DERNIÈRE ÉCHAPPÉ D'UN ESPRIT LIBRE
Laurent Fignon s’est éteint hier à l’âge de 50 ans. Il laisse à tout ceux qui l'ont cruisé sur la route un souvenire d'un coureur amoureux fou de son sport. Et d'un homme toutjours prompt à défendre son indépendance.
"En 1993, il se retire sans effets de manches.
Une sortie conforme aupersonnage, inclassable et raffiné"
'"Il n’était pas fait pour séduire l’homme de la rue"
- Cyrille Guimard
1 Sep 2010 - L'Équipe
PHILIPPE BRUNEL
C'EST PAR effraction qu’il était entré dans l ’ imag ina ire collectif, àl’automne 1982, en chutant sur la route de Blois-Chaville, trahi par une rupture de son pédalier alors qu’il volait vers une victoire assurée dans une classique de renom. Un incident spectaculaire, prophétique d’un destin singulier à la fois lumineux et jalonné de revers qui l’avait propulsé très tôt, sans préambule, à vingt-trois ans, au firmament de la célébrité. Dès 1983, il gagne son premier Tour de France, par procuration, en l’absence de Bernard Hinault, son leader chez Renault.
À travers lui, on découvrait un nouveau type de champion, décomplexé, originaire de Tournan-en-Brie, en Seine-et-Marne, mais né à Paris. Un coureur au cursus atypique, détenteur d’un bac en sciences physiques. D’ailleurs, il lit Decaux, Balzac, la Comédie humaine, les Thibault, de Martin du Gard. Et pratique la taxidermie. Il porte aussi des lunettes (ce que l’on n’a plus vu depuis Jan Janssen, vainqueur en 1968) cerclées d’argent d’agrégé en philosophie et ses longs cheveux blonds serrés dans un bandeau. Dans Paris-Match, Jean Cau – Prix Goncourt 1961 – lui consacre un article. La personnalité du jeune « Parisien » le fascine. Il voit en lui un mutant , une sor te de « cyclarque », bien loin des Forçats de la route. « Avec Fignon, écrit-il, on est loin de Brambilla, dit la Brambille, de Walkowiak, dit Walko, de Zaaf, Pingeon et Van Springel. »
Fignon, c’est d’abord un style, un look à la Björn Borg que les enfants se plaisent à imiter. C’est encore un personnage à la Morand, ambitieux, né pour gagner et pressé de s’imposer. Mais la carrière d’un champion cycliste est rarement linéaire. La sienne ne fait pas exception. Elle sera jalonnée d’éclipses et de résurrections. Pour le grand public, elle s’était d’ailleurs achevée bien avant son terme, en juillet 1989, comme elle avait commencé, par une terrible désillusion. Cette fois, c’est sur le pavé parisien que cela se passe, de telle sorte que l’on pouvait revoir en filigrane, comme sur deux images superposées, le jeune Fignon accidenté de Blois-Chaville dans le champion hébété, à bout de souffle, qui s’était affalé après la ligne sur le bitume des Champs-Élysées, où il venait de perdre le Tour au profit de Greg LeMond pour huit petites secondes, le plus faible écart jamais enregistré dans l’histoire, à l’issue d’un duel chronométrique aux relents hichtcockiens de 24,5 km.
Un combat inégal et perdu d’avance. Fignon n’était pas luimême. Il souffrait d’une inflammation de l’urètre qui perturbait son assise sur la selle. Quant à LeMond, il bénéficiait d’un guidon de triathlète inusité avec lequel Fignon se présentera deux mois plus tard au Grand Prix Eddy-Merckx pour se voir interdire le départ par un commissaire de l’UCI, qui jugera le matériel… non conforme ! À la réflexion – et Merckx lui-même en avait fait l’amère expérience, en 1975, face à Thévenet –, cette défaite aura d’avantage contribué à sa renommée que ses deux victoires précédentes ou que son magistral doublé dans Milan-San Remo. Depuis 1989, il ne se passait pas un jour sans qu’on lui parle jusqu’à la caricature de ces huit secondes perdues, en oubliant que Laurent Fignon était d’abord un gagnant, fervent adepte de l’attaque à outrance, qui acceptait les coups tordus sans broncher, estimant sans doute que cela faisait partie du jeu. Cinq ans auparavant, il s’était fait « voler » le Tour d’Italie par Francesco Moser, lequel avait franchi les Dolomites quasiment en roue libre, sous la poussée des tifosi, avant que l’hélicoptère de la RAI ne le propulse dans ses pales lors de l’ultime chrono de Vérone avec la complicité de l’organisateur de l’époque, Vincenzo Torriani. Deux mois plus tard, Fignon effaçait cette bévue – qui lui restera néanmoins en travers de la gorge – en s’attribuant un deuxième Tour de France aux dépens d’un Bernard Hinault revanchard mais convalescent, à peine remis d’une délicate opération du genou et désormais leader de l’équipe La Vie Claire, bâtie à son entière dévotion par Bernard Tapie.
La dualité Hinault-Fignon est une aubaine. Elle atteint son apogée dans l’alpe d’Huez, où Fignon, torse moulé dans son maillot de champion de France, se joue du Breton, auteur d’une offensive inopérante et suicidaire mais pleine de panache dans la vallée de l’Oisans. Interrogé par Jacques Chancel au micro d’Antenne2 sur cet acte de pure bravoure du « Blaireau » , Fignon pavoise. « Quand je l’ai vu attaquer, ça m’a fait rigoler… » Cette repartie est mal accueillie. Elle lui sera reprochée. Lui, pourtant, n’y voyait aucune malice. « Hinault n’était pas un fin stratège, c’est ce que j’avais voulu dire. Dans mon esprit, ce n’était pas offensant, je n’avais dit que la stricte vérité, mais les gens ont pensé que je lui avais manqué de respect. » Cette phrase a d’autant plus heurté la sensibilité d’Hinault que Bernard Tapie s’est déclaré « intéressé par Fignon ». L’homme d’affaires avait flairé le bon coup, mais Fignon ne donnera jamais suite. « Je l’ai rencontré dans son bureau de l’avenue de Friedland, raconteraplus tard. Mais il ne m’avait parlé que de fric et de business. » À l’époque, le Francilien semblait parti pour gagner cinq, voire six Tours de France, mais l’année suivante, c’est le coup d’arrêt. La machine s’enraye. Comme Hinault, il doit se faire opérer d’un tendon et s’en remet aux soins du professeur Saillant. S’ensuit une longue période d’instabilité marquée par sa brouille avec Jean-Marie Leblanc, encore journaliste, auquel il reprochait ses écrits (le futur patron du Tour avait suggéré que cette blessure résultait d’un abus de produits dopants…).
Cet épisode n’est pas sans conséquence. Fignon s’assombrit. Le monarque absolu du Tour 1984, qui évoquait par son autorité la figure d’un Merckx ou d’un Anquetil, fait place à un champion hermétique et renfrogné, plus difficile d’accès. Il met deux ans à refaire surface. Ce sera dans Milan-San Remo, la course de tous les sortilèges, qu’il gagne deux années de suite, en grand stratège, un exploit peu banal qui lui vaut un surnom –« il Professore » – et une nouvelle aura en Italie, où il s’impose enfin, dans le Giro 1989, quelques semaines avant d’être supplanté dans le Tour par LeMond, sa bête noire, dont il subira la férule au Mondial de Chambéry, l’un de ses grands regrets avec Paris-Roubaix.
Avec l’Américain, ses relations étaient au plus bas. Elles le resteront, sans recours, jusqu’aux griefs. « Ce quimegênait chez lui, c’était sa posture hypocrite, un peu lèche-cul, dira-t-il par la suite, ce double jeu qu’il menait avec les journalistes… » On l’ignorait à l’époque: leur rivalité avait marqué la fin d’un certain romantisme appliqué au cyclisme et, pour Fignon, le début d’une certaine morosité.
Une nouvelle ère s’ouvrit bientôt dans l’onde de Francesco Conconi, le mage de Ferrare, et de son émule Michele Ferrari, deux docteurs miracle soupçonnés d’avoir introduit et propagé l’usage de l’EPO. Avec eux, le dopage change de nature et le cyclisme perd ses repères. Dans les cols, Fignon est débordé par des coureurs de second plan, des sous-fifres ( « des gars moyens qui roulaient à bloc, sourire aux lèvres, à 150 bornes de l’arrivée » ). Dans le même temps, il se sépare de Guimard, s’exile en Italie chez Gatorade, où il vit deux saisons crépusculaires pour 500 000francs ( 76 000euros) par mois auprès de Gianni Bugno.
On lui propose de l’EPO. Il refuse. « Je pouvais mele permettre », expliquerat-il. « J’avais gagné pas mal d’argent, ma carrière était faite. Mais comment aurais-je agi avec cinq ou six ans de moins ? »
Un beau jour du mois d’août 1993, il se retirera sans effet de manches et d’annonce, à l’issue du Grand Prix de Plouay, à l’âge de trentetrois ans. Les raisons qui l’amenèrent à quitter le métier dans cette petite commune du Morbihan, loin des cérémonies d’usage, pendant une vacance de l’actualité, demeuraient conformes au personnage, inclassable et raffiné.
À l’heure du bilan, que restait-il de son passage dans le cyclisme ? Un souvenir irradiant de son premier Tour, des morceaux de bravoure dans le Poggio… L’image aussi d’un champion réfractaire, indisposé certains jours par ses propres supporters et dont Guimard pensait qu’il « n’était pas fait pour séduire l’homme de la rue ».
Reste aussi sa dualité suraiguë avec Hinault, malheureusement écourtée par des pépins de santé. Les deux hommes continuèrent d’entretenir de bons rapports après leur carrière avant que Fignon ne froisse son ancien rival, en quelques phrases maladroites, dans sa biographie décapante et salvatrice, éditée peu avant le Tour de France 2009 chez Grasset ( Nous étions jeunes et insouciants) alors qu’il ignorait encore qu’un cancer allait bientôt le ravager. Il y retrace sa carrière sans s’épargner et sans jamais se donner le beau rôle. Il y raconte ses er rances, ses déviances, les moeurs et les pratiques dopantes de son époque liées à un certain folklore. Oui, il avait pris des amphétamines, de la cortisone. Oui, il s’était dopé, mais comme les autres, « parce qu’on fait partie d’un système », et certaines fois de manière festive. Et jamais il n’avait eu honte de son comportement. « J’ai fait ce que j’avais à faire, disait-il, monmétier, sans exagération. »
Il restait intimement persuadé que le sport de haut niveau ne faisait pas de bien à la santé : « On parle beaucoup du dopage, mais il faut être réaliste, les efforts que l’on demande au corps, la pression que l’on subit finissent par diminuer l’espérance de vie. » Sur le dopage, il avait cette formule : « Àmon époque, les produits étaient dérisoires et les exploits considérables, ensuite ce fut l’inverse. » Sa vérité, il l’avait livrée sans aigreur et dans un but charitable après avoir pris conscience qu’il avait participé, lui comme les autres, à la « mécanique du dopage » . « Nous, les coureurs, sommes tous, chacun à notre niveau, responsables de ce qui est arrivé en 1998 avec l’affaire Festina. » Il se sentait redevable vis-à-vis du cyclisme, qui salue aujourd’hui en lui un homme vrai et profondément honnête, dont l’éclat nous poursuivra longtemps...
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Le vélo, sa vie
À retraite sportive, Laurent Fignon est resté très actif dans le cyclisme... contrairement à ce qu’il imaginait.
1 Sep 2010 - L'Équipe
JEAN-LUC GATELLIER
OCTOBRE 1993, Tour de Lombardie. Laurent Fignon n’est plus coureur. Il a disputé sa dernière course à la fin de l’été. Il débute une carrière de consultant pour Eurosport. Sur les rives du lac de Côme qu’emprunte la Panda de location, on découvre un autre homme. Rieur. Blagueur. L’inverse du Fignon champion. Libéré du poids de la course, de son métier, de son statut. Une nouvelle vie commence. Sous le signe d’une décontraction symbolisée par ces interminables parties de golf, son nouveau dada. Puis vient le jour où « (il) en a marre de ne plus rien faire » . Comme tant d’autres avant lui, il a juré qu’il ne resterait pas dans le sport cycliste. Et, comme eux, il s’immerge tout naturellement dans le milieu où il est devenu quelqu’un, car c’est le monde qu’il connaît le mieux. « J’ai arrêtémes études pour faire du vélo, alors qu’est-ce que je connai s de mieux que le cyclisme ? », se justifiait celui que la presse surnommait à ses débuts « l’intello du peloton ». Il s’associe à Alain Prost pour monter un magasin d’articles de sport à BoulogneBillancourt, près de Paris. Mais l’affaire est déficitaire. Parallèlement à ses interventions sur Eurosport, il crée Laurent Fignon Organisation ( LFO) et se lance dans l’organisation de courses cyclosportives en Île-de-France. Il se retrousse les manches, pose des barrières et flèche des parcours sur des routes départementales.
Il craque à l’antenne
Le haut niveau lui manque. En 2000, il investit une grande partie de sa petite fortune dans le rachat de Paris-Nice à la famille Leulliot. Il se lance dans un autre contre-lamontre : trouver de l’argent pour boucler son budget. « Parfois, racontait-t-il sur un ton agacé, les entrepreneurs savaient à l’avance qu’ils ne sponsoriseraient pas ma course, mais ils me recevaient quand même, uniquement parce qu’ils voulaient rencontr er Fignon. » « Le plus dur à admettre, reconnaissaitc’est que tu ne feras jamais quelque chose d’aussi passionnant que du vélo et que tu ne gagneras plus jamais autant d’argent. J’ai été le numéro 1 mondial des coureurs et je sais que je ne serai jamais le numéro 1 des organisateurs. » Après seulement deux éditions, il cède la « Course au soleil » à Amaury Sport Organisation, l’organisateur du Tour de France. Il destine à M. Tout-le-monde des stages dans les Pyrénées et vend son nom à une enseigne de la grande distribution qui commercialise des vélos bas de gamme. Fignon réapparaît sur les écrans en 2006 pour commenter le Tour de France sur France Télévision. Il prend du plaisir à raconter la course. Il défend aussi son point de vue avec fermeté. « J’ai gagné deux fois le Tour » , assène-til, cassant, le jour où Laurent Jalabert, depuis sa moto, ne partage pas son avis. Preuve que le rôle du leader sommeille toujours en lui. Mais quand il fond en larmes, à l’antenne, lors de la dernière étape du Tour 2009, durant lequel ses interventions ont été entrecoupées de séances de chimiothérapie, les téléspectateurs ont le coeur lourd.Il reviendra pourtant un an plus tard. Les cordes vocales usées par la maladie. Pour un ultime Tour de fête.
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Ses principales victoires
Tour de France (1983, 1984 + 9 étapes : 1 en 1983, 5 en 1984, 1 en 1987, 1 en 1989, 1 en 1992). Maillot Jaune pendant 22 jours (6 en 1983, 7 en 1984, 9 en 1989).
Tour d’Italie (1989 + 2 étapes : 1 en 1984, 1 en 1989). Maillot rose pendant 16 jours (1 jour en 1982, 6 jours en 1984, 9 jours en 1989).
Tour d’Espagne : 2 étapes (1 en 1983, 1 en 1987).
COURSES PAR ÉTAPES
Critérium International (1982, 1990) ; Semaine Sicilienne (1985) ; Tour de la Communauté Européenne (1988) ; Tour des Pays-Bas (1989) ; Ruta Mexico (1993) ; 1 étape de TirrenoAdriatico ( 1983) ; 2 étapes du Tour de Romandie (1984) ; 1 étape du Dauphiné Libéré (1986) ; 1 étape du Tour des Pays-Bas (1987) ; 2 étapes de Paris-Nice (1987).
COURSES D’UN JOUR
Championnat de France (1984) ; Milan-San Remo (1988, 1989) ; Flèche Wallonne (1986) ; GP de Plumelec (1983) ; Paris-Camembert (1988) ; GP des Nations (1989) ; Trophée Baracchi et GP de Baden-Baden (avec Thierry Marie, 1989).
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1982
NÉOPRO MALCHANCEUX
Issu de l’US Créteil, Laurent Fignon passe pro chez Renault-Gitane et exprime d’entrée son talent en gagnant le Critérium International et en portant une journée le maillot rose du Giro, qu’il termine à la 15e place. Mais le grand public le découvre lors d’une autre occasion (ci-contre), lorsque son visage décomposé envahit les écrans. Assis sur l’asphalte, pédalier désolidarisé du cadre du vélo et retenu à son pied comme un appendice devenu inutile, Fignon est trahi par la mécanique alors qu’il est en train de creuser l’écart et qu’il s’apprêteà remporter la classique Blois-Chaville. Sa légende s’ébauche dans un parfum de drame.
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1983-1984
LES ANNÉES FOLLES
Un Maillot Jaune vainqueur à La Plagne en 1984 (à gauche): l’image absolue du Fignon triomphant. Cette année-là, aprés avoir remporté son seul titre de champion de France (ci-dessous entouré d’Éric Dall’armelina [à gauche] et de son ami Pascal Jules), il domine à ce point le Tour qu’il dira qu’Hinault l’a « bien fait rigoler » dans l’étape décisive de l’Alpe-d’Huez, où le Breton n’a cessé d’attaquer pour finalement perdre 2’55’’ sur son rival. Deux jours après La Plagne, Fignon s’impose encore à Crans-Montana, avant d’asseoir sa supériorité dans le chrono de Villefranche-sur-Saône, gagné devant Kelly et Hinault. À Paris, Hinault est à plus de dix minutes (10’32’’). La France tient alors un immense champion qu’elle a découvert l’année précédente alors qu’elle s’était résolue à vivre une année « blanche » en l’absence d’Hinault, en proie à des problèmes de genoux. Fignon avait « hérité » d’un Maillot Jaune abandonné par Pascal Simon, contraint de se retirer à cause d’une fracture de l’omoplate. Mais il eut le mérite ensuite de maîtriser les grimpeurs dans les Alpes avant de les dominer dans le chrono de Dijon, à la veille de l’arrivée à Paris. À vingtdeux ans, il avait ainsi remporté le premier Tour auquel il participait, comme seuls avant lui Robic, Coppi, Koblet, Anquetil, Gimondi, Merckx et Hinault l’avaient réussi.
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1986-1987
LES ANNÉES NOIRES
Après une saison 1985 où il s’est fait opérer dutendon d’Achille gauche, il refait surface en remportant la Flèche Wallonne en 1986, mais abandonne le Tour à Pau. L’année suivante, en dépit d’une troisième place dans Paris-Nice et dans la Vuelta, et d’une victoire d’étape dans le Tour à La Plagne, on retient surtout les neuf minutes perdues sur Jean-François Bernard dans l’étape chronométrée du Ventoux et l’image terrible d’un Charly Mottet parti huit minutes après lui et qui le dépasse dans le Grand Prix des Nations pour lui reprendre quatre nouvelles minutes (ci-contre).
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1988-1989
LES ANNÉES ITALIENNES
Du Fignon tout craché : il renoue en 1988 le fil de son histoire en gagnant Milan-SanRemo (ci-contre), mais se fracture le poignet dans Liège-Bastogne-Liège. Cependant, sa carrière est bel et bien relancée et, la saison suivante, il réalise un doublé rare en remportant de nouveau Milan-San Remo. Il prouve surtout qu’il n’a rien perdu de ses prérogatives dans une course de trois semaines en gagnant le Tour d’Italie (ci-dessous). Cette mêmeannée, comme pour exorciser définitivement sa « baffe » de 1987, il établit un record de vitesse au Grand Prix des Nations (45,660 km/h). Ces « années italiennes » déboucheront sur un « contrat de mariage » puisque Fignon terminera sa carrière comme équipier de Gianni Bugno chez Gatorade (1992-1993), maillot sous lequel il remportera son dernier succès significatif, l’étape de Mulhouse du Tour 1992.
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1989
HUIT SECONDES D'ÉTERNITÉ
Malgré son palmarès éloquent, c’est le Tour 1989, perdu pour huit secondes, que l’on retient en premier chez Laurent Fignon.
LES HUIT SECONDES qui ont séparé Greg LeMond de Laurent Fignon dans le Tour 1989 appartiennent à l’histoire du cyclismecommele plus petit écart jamais enregistré entreunvainqueur et son dauphin. Huit secondes. Leur impact va bien au-delà de la trace laissée dans les annales. Elles appartiennent à une incroyable dramatique qui a poursuivi Laurent Fignon toute sa vie. Dix ans après, en une énième évocation de l’épisode, il racontait : « C’est Michel Jazy qui m’avait prévenu : “ Tu verras, on ne te parlera que de ça ”, comme à lui on ne parlait que de Tokyo (*). »
Elles lui ont collé à la peau. Comme ce Maillot Jaune sous l’effet de la sueur qui soudain semblait comprimer sa cage thoracique et qu’il a ouvert jusqu’au nombril, au bord d’une asphyxie qui n’avait rien de physique. Il eût été seul qu’il aurait probablement hurlé. Mais il était à terre, assis, avec un cercle de visages penchés sur lui où on lisait de l’incompréhension, de la stupeur, et, pire encore pour sa valeur annonciatrice, de la compassion qui servirait à jamais de terreau au souvenir des fameuses huit secondes. Un peu plus loin, un peu plus tôt, l’image de Greg LeMond avait fait le tour du monde grâce au gros plan d’une caméra. Maillot ADR largement ouvert aussi, il semblait ne plus entendre Jean-Paul Ollivier qui décomptait le temps à son côté, les yeux bleus comme de larges billes orientées vers le ciel, les bras àmoitié soulevés, prêts à jaillir. Avant l’explosion de joie. Nous étions le 23 juillet, sur les Champs-Élysées, et Greg LeMond venait de réaliser l’impensable.
Entre Versailles et la ligne d’arrivée tracée à mi-hauteur de la célèbre avenue parisienne, au terme d’un chrono individuel de 24,5 km, l’Américain avait repris 58 secondes à Laurent Fignon. Huit de trop. Personne n’avait cru à cet incroyable rebondissement. « Franchement, j’avais cinquante secondes d’avance, et c’est ce que j’avais perdu sur plusde 70 bornes ( 56’’ en 73kmlors de la 5e étape chronométrée de Rennes). Sur la moitié de la distance, on ne se faisait pas trop de soucis » , devait avouer plus tard Laurent Fignon dans Vélo Magazine.
« La suite de la vie, elle est longue »
Impérial dans les ultimes jours de l’épreuve, le Français avait arraché pour 26 secondes le Maillot Jaune à LeMond à l’Alpe-d’Huez, gagné le lendemain à Villard-de-Lans, où il avait porté son avance à 50 secondes, et hésité puis renoncé, à 48heures des Champs-Élysées, à boucler seul les 70 derniers kilomètres dans la Chartreuse après avoir lâché tout le monde, sansmême le vouloir, dans le col du Cucheron.
Dans la foulée de ces trois jours magiques, une inflammation à la selle avait sournoisement fait irruption. De son côté, LeMond, à qui on avait monté un guidon de triathlon pour une question d’aérodynamisme, savait qu’il n’avait plus rien à perdre. Dix ans après, Fignon établissait ce constat : « C’est sûr, pour la fierté, pour la carrière, il fallait gagner ce Tour. Mais, pour la suite, il faut dire que c’est mieux d’avoir perdu. Et la suite de la vie, elle est longue... »
GILLES COMTE
(*) Michel Jazy, archifavori de la finale du 5 000 mètres aux Jeux Olympiques de Tokyo, en 1964, n’avait terminé que 4e.
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Les années Platini, Noah, Prost…
ON ÉTAIT EN PLEIN dans le disco. Les « années fric » aussi, symbolisées par un Bernard Tapie qui venait de comprendre que le vecteur du sport lui permettrait d’accéder à la grande notoriété. Avant de toucher au football, il y vint par le vélo… Jusque-là, le sport français n’était pas bien vaillant. L’épopée des Verts de Saint-Étienne avait eu d’autant plus d’impact au coeur des années soixante-dix que, pour le sport français, c’était toujours mission impossible. C’était l’époque où on ne s’étonnait pas quand l’équipe de France était absente de la Coupe du monde de football. À Roland-Garros, c’était déjà l’événement quand Patrick Proisy parvenait à atteindre une finale (1972). Les grands succès étaient exception, Guy Drut le rappela àMontréal (1976). En France, le sport s’était habitué à la défaite. Àla charnière des années 1970 et 1980, Bernard Hinault, JeanPierre Rives et Serge Blanco prouvent que la France est surtout forte dans les sports qui ne sont pas (encore) universels. Et puis, l’équipe de France de football, qui échoue si cruellement contre la RFA à Séville en demi-finales de la Coupe du monde 1982, semble paradoxalement ouvrir la voie. Deux ans plus tard, le foot français est champion d’Europe, son premier titre majeur, grâce à la génération Platini, l’année (1984) où Laurent Fignon survole son deuxième Tour de France. Entretemps, Yannick Noah fait énormément pour populariser le tennis en triomphant de Mats Wilander en finale des Internationaux de France, à Roland-Garros (1983). Et Alain Prost, au volant de sa Renault, commence à enchaîner les victoires en Grands Prix. Ces années-là étaient aussi les années Renault. « Platoche », Prost, Noah, Hinault et puis le « look » de Fignon, voilà l’image triomphante du sport français de cette première moitié des années quatre-vingts, des années glorieuses. – Ph. Bo.
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SA CARRIÈRE EN CHIFFRES
22 - 22 ans, 11 mois et 19 jours. Son age lorsqu'il remporte son premier Tour, en 1983. Il est alors le 7e plus jeune vainqueur de l'histoire.
12 - ANNÈES passées chez les professionnels, de 1982 à 1993.
4 - SES ÉQUIPES chez les pros
Renault : 1982-1985
Système-U : 1986-1989
Castorama : 1990-1991
Gatorade : 1992-1993
3 - GRANDS TOURS (2 Tours de France, 1 Giro)
2 - VICTOIRES a Milan- San Remo (1988, 1989).
1 - Maillot de meilleur grimpeur, lors du Giro 1984.
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L'ULTIMA FUGA DI UNO SPIRITO LIBERO
Laurent Fignon è mancato ieri all’età di 50 anni. Lascia a tutti coloro che lo hanno incrociato sulla strada il ricordo di un corridore follemente innamorato del proprio sport. E di un uomo sempre pronto a difendere la propria indipendenza.
«Nel 1993 si ritirò senza clamore.
Un addio in linea con il suo carattere,
inclassificabile e raffinato»
«Non era fatto per affascinare l’uomo della strada»
- Cyrille Guimard
1 settembre 2010 - L'Équipe
PHILIPPE BRUNEL
È ENTRATO con forza nell’immaginario collettivo nell’autunno del 1982, cadendo sulla strada tra Blois e Chaville, tradito dalla rottura della pedivella mentre volava verso una vittoria sicura in una classica di grande prestigio. Un incidente spettacolare, profetico di un destino singolare, al tempo stesso brillante e costellato di battute d’arresto, che lo aveva catapultato molto presto, senza preamboli, a ventitré anni, nell’olimpo della celebrità. Già nel 1983 vinse il suo primo Tour de France, per procura, in assenza di Bernard Hinault, il suo capitano alla Renault.
Attraverso di lui si scopriva un nuovo tipo di campione, disinvolto, originario di Tournan-en-Brie, nella Seine-et-Marne, ma nato a Parigi. Un corridore dal percorso atipico, in possesso di un diploma di maturità in scienze fisiche. Del resto, leggeva Decaux, Balzac, la «Comédie humaine», i «Thibault» di Martin du Gard. E praticava la tassidermia. Indossa anche occhiali (cosa che non si vedeva più dai tempi di Jan Janssen, vincitore nel 1968) con montatura argentata da docente di filosofia e i suoi lunghi capelli biondi raccolti in una fascia. Su Paris-Match, Jean Cau – vincitore del Premio Goncourt nel 1961 – gli dedica un articolo. La personalità del giovane «parigino» lo affascina. Vede in lui un mutante, una sorta di «ciclarca», ben lontano dai Forçats de la route. «Con Fignon», scrive, «siamo ben lontani da Brambilla, detto la Brambille, da Walkowiak, detto Walko, da Zaaf, Pingeon e Van Springel».
Fignon è innanzi tutto uno stile, un look alla Björn Borg che i bambini amano imitare. È anche un personaggio alla Morand (*), ambizioso, nato per vincere e ansioso di affermarsi. Ma la carriera di un campione di ciclismo raramente è lineare. La sua non fa eccezione. Sarà costellata di momenti di oscurità e di rinascite. Per il grande pubblico, del resto, si era conclusa ben prima del tempo, nel luglio 1989, proprio come era iniziata: con una terribile delusione. Questa volta, la scena si svolge sul selciato parigino, tanto che si poteva intravedere in filigrana, come in due immagini sovrapposte, il giovane Fignon vittima dell’incidente a Blois-Chaville nel campione stordito, senza fiato, che si era accasciato dopo il traguardo sull’asfalto degli Champs-Élysées, dove aveva appena perso il Tour a favore di Greg LeMond per otto miseri secondi, il distacco più esiguo mai registrato nella storia, al termine di un duello cronometrico dai sentori hitchcockiani di 24,5 km.
Una battaglia impari e persa in partenza. Fignon non era al meglio. Soffriva di un’infiammazione dell’uretra che gli rendeva difficile stare in sella. Quanto a LeMond, beneficiava di un insolito manubrio da triathlon, con il quale lo stesso Fignon si sarebbe presentato due mesi dopo al Gran Premio Eddy-Merckx, solo per vederseglielo vietare alla partenza da un commissario della UCI, che avrebbe giudicato l’attrezzatura… non conforme! A ben vedere – e lo stesso Merckx ne aveva fatto l’amara esperienza nel 1975 contro Thévenet –, quella sconfitta contribuì alla sua fama più delle due precedenti vittorie o della sua magistrale doppietta alla Milano-Sanremo. Dal 1989 non passava giorno senza che gli venissero rinfacciati, fino alla caricatura, quegli otto secondi persi, dimenticando che Laurent Fignon è stato innanzi tutto un vincente, fervente sostenitore dell’attacco a oltranza, che accettava i colpi bassi senza battere ciglio, ritenendo che facessero parte del gioco. Cinque anni prima, si era fatto «rubare» il Giro d’Italia da Francesco Moser, che aveva attraversato le Dolomiti quasi in folle, spinto dai tifosi, prima che l’elicottero della RAI con le sue pale travolgesse Fignon durante l’ultima cronometro di Verona, con la complicità dell’allora organizzatore, Vincenzo Torriani. Due mesi dopo, Fignon si riscattò da quella gaffe – che tuttavia gli sarebbe rimasta un pugno nello stomaco – aggiudicandosi il secondo Tour de France, stavolta a spese di Bernard Hinault desideroso di rivincita ma ancora convalescente, appena ripresosi da un delicato intervento a un ginocchio e ormai leader della squadra La Vie Claire, creatagli con totale dedizione da Bernard Tapie.
La rivalità tra Hinault e Fignon è una manna dal cielo. Raggiunge il suo apice all’Alpe d’Huez, dove Fignon, con al torace l'aderente alla maglia di campione di Francia, si prende gioco del bretone, autore di un attacco inefficace e suicida ma pieno di brio nella valle dell’Oisans. Intervistato da Jacques Chancel ai microfoni di Antenne 2 su questo atto di puro coraggio del «Blaireau», Fignon esulta. «Quando l’ho visto attaccare, mi ha fatto ridere…» Questa battuta viene accolta male. Gli verrà rinfacciata. Lui, però, non ci vedeva alcuna malizia. «Hinault non era un abile stratega, era questo che volevo dire. Nella mia mente non era offensivo, avevo detto solo la nuda verità, ma la gente ha pensato che gli avessi mancato di rispetto». Questa frase ha urtato ancora di più la sensibilità di Hinault poiché Bernard Tapie si era dichiarato «interessato a Fignon». Il business man aveva fiutato l’affare, ma Fignon non avrebbe mai dato seguito alla cosa. «L’ho incontrato nel suo ufficio in avenue de Friedland», racconterà più tardi. «Ma mi aveva parlato solo di soldi e di affari». All’epoca, il corridore dell’Île-de-France sembrava destinato a vincere cinque, se non addirittura sei Tour de France, ma l’anno successivo subì una battuta d’arresto. La macchina si inceppò. Come Hinault, dovette sottoporsi a un intervento chirurgico a un tendine e si affidò alle cure del professor Saillant (quello che operò Ronaldo, ndr). Segue un lungo periodo di instabilità segnato dal suo dissidio con Jean-Marie Leblanc, allora ancora giornalista, al quale rimproverava gli articoli (il futuro direttore del Tour aveva insinuato che quell’infortunio fosse dovuto a un abuso di sostanze dopanti…).
Questo episodio non è privo di conseguenze. Fignon si chiude in se stesso. Il monarca assoluto del Tour del 1984, che con la sua autorevolezza evocava la figura di un Merckx o di un Anquetil, lascia il posto a un campione ermetico e accigliato, più difficile da avvicinare. Ci mette due stagioni a riemergere. Sarà alla Milano-Sanremo, la corsa di tutti gli incantesimi, che vince per due anni in fila, da grande stratega, un’impresa fuori del comune che gli vale un soprannome – « il Professore » – e una nuova aura in Italia, dove finalmente si impone, nel Giro del 1989, poche settimane prima di essere soppiantato al Tour da LeMond, la sua bestia nera, di cui subirà il dominio ai Mondiali di Chambéry, uno dei suoi grandi rimpianti insieme con la Parigi-Roubaix.
Con l’americano, i rapporti erano al minimo storico. E lo sarebbero rimasti, senza possibilità di ricorso, fino alle recriminazioni. «Ciò che mi infastidiva di lui era il suo atteggiamento ipocrita, un po’ leccapiedi», dirà in seguito, «quel doppio gioco che conduceva con i giornalisti…». All’epoca non lo si sapeva: la loro rivalità aveva segnato la fine di un certo romanticismo legato al ciclismo e, per Fignon, l’inizio di una certa malinconia.
Ben presto si aprì una nuova èra sulla scia di Francesco Conconi, il mago di Ferrara, e del suo emulo Michele Ferrari, due medici miracolosi sospettati di aver introdotto e diffuso l’uso dell’EPO. Con loro, il doping cambiò natura e il ciclismo perse i propri punti di riferimento. Sui passi di montagna, Fignon viene superato da corridori di secondo piano, da gregari («ragazzi mediocri che pedalavano a tutto gas, con il sorriso sulle labbra, a -150 chilometri dall’arrivo»). Contemporaneamente, si separa da Guimard e si trasferisce in Italia alla Gatorade, dove vive due stagioni poco brillanti per 500.000 franchi (76.000 euro) al mese al fianco di Gianni Bugno.
Gli viene proposta l’EPO, lui rifiuta. «Me lo potevo permettere», spiegherà. «Avevo guadagnato un bel po’ di soldi, la mia carriera era ormai consolidata. Ma come avrei agito se avessi avuto cinque o sei anni in meno?»
Un bel giorno dell’agosto 1993, si ritirerà senza clamore né annunci, al termine del Gran Premio di Plouay, all’età di trentatré anni. Le ragioni che lo spinsero ad abbandonare la professione in quel piccolo comune del Morbihan, lontano dalle consuete cerimonie, in un momento di calma mediatica, erano in linea con il suo carattere, inclassificabile e raffinato.
Al momento di trarre il bilancio, che cosa restava del suo passaggio nel ciclismo? Un ricordo radioso del suo primo Tour, momenti di grande audacia sul Poggio… E anche l’immagine di un campione ribelle, infastidito in certi giorni dai propri tifosi e che, secondo Guimard, «non era fatto per conquistare l’uomo della strada».
Rimane anche la sua acutissima rivalità con Hinault, purtroppo interrotta da problemi fisici. I due uomini continuarono a mantenere buoni rapporti dopo la fine della carriera, prima che Fignon ferisse il suo ex rivale, con alcune frasi maldestre, nella sua autobiografia caustica e liberatoria, pubblicata poco prima del Tour de France 2009 da Grasset (Eravamo giovani e spensierati), quando ancora non sapeva che un cancro lo avrebbe presto devastato. In essa ripercorre la sua carriera senza risparmiarsi e senza mai atteggiarsi a eroe. Racconta i suoi errori, le sue deviazioni, i costumi e le pratiche dopanti della sua epoca legate a un certo folklore. Sì, aveva assunto amfetamine e cortisone. Sì, si era dopato, ma come gli altri, «perché si fa parte di un sistema», e a volte in modo festoso. E non si era mai vergognato del proprio comportamento. «Ho fatto quello che dovevo fare», diceva, «il mio mestiere, senza esagerare».
Era profondamente convinto che lo sport agonistico non facesse bene alla salute: «Si parla molto di doping, ma bisogna essere realistici: gli sforzi che si chiedono al corpo e la pressione a cui si è sottoposti finiscono per ridurre l’aspettativa di vita». Sul doping, aveva questa opinione: «Ai miei tempi, i prodotti erano irrisori e le imprese notevoli, poi è stato il contrario.» Aveva espresso la sua verità senza rancore e con intento caritatevole, dopo aver preso coscienza di aver partecipato, lui come gli altri, alla «dinamica del doping». «Noi corridori siamo tutti, ciascuno al proprio livello, responsabili di ciò che è accaduto nel 1998 con il caso Festina». Si sentiva in debito nei confronti del ciclismo, che oggi lo saluta come un uomo vero e profondamente onesto, il cui splendore ci accompagnerà a lungo...
(*) Riferimento allo scrittore francese Paul Morand. Indica una figura cosmopolita, cinica, raffinata ed estremamente legata all'estetica della velocità, della modernità e del disincanto del primo Novecento.
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La bicicletta, la sua vita
Dopo il ritiro dalle competizioni, Laurent Fignon è rimasto molto attivo nel mondo del ciclismo... contrariamente a quanto immaginava.
1 settembre 2010 - L'Équipe
JEAN-LUC GATELLIER
OTTOBRE 1993, Giro di Lombardia. Laurent Fignon non è più un corridore. Ha disputato la sua ultima gara alla fine dell’estate. Inizia una carriera come consulente per Eurosport. Sulle rive del Lago di Como, lungo le quali percorre su una Panda a noleggio, scopriamo un altro uomo. Allegro. Scherzoso. L’opposto del Fignon campione. Liberato dal peso delle gare, del suo mestiere, del suo status. Inizia una nuova vita. All’insegna di una vita spensierata, simboleggiata da quelle interminabili partite di golf, la sua nuova passione. Poi arriva il giorno in cui «(lui) si stanca di non fare più nulla». Come tanti altri prima di lui, ha giurato che non sarebbe rimasto nel ciclismo. E, come loro, si immerge con naturalezza nell’ambiente in cui si è fatto un nome, perché è il mondo che conosce meglio. «Ho interrotto gli studi per dedicarmi al ciclismo, quindi che cosa potrei conoscere meglio del ciclismo?», si giustificava colui che la stampa soprannominava agli esordi «l’intellettuale del gruppo». Si mette in società con Alain Prost per aprire un negozio di articoli sportivi a Boulogne-Billancourt, vicino a Parigi. Ma l’attività è in perdita. Parallelamente ai suoi interventi su Eurosport, fonda la Laurent Fignon Organisation (LFO) e si lancia nell’organizzazione di gare ciclistiche dilettantistiche nell’Île-de-France. Si rimbocca le maniche, installa le transenne e segna i percorsi sulle strade provinciali.
Cede in diretta
Gli manca però l’alto livello. Nel 2000 investe gran parte della sua modesta fortuna nell’acquisizione della Parigi-Nizza dalla famiglia Leulliot. Si lancia in un’altra sfida contro il tempo: trovare i fondi per chiudere il bilancio. «A volte», raccontava con tono seccato, «gli imprenditori sapevano in anticipo che non avrebbero sponsorizzato la mia gara, ma mi ricevevano comunque, solo perché volevano incontrare Fignon». «La cosa più difficile da ammettere, riconosceva, è che non farai mai nulla di così appassionante come andare in bicicletta e che non guadagnerai mai più così tanti soldi. Sono stato il numero uno al mondo tra i corridori e so che non sarò mai il numero uno tra gli organizzatori». Dopo sole due edizioni, cede la «Corsa al sole» all’Amaury Sport Organisation, l’organizzatore del Tour de France. Organizza stage nei Pirenei rivolti al grande pubblico e vende il proprio nome a una catena della grande distribuzione che commercializza biciclette di fascia bassa. Fignon riappare sugli schermi nel 2006 per commentare il Tour de France su France Télévision. Si diverte a raccontare la gara. Difende anche il proprio punto di vista con fermezza. «Ho vinto due volte il Tour», afferma con tono secco il giorno in cui Laurent Jalabert, dalla sua moto, non ne condivide l'opinione. Dimostra che in lui il ruolo di leader è ancora vivo. Ma quando scoppia in lacrime, in diretta, durante l’ultima tappa del Tour 2009, nel corso del quale i suoi interventi sono stati intervallati da sedute di chemioterapia, i telespettatori hanno il cuore pesante. Tornerà comunque un anno dopo. Con le corde vocali logorate dalla malattia. Per un ultimo Tour all’insegna della festa.
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Le sue vittorie principali
Tour de France (1983, 1984 + 9 tappe: 1 nel 1983, 5 nel 1984, 1 nel 1987, 1 nel 1989, 1 nel 1992). Maglia Gialla per 22 giorni (6 nel 1983, 7 nel 1984, 9 nel 1989).
Giro d'Italia (1989 + 2 tappe: 1 nel 1984, 1 nel 1989). Maglia rosa per 16 giorni (1 giorno nel 1982, 6 giorni nel 1984, 9 giorni nel 1989).
Giro di Spagna: 2 tappe (1 nel 1983, 1 nel 1987).
GARE A TAPPE
Critérium International (1982, 1990); Settimana Siciliana (1985); Giro della Comunità Europea (1988); Giro dei Paesi Bassi (1989); Ruta Mexico (1993); 1 tappa della Tirreno-Adriatico (1983); 2 tappe del Giro di Romandia (1984); 1 tappa del Dauphiné Libéré (1986); 1 tappa del Giro dei Paesi Bassi (1987); 2 tappe della Parigi-Nizza (1987).
GARE DI UN GIORNO
Campionato di Francia (1984); Milano-Sanremo (1988, 1989); Freccia Vallone (1986); GP di Plumelec (1983); Parigi-Camembert (1988); GP delle Nazioni (1989); Trofeo Baracchi e GP di Baden-Baden (con Thierry Marie, 1989).
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1982
NEOPROFESSIONISTA SFORTUNATO
Proveniente dall’US Créteil, Laurent Fignon passa al professionismo con la Renault-Gitane e dimostra subito il suo talento vincendo il Critérium International e indossando per un giorno la maglia rosa del Giro, che conclude al 15° posto. Ma il grande pubblico lo scopre in un’altra occasione (nella foto a fianco), quando il suo volto sconvolto invade gli schermi. Seduto sull’asfalto, con la pedivella staccata dal telaio della bicicletta e trattenuta al piede come un’appendice ormai inutile, Fignon viene tradito dalla meccanica proprio mentre sta aumentando il distacco e si appresta a vincere la classica Blois-Chaville. La sua leggenda prende forma in un’atmosfera drammatica.
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1983-1984
GLI ANNI FOLLI
Una maglia gialla vincitrice a La Plagne nel 1984 (a sinistra): l’immagine per eccellenza del trionfante Fignon. Quell’anno, dopo aver conquistato il suo unico titolo di campione di Francia (qui sotto, circondato da Éric Dall’Armelina [a sinistra] e dal suo amico Pascal Jules), dominò il Tour a tal punto da affermare che Hinault lo aveva «fatto ridere di gusto» nella tappa decisiva dell’Alpe d’Huez, dove il bretone non smise mai di attaccare per poi perdere alla fine 2’55’’ sul suo rivale. Due giorni dopo La Plagne, Fignon si impone nuovamente a Crans-Montana, prima di consolidare la sua superiorità nella cronometro di Villefranche-sur-Saône, vinta davanti a Kelly e Hinault. A Parigi, Hinault è a più di dieci minuti (10’32’’). La Francia aveva così un campione straordinario, scoperto l’anno precedente quando si era rassegnata a vivere un anno «in bianco» in assenza di Hinault, alle prese con problemi alle ginocchia. Fignon aveva «ereditato» la Maglia Gialla abbandonata da Pascal Simon, costretto al ritiro a causa di una frattura della scapola. Ma ebbe poi il merito di tenere a bada gli scalatori nelle Alpi prima di dominarli nella cronometro di Digione, alla vigilia dell’arrivo a Parigi. A ventidue anni, aveva così vinto il primo Tour a cui partecipava, come solo prima di lui Robic, Coppi, Koblet, Anquetil, Gimondi, Merckx e Hinault erano riusciti a fare.
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1986-1987
GLI ANNI BUI
Dopo una stagione 1985 in cui si sottopose a un intervento chirurgico al tendine d’Achille sinistro, tornò alla ribalta vincendo la Freccia Vallona nel 1986, ma si ritirò dal Tour a Pau. L’anno successivo, nonostante un terzo posto alla Parigi-Nizza e alla Vuelta, e una vittoria di tappa al Tour a La Plagne, si ricordano soprattutto i nove minuti persi su Jean-François Bernard nella tappa a cronometro del Ventoux e l’immagine terribile di un Charly Mottet partito otto minuti dopo di lui e che lo supera nel Gran Premio delle Nazioni per guadagnargli altri quattro minuti (nella foto a fianco).
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1988-1989
GLI ANNI ITALIANI
Tipico di Fignon: nel 1988 riprende il filo della sua storia vincendo la Milano-Sanremo (nella foto), ma si frattura il polso alla Liegi-Bastogne-Liegi. Tuttavia, la sua carriera è decisamente rilanciata e, nella stagione successiva, realizza una doppietta rara vincendo nuovamente la Milano-Sanremo. Dimostra soprattutto di non aver perso nulla delle sue capacità in una gara di tre settimane vincendo il Giro d’Italia (qui sotto). Nello stesso anno, quasi a voler esorcizzare definitivamente la «botta» del 1987, stabilisce un record di velocità al Gran Premio delle Nazioni (45,660 km/h). Questi «anni italiani» sfocieranno in un «patto di matrimonio», poiché Fignon concluderà la sua carriera come gregario di Gianni Bugno alla Gatorade (1992-1993), maglia con cui conquisterà il suo ultimo successo significativo, la tappa di Mulhouse del Giro del 1992.
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1989
OTTO SECONDI DI ETERNITÀ
Nonostante il suo palmares eloquente, è il Tour del 1989, perso per otto secondi, che viene ricordato per primo quando si parla di Laurent Fignon.
di Gilles Comte
GLI OTTO SECONDI che hanno separato Greg LeMond da Laurent Fignon nel Tour del 1989 sono entrati nella storia del ciclismo come il più piccolo distacco mai registrato tra un vincitore e il suo secondo classificato. Otto secondi. Il loro impatto va ben oltre la traccia lasciata negli annali. Fanno parte di un’incredibile vicenda drammatica che ha perseguitato Laurent Fignon per tutta la vita. Dieci anni dopo, in ennesimo ricordo di quell’episodio, raccontava: «Fu Michel Jazy ad avvertirmi: “Vedrai, non ti parleranno d’altro”, proprio come a lui non si parlava d’altro che di Tokyo». (*)
Gli si erano attaccate addosso. Come quella Maglia Gialla, sotto l’effetto del sudore, che all’improvviso sembrava comprimergli il torace e che lui aveva strappato fino all’ombelico, sull’orlo di un soffocamento che non aveva nulla di fisico. Se fosse stato solo, probabilmente avrebbe urlato. Ma era a terra, seduto, circondato da un cerchio di volti chini su di lui sui quali si leggevano incomprensione, stupore e, cosa ancora peggiore per il suo valore profetico, quella compassione che sarebbe servita per sempre da terreno fertile al ricordo dei famosi otto secondi. Poco più in là, poco prima, l’immagine di Greg LeMond aveva fatto il giro del mondo grazie al primo piano di una telecamera. Anche la maglia ADR era spalancata; sembrava non sentire più Jean-Paul Ollivier che contava il tempo al suo fianco, gli occhi blu come grandi biglie rivolti verso il cielo, le braccia sollevate a metà, pronte a scattare. Prima dell’esplosione di gioia. Era il 23 luglio, sugli Champs-Élysées, e Greg LeMond aveva appena realizzato l’impensabile.
Tra Versailles e il traguardo tracciato a metà del famoso viale parigino, al termine di una cronometro individuale di 24,5 km, l’americano aveva recuperato 58 secondi su Laurent Fignon. Otto di troppo. Nessuno aveva creduto a questa incredibile svolta. «Francamente, avevo cinquanta secondi di vantaggio, ed è proprio quello che avevo perso in oltre 70 chilometri (56’’ in 73 km durante la quinta tappa a cronometro di Rennes). A metà percorso, non ci facevamo troppe preoccupazioni», avrebbe ammesso in seguito Laurent Fignon su *Vélo Magazine*.
«La vita è ancora lunga»
Imperioso negli ultimi giorni della gara, il francese aveva strappato per 26 secondi la maglia gialla a LeMond all’Alpe d’Huez, aveva vinto il giorno dopo a Villard-de-Lans, dove aveva portato il suo vantaggio a 50 secondi, e aveva esitato per poi rinunciare, a 48 ore dagli Champs-Élysées, di percorrere da solo gli ultimi 70 chilometri nella Chartreuse dopo aver staccato tutti, senza nemmeno volerlo, sul Col du Cucheron.
Sulla scia di quei tre giorni magici, un’infiammazione alla sella si era insinuata insidiosamente. Da parte sua, LeMond, a cui era stato montato un manubrio da triathlon per una questione di aerodinamica, sapeva di non avere più nulla da perdere. Dieci anni dopo, Fignon faceva questa riflessione: «È certo, per l’orgoglio, per la carriera, bisognava vincere quel Tour. Ma, per il futuro, bisogna dire che è meglio aver perso. E il resto della vita è lungo...»
GILLES COMTE
(*) Michel Jazy, grande favorito della finale dei 5.000 metri alle Olimpiadi di Tokyo del 1964, si era classificato solo quarto.
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Gli anni di Platini, Noah, Prost…
SI ERA IN PIENO periodo disco. Erano anche gli “anni del denaro”, simboleggiati da un Bernard Tapie che aveva appena capito che lo sport gli avrebbe permesso di raggiungere la grande notorietà. Prima di approdare al calcio, ci era arrivato attraverso il ciclismo… Fino ad allora, lo sport francese non se la passava bene. L’epopea dei «Verts» di Saint-Étienne aveva avuto un impatto tanto più forte nel cuore degli anni Settanta in quanto, per lo sport francese, era sempre stata una missione impossibile. Era l’epoca in cui non ci si stupiva se la nazionale francese non partecipava ai Mondiali di calcio. Al Roland-Garros, era già un evento quando Patrick Proisy riusciva a raggiungere una finale (1972). I grandi successi erano un’eccezione, come ricordò Guy Drut a Montréal (1976). In Francia, lo sport si era abituato alla sconfitta. A cavallo tra gli anni ’70 e ’80, Bernard Hinault, Jean-Pierre Rives e Serge Blanco dimostrarono che la Francia era forte soprattutto negli sport che non erano (ancora) universali. E poi, la nazionale francese di calcio, che subì una sconfitta così crudele contro la Germania Ovest a Siviglia nelle semifinali dei Mondiali del 1982, sembra paradossalmente aprire la strada. Due anni dopo, il calcio francese conquista il titolo europeo, il suo primo grande trofeo, grazie alla generazione di Platini, nell’anno (1984) in cui Laurent Fignon domina il suo secondo Tour de France. Nel frattempo, Yannick Noah contribuisce enormemente a diffondere la popolarità del tennis battendo Mats Wilander nella finale degli Internazionali di Francia, al Roland-Garros (1983). E Alain Prost, al volante della sua Renault, inizia a collezionare una vittoria dopo l’altra nei Gran Premi. Quegli anni erano anche gli anni della Renault. «Platoche», Prost, Noah, Hinault e poi il «look» di Fignon: ecco l’immagine trionfante dello sport francese di quella prima metà degli anni Ottanta, anni gloriosi.
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LA SUA CARRIERA IN CIFRE
22 - 22 anni, 11 mesi e 19 giorni. La sua età quando vinse il suo primo Tour, nel 1983. All’epoca era il settimo vincitore più giovane della storia.
12 - ANNI trascorsi tra i professionisti, dal 1982 al 1993.
4 - LE SUE SQUADRE da professionista
Renault: 1982-1985
Système-U: 1986-1989
Castorama: 1990-1991
Gatorade: 1992-1993
3 - GRANDI GIRI (2 Tour de France, 1 Giro d’Italia)
2 - VITTORIE alla Milano-Sanremo (1988, 1989).
1 - Maglia di miglior scalatore al Giro del 1984.

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