Le supplice de Godon
Dorian Godon portait, hier matin, au départ à Dole les stigmates de sa
chute de la veille dans le final de la douzième étape, à Chalon-sur-Saône.
Le champion de France 2025 a terminé dernier de l’étape, hier, au lendemain de sa chute, incapable de se mettre en danseuse et le dos en compote. Mais il tient bon sur le Tour.
«Je vais essayer de m’accrocher dans l’optique de jours meilleurs»
- DOR'IAN GODON
18 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
BELFORT- Quelles drôles d’idées traversent parfois l’esprit des cyclistes. Hier matin, on croyait voir un octogénaire descendre du car de Netcompany-Ineos, de profil pour avaler les cinq marches sans avoir à courber l’échine, accroché à la porte pour enfin poser le pied par terre. C’était Dorian Godon. Et qu’a fait le champion de France 2025 ? Il est monté sur son vélo, là encore au ralenti, et a avalé la plus longue étape du Tour 2026 (205,9 km). « C’est un battant, un gars dur », louait Daryl Impey, son directeur sportif.
Jeudi, le Lyonnais a été pris dans la chute juste avant la ligne d’arrivée à Chalon-sur-Saône. Pas de fracture ni de commotion. Mais « je n’ai pas très bien dormi, confiait-il hier. J’ai eu du mal à me lever. J’ai le dos vraiment contracturé, les muscles ont encaissé plutôt que les os ou les articulations, ce qui m’a permis de ne rien avoir de cassé. »
« Quand il s’est réveillé, on ne savait pas s’il pourrait prendre le départ », avouait son DS. Un nouveau protocole commotion passé avec succès, des pansements sur le coude droit, et Godon était donc bien là, à Dole. Et il a vécu une sale journée, comme imaginé. « Ça roulait à bloc, c’était prévisible, mais peut-être pas trois heures de course à 50 à l’heure non plus », rouspétait-il.
On l’a aperçu en queue de peloton, descendre à sa voiture pour prendre des bidons, les remonter aux copains, glisser à nouveau jusqu’à la voiture médicale, se tortillant comme une anguille, incapable de tenir sa position sur sa selle alors que les premiers reliefs vosgiens se rapprochaient. « Après, j’ai pété en premier. Il y avait un bon gruppetto, donc ça allait, mais j’étais mort. Je ne peux pas me mettre en danseuse, donc les relances, à bloc dans les virages où à 70 sur le plat, c’est galère. Ce n’est pas hyper évident de rouler, mais on s’adapte. »
Le moustachu a franchi la ligne seul, à cinq secondes du gruppetto et à 24’57’’ de Schmid, largement dans les délais (ils étaient de 44’28’’). Enfin au bout de son calvaire, il a soufflé un grand coup, avalé les boissons de récupération et donné son bidon à un gamin, au prix d’un gros effort pour se baisser et le ramasser sur son cadre. Le début de journée, très plat et vent dans le dos, l’a sauvé hier.
Mais les deux étapes à venir, 3800 mètres de dénivelé positif aujourd’hui jusqu’au Markstein, presque 4000 demain, paraissent deux haies impossibles à franchir. « Je vais essayer de dormir, je ne me pose pas trop de questions, balayait-il. Déjà ce matin (hier) je ne me voyais pas faire ce que j’ai fait, après être tombé sur le dos à près de 70 km/h. Je ne me fixe pas d’objectif, pas de limite, j’en ai juste bien chié. Je vais essayer de m’accrocher dans l’optique de jours meilleurs. »
Il est peu probable qu’ils arrivent sur ce Tour, où Godon rêvait d’une victoire, notamment à Voiron ou sur les Champs-Élysées en dernière semaine. « On va l’accompagner, voir s’il passe une nuit sans se réveiller, encore le surveiller et vraiment donner la priorité à sa santé » , assurait Impey. Santé qu’il met à rude épreuve.
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