque dans ma carrière. Je vais donner le meilleur pour réussir à gagner. Remporter les trois grands Tours est un grand rêve depuis quelques années. » Et pour bien mettre d’accord tout ce petit monde, le quintuple vainqueur du Tour de France n’a pas tardé à marquer de son empreinte la course en s’adjugeant le prologue de 9,4 kilomètres. Après le maillot jaune de la Grande Boucle, il se parait samedi, pour la première fois de sa carrière, du maillot rouge de leader.
Vainqueur du Tour de France en 2020, 2021, 2024, 2025 et 2026, ainsi que du Tour d’italie en 2024, Pogacar n’était plus revenu sur la Vuelta depuis 2019. À l’époque encore inconnu du grand public et lieutenant de son compatriote Primož Roglič, le Slovène faisait ses débuts dans un grand Tour. Lors de l’avant-dernière étape dans la Sierra de Gredos, il avait attaqué à 38 kilomètres de l’arrivée et s’était imposé avec 1 minute et 32 secondes d’avance sur le champion du monde Alejandro Valverde. Eddy Merckx, qui assistait à la course, avait immédiatement vu en ce jeune homme le futur grand champion en devenir. À 20 ans, avec trois étapes dans la musette, il finissait sur le podium après trois semaines de courses et repartait avec le maillot blanc de meilleur jeune de l’épreuve. Sa légende était en marche ! Retour aux sources, donc, pour Pogačar, qui tente, pour se la jouer humble, de nous faire croire que rien n’est écrit d’avance. Si, sur le papier, cette Vuelta paraît être la course de trois semaines la moins difficile à remporter, il ne semble pas vouloir la mésestimer : « C’est une course différente du Tour de France, mais la Vuelta reste difficile, avec des arrivées exigeantes et beaucoup de coureurs qui vont se battre à vos côtés. Il y a beaucoup de rivaux qui, je pense, arriveront dans la meilleure condition possible. La Vuelta (…) dure trois semaines, avec de la chaleur et des ascensions très raides. Les trois semaines qui nous attendent seront vraiment difficiles. »
QUELQUES CADORS ABSENTS
Il bénéficiera pourtant de l’absence de quelques cadors, ou plutôt, de faire-valoir. Blessé depuis sa chute lors de la 15e étape du Tour de France, son meilleur ennemi, le Danois Jonas Vingegaard, a mis fin à sa saison. Le lieutenant du Slovène au sein de l’équipe, le Mexicain Isaac del Toro, a quant à lui les yeux tournés vers le Mondial qui aura lieu fin septembre à Montréal (Canada). Le Belge Remco Evenepoel et le jeune prodige français Paul Seixas se consacrent eux aussi à la préparation des Mondiaux et ne sont pas au départ de la Vuelta.
Malgré, sans doute, un manque de réels challengers, Tadej Pogacar a évidemment d’autres objectifs en tête et de nouveaux records à égaler. « Ça fait longtemps que j’avais envie de refaire le Tour d’espagne. On s’est assis en décembre et on a parlé de la possibilité de venir. C’était, je crois, le bon moment. » Depuis 1995, année où la
Vuelta a été placée derrière le Tour de France dans le calendrier, seul Chris Froome, en 2017 a réussi à gagner les deux épreuves lors de la même année. Premier challenge à relever ! Mais, au-delà du doublé Tour-vuelta, « Pogi » en vise encore un autre. Celui de rejoindre ceux qui ont gagné les trois grands Tours : les Français Jacques Anquetil et Bernard Hinault, les Italiens Felice Gimondi et Vincenzo Nibali, le Belge Eddy Merckx, l’espagnol Alberto Contador, le Britannique Christopher Froome et le Danois Jonas Vingegaard. Le natif de Komenda, en Slovénie, devenu ces dernières saisons le nouveau « cannibale » après Merckx, une fois cette formalité remplie, ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin : « Je verrai comment est ma forme lors des premières étapes. J’aurai encore trois grandes courses au programme après le Tour d’espagne avec les championnats du monde, les championnats d’europe et le Tour de Lombardie. » Comme le dit l’adage : « L’appétit vient en mangeant. » Le «cannibale du XXIE siècle» n’en manque pas !
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