L’HOMME FORT
Thibaut Pinot répond aux questions des journalistes,
après sa belle deuxième place hier.
À la sortie des Pyrénées, Julian Alaphilippe toujours en jaune même s’il a lâché un peu de lest. Mais c’est bien Thibaut Pinot qui a marqué les esprits. Le grimpeur de Groupama- FDJ aborde la dernière semaine du Tour dans les meilleures dispositions.
TOUR DE TRANSE
Plus rien n’est interdit pour Pinot, qui s’est montré le plus fort en montagne
Bernal n’offre pas toutes les garanties chez Ineos
Alexandre Roos
22 Jul 2019 - L'Équipe
FOIX – Ce n’est plus le petit frisson sympathique du départ de Bruxelles qui nous caressait les poils, c’est devenu une tempête tropicale qui, chaque jour, râpe nos peaux sèches comme du parmesan. Et si cela continue sur ce rythme jusqu’à dimanche, on finira tous sans peau et dans un service grands brûlés plutôt que sur les Champs-Élysées à Paris. Ce Tour de France est dingue, il n’y a pas d’autre mot. Chaque attaque, chaque défaillance – et il y en a eu des pelletées – nous arrache des hoquètements de poules décérébrées – pléonasme, pardon les poules.
Ce Tour est fou parce qu’on ne sait pas où il va nous emmener, qu’il nous a déjà fait prendre quelques détours inattendus et, évidemment, on trépigne à l’idée de connaître ce qu’il nous réserve, surtout parce qu’on la sent bien, cette folle espérance qui nous tapote sur l’épaule. Pour l’instant, on préfère l’ignorer, pour ne pas se faire fondre les circuits trop rapidement, mais aussi parce que cette course est si indécise – c’est une invitation à des discussions de PMU sans fin et à écrire beaucoup de conneries – qu’on préfère siroter ce qu’elle nous a donné jusqu’à présent. Un combat à l’ancienne, poings nus et battes de baseball, dès qu’il y avait un centimètre à exploiter. Ils sont nombreux à y avoir déjà laissé des dents, et il suffit de regarder la composition de l’échappée « royale » d’hier – Vincenzo Nibali, Nairo Quintana, Simon Yates, vainqueur au Prat d’Albis dans un rôle secondaire, Romain Bardet et son sursaut d’orgueil sans lendemain – pour comprendre à quel point la course a déjà été vacharde. Des schémas de course aussi clairs que le gribouillis d’un môme de deux ans. Un Maillot Jaune français, Julian Alaphilippe, qui s’accroche à sa tunique, avec derrière un peloton de cinq costauds ramassés en trente- neuf secondes. Dont Thibaut Pinot.
Depuis le grand départ, et encore plus depuis l’arrivée dans les Pyrénées, le grimpeur de Groupama-FDJ court avec ses tripes autour du cou comme un collier hawaïen. Cela rejaillit sur ses équipiers, qu’il a encore parfaitement menés hier. David Gaudu, épaisseur de crevette décortiquée mais force de déménageur breton, a rincé tout le monde à huit kilomètres du sommet puis, deux bornes plus loin, Pinot a accéléré et retrouvé Sébastien Reichenbach, qu’il avait pris soin de placer à l’avant, pour un bref mais salvateur relais. Tableau noir et, dans les rétroviseurs, tous les favoris se mirent à allumer des fusées de détresse.
Julian Alaphilippe, Emanuel Buchmann et Egan Bernal parvinrent à s’accrocher dans un premier temps, mais les deux premiers lâchèrent prise au bout d’un gros kilomètre. Il ne restait plus que le Colombien, qui refusa de collaborer. D’abord parce qu’il avait Geraint Thomas à l’arrière mais, plus loin, le Français lui refit un signe du coude et là, Bernal, ramassé sur son vélo, la bobine délavée par l’effort, avoua son impuissance d’un non de la tête. Thibaut Pinot laissa alors son compagnon, accéléra pour creuser l’écart, alla rattraper Mikel Landa et cueillir les six secondes de bonification de la deuxième place sur la ligne. Vingtquatre secondes reprises à Bernal, cinquante- cinq à Thomas et Steven Kruijswijk, et Pinot remonte encore au général.
Voilà pour l’arithmétique et, forcément, ce matin, ses adversaires ne le regardent plus de la même manière tant il les a dominés dans les deux dernières étapes pyrénéennes. Pinot a désormais effacé l’ardoise de la bordure ( il avait perdu 1’ 40’’). On pourra toujours regretter qu’elle ait existé mais, après deux semaines de course, plus rien ne lui est interdit, car il a tout simplement été le plus fort en montagne. À condition cependant de ne pas prendre un coup de bambou, avec la canicule annoncée dans le Gard, dès demain, ou de rencontrer un petit virus malveillant.
Thibaut Pinot s’est donc également rapproché du Maillot Jaune, dont l’armure a commencé à se fissurer hier. Pour la première fois, Julian Alaphilippe s’est retrouvé dans un rôle défensif, un exercice contre- nature pour lui, qui aime surtout courir à l’avant. Il a reconnu qu’il avait payé pour ses efforts des deux premières semaines, où il a joué partout, sur tous les terrains. La journée de repos, aujourd’hui, puis deux étapes plus faciles sur le papier, demain à Nîmes et mercredi à Gap, devraient lui permettre de refaire du jus, mais le défi s’annonce costaud dans les Alpes, et le Tour a plutôt tendance à appuyer sur les plaies qu’à les nettoyer.
Les pions sont en place pour la troisième semaine, et les Ineos conservent l’avantage d’avoir deux cartes à jouer, maison se demande bien comment Dave Brailsford, le manager, va arranger ses bidons. Geraint Thomas a déclaré hier qu’il aurait pu revenir mais qu’il s’était ravisé pour ne pas ramener tout le monde sur Egan Bernal. On n’est pas obligés de le croire et, ce qui est incontestable, c’est que son équipier n’a cessé de lui grignoter du temps. Le Colombien peut progresser dans les Alpes mais, hier, il areconnu que Pinot lui était supérieur. Il n’ offre donc pas aujourd’ hui toutes les garanties, et son manager est plutôt du genre à prendre une décision après avoir lu l’astérisque d’un contrat. Les Jumbo, eux, ont affiché la plus belle force collective, mais elle s’est un peu émiettée hier et, à l’entrée de la troisième semaine, le niveau de fraîcheur sera un facteur clef.
Ça, et peut- être autre chose de moins palpable, un souffle, une euphorie… « Le destin » , nous glissait hier Marc Madiot. Avant le Tour, Thibaut Pinot nous avait confié que, un jour, les planètes seraient alignées, qu’il en était convaincu. Cette phrase était sortie naturellement, elle n’avait pas été fabriquée, mais elle avait vieilli depuis un moment dans sa tête en fût de chêne. Il n’aura peut- être pas à attendre autant que pour revoir la comète de Haley et, d’ailleurs, il doit se convaincre que c’est pour cette année. Vous le sentez, le gros, gros frisson ?
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Thibaut Pinot risponde alle domande dei giornalisti,
dopo il suo bel secondo posto di ieri.
15ª tappa del Tour de France 2019
(Limoux - Foix Prat d'Albis)
L'UOMO FORTE
All’uscita dai Pirenei, Julian Alaphilippe è ancora in maglia gialla, anche se ha perso un po’ di terreno. Ma è stato proprio Thibaut Pinot a lasciare il segno. Lo scalatore della Groupama-FDJ affronta nelle migliori condizioni l’ultima settimana del Tour.
TOUR DA BRIVIDI
Nulla è più impossibile per Pinot, che si è dimostrato il più forte in salita
Bernal non offre tutte le garanzie in casa Ineos
Alexandre Roos
22 luglio 2019 - L'Équipe
FOIX – Non è più quel simpatico brivido della partenza da Bruxelles a solleticarci i peli, è diventata una tempesta tropicale che, ogni giorno, ci raschia la pelle secca come il parmigiano. E se continua a questo ritmo fino a domenica, finiremo tutti senza pelle e in un reparto ustionati piuttosto che sugli Champs-Élysées a Parigi. Questo Tour de France è pazzesco, non ci sono altre parole. Ogni attacco, ogni cedimento – e ce ne sono stati a bizzeffe – ci strappa dei versi simili a quelli di galline senza cervello – pleonastico, con tutto il rispetto per le galline.
Questo Tour è pazzesco perché non sappiamo dove ci porterà, ci ha già fatto fare alcune deviazioni inaspettate e, ovviamente, non vediamo l’ora di scoprire cosa ci riserva, soprattutto perché la sentiamo bene, questa folle speranza che ci dà una pacca sulla spalla. Per il momento preferiamo ignorarla, per non bruciare troppo in fretta i circuiti, ma anche perché questa gara è così incerta – è un invito a discussioni infinite sulle scommesse e a scrivere un sacco di sciocchezze – che preferiamo assaporare ciò che ci ha regalato finora. Una battaglia all’antica, a mani nude e con le mazze da baseball, non appena c’era un centimetro da sfruttare. Sono in molti ad averci già perso i denti, e basta guardare la composizione della fuga «reale» di ieri – Vincenzo Nibali, Nairo Quintana, Simon Yates, vincitore al Prat d’Albis in un ruolo secondario, Romain Bardet e il suo slancio d’orgoglio senza seguito – per capire quanto la gara sia già stata spietata. Schemi di gara chiari quanto gli scarabocchi di un bambino di due anni. Una maglia gialla francese, Julian Alaphilippe, che vi si aggrappa, con alle spalle un gruppo di cinque corridori tosti raggruppati in trentanove secondi. Tra cui Thibaut Pinot.
Fin dalla Grand Départ, e ancor più dall’arrivo sui Pirenei, lo scalatore della Groupama-FDJ corre con le viscere appese al collo come una collana hawaiana. Questo si riflette sui suoi compagni di squadra, che ieri ha guidato ancora una volta alla perfezione. David Gaudu, magro come un gamberetto sgusciato ma con la forza di un traslocatore bretone, ha surclassato tutti a meno otto chilometri dalla vetta; poi, due chilometri più avanti, Pinot ha accelerato e ha raggiunto Sébastien Reichenbach, che aveva avuto cura di posizionare là davanti, per un breve ma provvidenziale cambio di testa. Situazione critica e, negli specchietti retrovisori, i favoriti hanno iniziato a lanciare segnali di soccorso.
Julian Alaphilippe, Emanuel Buchmann ed Egan Bernal inizialmente sono riusciti a tenere il passo, ma i primi due hanno ceduto dopo poco più di un chilometro. È rimasto solo il colombiano, che si è rifiutato di collaborare. Innanzi tutto perché aveva alle spalle Geraint Thomas, ma, più avanti, il francese gli ha fatto di nuovo un cenno con il gomito e a quel punto Bernal, rannicchiato sulla sua bici, con il viso sbiadito dallo sforzo, ha ammesso la propria impotenza con un cenno negativo del capo. Thibaut Pinot ha quindi lasciato il compagno, ha accelerato per allungare il distacco, ha raggiunto Mikel Landa e si è aggiudicato i sei secondi di abbuono del secondo posto al traguardo. Ventiquattro secondi recuperati su Bernal, cinquantacinque su [Geraint] Thomas e Steven Kruijswijk, e Pinot risale ancora nella classifica generale.
Questo per quanto riguarda i conti e, inevitabilmente, questa mattina i suoi avversari non lo guardano più allo stesso modo, tanto li ha dominati nelle ultime due tappe pirenaiche. Pinot ha ormai azzerato il distacco accumulato in volata (aveva perso 1’ 40’’). Si potrà sempre rimpiangere che quel ritardo ci sia stato, ma, dopo due settimane di gara, nulla gli è più precluso, perché in salita è stato semplicemente il più forte. A condizione, però, che non subisca un crollo fisico, con l’ondata di caldo prevista nel Gard a partire da domani, o che non venga colpito da qualche fastidioso virus.
Thibaut Pinot si è dunque avvicinato anche alla maglia gialla, la cui armatura ha iniziato a incrinarsi ieri. Per la prima volta, Julian Alaphilippe si è ritrovato in un ruolo difensivo, un’attività innaturale per lui, che ama soprattutto correre in testa al gruppo. Ha ammesso di aver pagato lo scotto degli sforzi delle prime due settimane, durante le quali ha dato il massimo ovunque, su tutti i terreni. La giornata di riposo di oggi, seguita da due tappe apparentemente più facili, domani a Nîmes e mercoledì a Gap, dovrebbero consentirgli di recuperare le energie, ma la sfida si preannuncia ardua sulle Alpi, e il Tour tende più a mettere il dito nella piaga che a curarla.
I pezzi sono in posizione per la terza settimana e la Ineos mantiene il vantaggio di avere due carte da giocare, ma ci si chiede come Dave Brailsford, il team manager, organizzerà le sue strategie. Geraint Thomas ha dichiarato ieri che avrebbe potuto recuperare terreno, ma che ci ha ripensato per non portare tutti a marcare Egan Bernal. Non siamo obbligati a credergli e, ciò che è indiscutibile, è che il suo compagno di squadra non ha smesso di rosicchiargli tempo. Il colombiano può migliorare sulle Alpi, ma ieri ha ammesso che Pinot gli è stato superiore. Oggi, quindi, [Bernal] non offre tutte le garanzie, e il suo genral manager è piuttosto il tipo che prende una decisione dopo aver letto l’asterisco di un contratto. Gli Jumbo, dal canto loro, hanno dato prova della migliore forza collettiva, ma ieri la squadra si è un po’ sgretolata e, all’inizio della terza settimana, il livello di freschezza sarà un fattore-chiave.
Questo, e forse qualcos’altro di meno tangibile, un soffio, un’euforia… «Il destino», ci ha sussurrato ieri Marc Madiot. Prima del Tour, Thibaut Pinot ci aveva confidato che, un giorno, i pianeti si sarebbero allineati, che ne era convinto. Quella frase era venuta fuori in modo naturale, non era stata inventata, ma era maturata da tempo nella sua mente, come in una botte di rovere. Forse non dovrà aspettare tanto quanto per rivedere la cometa di Halley e, del resto, deve convincersi che sarà proprio quest’anno. Lo sentite, quel brivido, quel brivido fortissimo?
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