Une montée irréelle


En clôture des Vosges, les coureurs empruntent aujourd’hui, le col du Haag, inédit et atypique. Inaugurée il y a trois ans, la voie verte qui serpente dans la forêt jusqu’à la route des crêtes présente des pentes exceptionnellement irrégulières.

«En tant qu’Alsacien, 
Christian Prudhomme connaissait cette montée, 
c’était un fantasme»
   - CYRILLE AST, MAIRE DE SAINT-AMARIN

«Certains qui n’ont pas reconnu seront 
surpris car c’est très atypique»
   - CYRILLE AST

«Je pense qu’il est possible de faire des 
»écarts juste dans le virage du Hibou 
   - AUBIN SPARFEL DE L’ÉQUIPE DÉVELOPPEMENT 
     DECATHLON-CMA CGM

18 Jul 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

COL DU HAAG (HAUT-RHIN) – D’origine germanique, « Haag » désignerait une haie, une clôture naturelle. « D’après les analyses que l’on fait, cela voudrait dire une zone de montagne boisée » , avance Cyrille Ast depuis le pied de la montée dans la vallée de Saint-Amarin, dont il est le président de la communauté de communes. Autre explication au sommet: Haag est le nom de la ferme-auberge qui achève le supplice, au son réconfortant des cloches attachées au cou des Vosgiennes, seuls mammifères rencontrés depuis Geishouse, en dehors de ce couple de bikepackers à l’agonie, plus inanimé que les bovins.

« Pensez à boire, vous rafraîchir, car dans cette montée exposée plein sud, la température grimpe vite » , avait averti le jeune Alsacien, Paul Muller, 3e meilleur temps d’ascension sur le segment Strava (38’09’’). À l’ombre des arbres des contreforts du Storkenkopf (« tête des cigognes » en alsacien) - le deuxième sommet des Vosges (1366m) -, l’altitude compense la canicule de juin. Mais les raidards inattendus renforcent la difficulté. « Il y a encore quelques années, ce n’était qu’une piste criblée de nids-de-poule, raconte le natif d’Ammerschwihr. Les vaches empruntaient sûrement plus régulièrement cette ‘’route’’ que les cyclistes. On se demande qui a eu l’idée de la construire, encore plus qui a eu l’idée de faire passer le Tour ici ? »

Ast peut plaider coupable. « À l’origine, c’est un chemin rural, à vocation forestière, qui débouche sur la route des crêtes des Vosges », retrace le maire de Saint-Amarin. Cette route est devenue plus touristique avec l’essor des fermes-auberges tenues par des marcaires, ces familles qui vivent avec leurs troupeaux sur les hauteurs, du printemps jusqu’à la chute des températures. « La commune de Geishouse a tenté, pendant plusieurs années, d’obtenir des fonds pour refaire cette route, très abîmée par le froid et le gel, développe Ast. Sans succès. »

Le projet d’une voie verte, inspiré du col de la Loze, a soudainement facilité les levées de fonds. « Je pensais aussi que ces pentes pouvaient intéresser les cyclistes, poursuit le maire de la communauté de communes. Donc le 16 avril 2021, c’était un vendredi, j’ai écrit à Christian Prudhomme pour voir s’il y aurait un intérêt du Tour à passer par cette voie verte. C’était à 12h47, j’ai gardé l’email. Deux heures après, Christian m’a appelé. En tant qu’Alsacien, il connaissait cette montée, c’était un fantasme. »

Tous ces arguments achevèrent de convaincre la population et les financeurs publics. En juin 2023, après trois mois et demi de travaux, un peu plus de six kilomètres de bitume refaits à neuf, désormais interdits aux véhicules à moteur, furent inaugurés entre Geishouse et la ferme au sommet. « J’ai découvert le Haag quand ils ont annoncé que le Tour allait passer là, raconte Aubin Sparfel, de l’équipe développement Decathlon-CMA CGM. J’ai vu que le col était réservé aux cyclistes et piétons. J’ai fait quasiment toute l’étape, début juin, pour m’amuser. Le col est redouté car j’ai vu beaucoup d’équipes faire des reconnaissances dans les Vosges. » Paul Seixas et quelques équipiers sont venus y faire un tour. « J’ai croisé Pogacar et Del Toro devant la mairie au totem à J-100, note Cyrille Ast. C’était tout un symbole (rires). Valentin Paret-Peintre a été l’un des premiers à venir. Certains qui n’ont pas reconnu seront surpris car c’est très atypique. »

Le piège serait également de ne considérer que la voie verte, les six dernières bornes d’un col long de 11,2 km. « Quand vous arrivez à Geishouse, vous êtes contents » , rit Ast. Car le revêtement idéal de la piste cyclable et ses pentes irrégulières sont un soulagement par rapport aux quatre premiers kilomètres d’ascension. « Le pied est dur, la route n’est pas incroyable et ils auront déjà plus de 3 000 m de dénivelé positif dans les jambes » , souffle le Vosgien Sparfel.

Tout commence à Saint-Amarin, du nom – qui tranche avec les sonorités alsaciennes alentours - de ce moine arrivé vers 625 pour évangéliser la région, et assassiné en 676. Il y a fondé « la première église de l’histoire de la vallée de la Thur et le coeur de la christianisation de la contrée » , retracent les Amis du Musée Serret. Juste après avoir tourné à droite devant l’hôtel-restaurant du Cheval Blanc « qui aime le Tour » (selon la banderole qui lui est consacrée), les premiers hectomètres de la montée longent l’édifice reconstruit sur cette chapelle initiale. On est alors à 414 m d’altitude. On finira à 1 233 m. Un raidard d’emblée, à près de 16 %, incarne l’élévation soudaine. « En sortant de Saint-Amarin, on a définitivement quitté la civilisation, le monde terrestre, pour rentrer dans un autre, plus calme, plus brut,

témoigne Paul Muller. Il existe pourtant une autre variante, plus simple, par Moosch, pour arriver au village de Geishouse. »

Les quelques replats sont illusoires, chaque épingle redresse la route granuleuse, et un dernier virage avant Geishouse impose encore une pente à 16 %. Une maison couleur « buntsandstein », grès rose comme la roche alsacienne, émerge alors du bitume. Tout est soudainement plus dégagé, animé, entre la vue sur quatre petites bosses dont le culminant Grand Ballon, les stridulations des insectes et les habitations. « Le passage dans le village, où la pente s’inverse, permet de reprendre ses esprits et de la vitesse après ce premier round, décrit Muller. Le répit n’est que de courte durée. »

La descente fait 500 mètres puis on tourne à gauche pour rejoindre la voie verte, où « le goudron passe du gris au noir » (Muller) après les barrières d’entrée. Deux bandes cyclables et une pour piétons dessinent alors une ligne de fuite vers la forêt infinie. C’est le début des irrégularités, avec un coup de cul dans le septième kilomètre, un faux plat descendant, encore un mur… « C’est vraiment spécial, témoigne Sparfel.

Ce n’est pas très large, parfois c’est raide, puis on a des replats… » On monte par palier pour se préparer au pire: dans le neuvième kilomètre d’ascension, une longue ligne droite en descente permet de prendre de la vitesse jusqu’à une épingle gauche serrée « où vous êtes obligé de freiner pour éviter la sortie de route » , prévient Muller, alors qu’une nouvelle portion à 16 % se présente dans la foulée.

C’est le « virage du Hibou », signifié par une sculpture en bois du rapace nocturne. « Là, c’est le troisième totem, le plus récent, réalisé par un bénévole dans un tronc, explique Ast. Il a mis une journée à le faire. Ce virage est identifié comme tel et c’est bien pour nous car chaque col mythique a son passage reconnu, un chalet, un virage, un truc… Nous, c’est le virage du Hibou. Si vous n’avez pas encore fait d’écart avant ce virage, vous pouvez placer une attaque et on ne vous revoit pas. »

Sparfel abonde: « Je pense qu’il est possible de faire des écarts juste dans cette portion. » « Ces deux kilomètres finissent de vous asphyxier » , conclut Muller. Au sommet, difficile de reprendre ses esprits. Il reste moins de 6 km pour plonger jusqu’au Markstein, mais la descente est moins pentue que la route gravie, il faut continuer à appuyer jusqu’à l’arrivée

Commenti

Post popolari in questo blog

'SONO LORO I MIEI CARCERIERI SEI ANNI FA RAPIRONO ANCHE ME'

I 100 cattivi del calcio

Top 8 Argentinians Who Made It to the NBA