Davide Ancelotti, l’entraîneur qui veut se faire un prénom
Peter Byrne/pa WIRE/ABACA
L’entraîneur lillois, Davide Ancelotti, le 15 août à Liverpool,
lors du match de pré-saison face à Everton.
Fils du mythique Carlo Ancelotti, le nouvel entraîneur lillois espère faire décoller sa carrière en France.
« Un des traits de personnalité de Davide,
c’est qu’il est très ouvert. Et pas simplement sur le football,
mais sur plein d’autres choses qui peuvent
apporter en termes de management »
- Olivier Létang, Président du LOSC
27 Aug 2026 - Le Figaro
Sébastien Ferreira
Un accueil entre les pins et les bâtiments centenaires au domaine de Luchin, à 15 kilomètres à l’est de Lille, dans la commune de Camphinen-pévèle, par le coordinateur sportif Sylvain Armand. Puis une poignée de main chaleureuse dans l’un des salons du centre d’entraînement du Losc avec le président, Olivier Létang. « Tu as dormi un peu? Dans l’avion?» Ce 7 juillet, Davide Ancelotti témoigne de son éthique de travail. Deux jours plus tôt, il était sur le banc à côté de son père, le légendaire entraîneur italien Carlo Ancelotti, lors de l’élimination du Brésil en 8es de finale de la Coupe du monde par la Norvège (1-2).
Le nouvel entraîneur nordiste, nommé le 1er juin dernier, avait fait une croix sur ses vacances bien avant le début de l’été. Il n’allait pas laisser passer une opportunité dans un projet qui lui « correspond », au sein d’un club « sérieux, ambitieux, compétitif et régulièrement présent sur la scène européenne ». À seulement 37 ans, l’italien aspire à voler de ses propres ailes. Il s’agit de sa deuxième expérience comme entraîneur principal après cinq mois à Botafogo, dans le très instable championnat brésilien, où il a laissé un bilan honnête (33 matchs, 15 victoires).
Ce vécu de numéro 1 était « important » aux yeux d’olivier Létang. Le président lillois explique au Figaro le portrait-robot qu’il avait esquissé pour le successeur de Bruno Genesio : « Quelqu’un qui avait cette même idée du football (que le club), quelqu’un qui est corporate, qui est très bien humainement, qui a l’habitude de vivre dans un environnement multiculturel, qui est jeune aussi, et qui a la connaissance de grands clubs.» Des caractéristiques déjà présentes chez le père Ancelotti, et dont le fils a hérité.
Jusqu’ici, il avait surtout été son adjoint. « Il a pris le temps de grandir, de se former, d’avancer», loue Létang. Il avait d’abord eu le rêve d’imiter papa sur les terrains, Carlo ayant fait les belles heures de L’AS Rome et L’AC Milan, avant de s’être «rendu vite compte» qu’il n’avait «aucun talent», avait-il avoué. Ses premiers pas dans un staff, il les a faits à 23 ans, comme préparateur physique au centre de formation du Paris Saint-germain, lorsque son père y officiait (2012-2013). «Nepo baby»? Sûrement. Pistonné ? Pas vraiment : il venait d’être major de promo en sciences des sports grâce à sa thèse sur la motricité des footballeurs.
À partir de là, il n’a pas lâché son père d’une semelle, intégrant officiellement son staff au Bayern Munich, en 2016. Il est resté son adjoint à Naples, à Everton, au Real Madrid et, donc, au Brésil. Après Botafogo, le revoilà en pleine lumière, devant sans cesse répondre aux questions qui le ramènent à son patronyme. « Ce n’est ni un poids ni une pression, a-t-il répondu dans un français impeccable lors de sa première conférence de presse dans le Nord. Mon prénom, c’est Davide. Je suis là pour écrire mon histoire. »
Cela ne veut pas dire rejeter son origine, lui qui a « appris avec le meilleur » et mesure la chance de « pouvoir l’appeler pour un conseil sans même payer ». Il lui piquera quelques idées, notamment dans la gestion des hommes, domaine de prédilection de Carlo Ancelotti, 31 trophées dans l’armoire, dont quatre Ligues des champions. Une autre de ses inspirations se nomme Phil Jackson, coach des Chicago Bulls et des Los Angeles Lakers en NBA, qui a gagné plus de bagues de champion (11) qu’il n’a de doigts.
L’américain avait pour coutume d’offrir des livres à ses joueurs, Michael Jordan et Kobe Bryant inclus. Davide Ancelotti l’a imité à Botafogo. « Un de ses traits de personnalité, c’est qu’il est très ouvert, apprécie Létang. Et pas simplement sur le football, mais sur plein d’autres choses qui peuvent apporter en termes de management. J’étais très proche de Gérard Houllier, qui disait toujours : “Je ne savais pas que, pour être jockey, il fallait avoir été cheval d’abord.” »
Ce passionné de l’écrivain Ernest Hemingway, du cinéaste Martin Scorsese et de mythologie grecque est arrivé dans le Nord avec un bagage rarissime pour son âge. Son métier l’a emmené dans six pays différents et lui a permis de parler couramment cinq langues, un atout de plus dans un vestiaire cosmopolite comme celui du Losc. « C’est une belle personne, a décrit Olivier Giroud dans les colonnes du Parisien. J’ai un très bon feeling, c’est quelqu’un de disponible, à l’écoute. Il est très cérébral, intelligent, cultivé. »
Le champion du monde français, 39 ans, a sa confiance : il était titulaire, capitaine et buteur pour la reprise du championnat dimanche dernier à Angers (0-2). Il est un cadre sur lequel s’appuyer et avec lequel même former une colonne vertébrale, avec le défenseur brésilien Alexsandro et le milieu algérien Nabil Bentaleb. Pour l’heure, l’entraîneur italien a repris une formation en 4-2-3-1 éprouvée par Genesio, titularisant Ethan Mbappé, petit frère de Kylian, sur le flanc droit de l’attaque. Angers, l’un des plus petits budgets de Ligue 1 et condamné à la lutte pour le maintien, n’a jamais fait douter les Dogues.
« Ça peut toujours être mieux, mais je suis content du résultat, de la performance, de l’état d’esprit », a jugé le tatillon Ancelotti. La suite fera office de test grandeur nature et d’avant-goût de la Ligue des champions. Ce sera face au Paris Saint-germain vendredi (20 h 45), pour la première de la saison à la Decathlon Arena Stade Pierre Mauroy.
« Contre le PSG, on doit être parfait », at-il prévenu.
« Ce n’est que le début. On sera jugé sur un temps long », rappelle Létang. Le président nordiste n’en est pas moins «très heureux de l’avoir choisi et de l’avoir avec nous ». Il n’avait eu que des bons retours de joueurs de Botafogo ou du Real Madrid auprès desquels il s’était renseigné. Avec, à chaque fois, des qualités brandies similaires à celles de son père. « Par contre, lui, c’est Davide, ce n’est pas Carlo, martèle Létang. Il a son propre chemin, sa propre vision. Il avance par rapport à ça. » Et, s’il a besoin d’un avis extérieur, il sait qui il peut appeler.
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