Brennan, le sprinteur de son temps
Mathew Brennan (Visma-lease a bike) a remporté
sa deuxième victoire d’étape sur cette Vuelta, hier.
Déjà double vainqueur sur cette Vuelta – son premier grand Tour – grâce à sa puissance, le Britannique de 21 ans cherche ses limites en montagne, où il affiche un profil de finisseur en adéquation avec l’évolution du cyclisme.
«Son niveau en montagne a vraiment progressé.
On ne connaît pas encore ses limites»
- MAARTEN WYNANTS, DIRECTEUR
SPORTIF DE VISMA-LEASE A BIKE
27 Aug 2026 L'Équipe
LUC HERINCX
ROQUETES (ESP) – Discret dans sa traversée à vélo du gymnase de Roquetes transformé en salle de presse, hier, Matthew Brennan renvoyait une impression de légèreté sur sa monture et de quiétude en dehors, à rebours de ses deux dernières démonstrations de force. Broyeur de pédales dans la rampe de Manosque (2e étape) et catapulté par Christophe Laporte pour bourriner sur les 80 derniers mètres de la 5e étape, le Britannique de 21ans combine ces deux facettes. « C’est un sprinteur typique niveau personnalité, très émotif, dans le style de (Mark) Cavendish » , notait John Herety, son sélectionneur national chez les Espoirs en 2024. « Un gars calme, qui se laisse porter, décrit Sepp Kuss, coéquipier chez Visma-Lease a bike. Et on l’a vu dans l’échappée hier (mardi en Andorre), c’est un coureur vraiment complet. »
Adoubé par le Maillot Rouge 2023, Brennan peut aussi compter sur le soutien absolu de Wout Van Aert et de Christophe Laporte depuis le début de cette Vuelta. « Je sais que si j’ai un problème, Wout est un coursier et saura ce qu’il doit faire, il n’y a rien besoin de lui dire » , expliquait le Britannique en patron. Encore une fois, le champion belge n’avait sa carte qu’en cas de complication de la course, mais les bordures attendues s’estompèrent au bout de cinq bornes, à 95 km de la ligne – « car c’était plus un vent de dos que le vent de côté qui avait été annoncé » , a expliqué le directeur sportif Maarten Wynants –, et la flèche française joua à nouveau son rôle de « meilleur poisson-pilote du monde », selon Brennan. « Quand on arrive dans un petit groupe comme ça, Matthew est la meilleure carte à jouer, je n’ai même pas besoin de revoir le final pour savoir comment il a gagné », synthétisait Van Aert, qui a contrôlé les offensives dans les trente derniers kilomètres.
L’ancien pistard de Darlington (Royaume-Uni) s’est déjà offert Jonathan Milan et Olav Kooij au sprint par le passé, sa pointe de vitesse est indiscutable. « On n’avait pas besoin de réduire le peloton à vingt unités, on savait qu’avec Matthew et Wout, on avait les coureurs les plus rapides » , balayait d’ailleurs Wynants. Mais sa facilité dans l’Alto de Paüls (3,5 km à 7 %), une route pentue très étroite à 25 km de la ligne où Mads Pedersen (Lidl-Trek) a craqué, confirme les aptitudes en montagne détectées dans les catégories jeunes. « Sur cette montée, il était en contrôle dans les quinze premiers du peloton, ça m’impressionne, soulignait son directeur sportif. Son niveau en montagne a vraiment progressé je trouve. On ne connaît pas encore exactement ses limites, on le laisse les découvrir par lui-même et s’épanouir, comme hier (4e étape), par exemple, quand il a voulu aller dans l’échappée (dans l’ascension du port d'Envalira) pour montrer à ses équipiers qu’il pouvait les aider. Tout se passe bien, il aura forcément des mauvais jours, car c’est son premier grand Tour mais on doit voir plus loin. »
Arrivé il y a deux ans dans l’équipe développement de Visma-Lease a bike, Brennan suit un programme précautionneux qui justifie par exemple qu’il renoncera aux Mondiaux au Canada en septembre. « J’en ai parlé au sélectionneur et j’en suis venu à la conclusion qu’après mon premier grand Tour, ce long voyage n’était pas le mieux pour mon développement de long terme » , a-t-il expliqué sans avancer l’argument de la difficulté du circuit. Champion du monde juniors de l’Américaine avec Ben Wiggins, le fils de Bradley, Brennan s’est aussi écarté des vélodromes le temps de s’installer confortablement en World Tour sur la route.
Depuis l’enfance, le double vainqueur d’étapes de la Vuelta a admiré avec de grands yeux les exploits de son compatriote Mark Cavendish: « Il était toujours aux infos et j’aimais sa façon d’aborder le sprint, il n’était jamais celui qui allait produire le plus de puissance, mais il était capable de sentir le peloton parfaitement pour se placer. »
Pour lui, « c’était probablement l’une des meilleures époques du cyclisme, il y avait tellement de spécialistes avec notamment des purs sprinteurs » . Une vision romantique, mais son profil pragmatique est beaucoup plus approprié à l’ère moderne et aux étapes de plaine dans le relief catalan.
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