Mashburn, promesse au vent


Jamal Mashburn en 2000, sous les couleurs du 
Miami Heat face aux New York Knicks de Latrell Sprewell.

Businessman avisé depuis sa retraite sportive en 2006, l’ancien ailier semblait à sa place dans le rôle du sauveur de l’AS Monaco, avant que le projet ne s’effondre au tout dernier moment.

3 Aug 2026 L'Équipe
DAVID LORIOT (avec Ar. L.)

Jamais, sans doute, la lumière ne sera totalement faite sur ce qu’il s’est réellement passé en trentesix heures, lors de cette semaine irréelle à Monaco. Jeudi, en fin de journée, le champion en titre semblait sauvé in extremis des flammes de la disparition, avant de brûler vif l’immense espoir sur l’autel de la sidération, samedi midi. Entre le secret professionnel des uns, les allégations des autres et les ressentis des uns et des autres, difficile de jeter sur ce dossier complexe–sur ce point-là au moins, tout le monde est d’accord – une vérité rationnelle et certaine.

Mais un nom ressort au milieu du brasier qui consume aujourd’hui la tunique de la Roca Team et renvoie le basket monégasque au plus loin des cieux professionnels. Ce nom, c’est celui de Jamal Mashburn, qui a porté sur ses épaules, depuis plus de deux mois et jusqu’au dernier coup de dés, le plan de reprise providentiel, via son fonds d’investissement, Helen Holdings.

En fin de semaine, tous pensaient que l’affaire était faite. Que le refus d’engagement en première instance, prononcé par la DNCCG le 3 juillet, allait être gommé par la chambre fédérale d’appel. Les garanties bancaires à hauteur de 10M€ étaient au coffre, assurait-on. Et puis. Et puis vendredi soir, à 21 heures, Mashburn n’avait toujours pas signé les actes validant le plan de reprise. Le temps était passé, le sablier écoulé, Monaco éjecté.

Certains avancent que l’ancien All-Star (2003) aux 663 matches NBA, l’ailier all-around au talent offensif évident, a peut-être pris peur à l’instant de s’engager. D’autres, au contraire, estiment que le bonhomme, homme d’affaires madré, n’avait approché le Rocher que pour réaliser « un coup». Ce qui apparaît aussi, c’est que les vues de Mashburn et celles de la Principauté différaient encore à l’instant de parapher la proposition, l’ancien du Miami Heat garantissant un an de vie au club via un apport de 10 millions, quand l’État monégasque aurait voulu un peu plus de sérénité sur le long terme et un engagement sur trois ans et 30 millions.

Très tôt, il prend un virage business

Reste que l’échec de ce projet, « au buzzer », pour reprendre les termes du président de la LNB Philippe Ausseur, est aussi violent que soudain. Il y a un peu plus de deux mois, quand le directeur exécutif du club, Oleksiy Yefimov, débarque au Final Four d’Euroligue à Athènes avec Mashburn sous le bras, il se dit alors qu’il a déniché la personne idoine.

À 53 ans, Mashburn est un bel exemple de réussite post-carrière NBA, laquelle carrière n’a sans doute pas eu les enluminures espérées. Casté comme l’un des meilleurs lycéens new-yorkais de sa génération, star des Kentucky Wildcats (NCAA), Mashburn, drafté en 4e position par Dallas en 1993, avait le physique et le jeu pour tout envoyer valser en NBA. D’ailleurs, les chiffres sont cossus au bout du bout, avec 19,1 points, 5,4 rebonds et 4 passes de moyenne en carrière. Et ce malgré des tracasseries récurrentes à un genou qui l’ont contraint à se retirer avant l’heure.

Mais en parallèle, Mashburn a très tôt ouvert la focale business. Pour faire fructifier ses 80 millions de dollars de gains NBA (environ 70M€), il touche à tout très vite et avec souvent une belle réussite : immobilier, concessions automobiles, restauration rapide, chevaux de course, rénovation de péniches… En 2012, il candidate même pour racheter la franchise des New Orleans Hornets.

Monaco pourrait ne pas recourir au CNOSF

Aujourd’hui, on lui prête un joli petit empire, un portefeuille diversifié dans près de 90 entreprises, avec des investissements fructueux dans les franchises de restauration rapide (Outback Steakhouse, Papa John’s notamment). Difficile donc d’imaginer que le bonhomme taillé en V et en liasses ait pris peur à l’instant de s’engager sur le Rocher.

Ou alors, c’est le basket français qui, finalement, ne lui convient pas. Il y a cinq ans, sa première approche du milieu, à Pau, fut un sacré pas de travers. À l’époque, Mashburn, au même titre que l’ancien coach des Knicks Rick Pitino, fait partie du consortium Counterpointe Sports Group, qui rachète l’Élan Béarnais en 2021, avant de le revendre un an plus tard, sous le poids d’un déficit d’exploitation de près de 2,5M€.

Dans cette affaire, Mashburn prête surtout son nom au projet, bien plus qu’une réelle expertise. D’ailleurs, s’il est actionnaire minoritaire dans le tour de table, en tant que personne physique, il ne va tenir aucun rôle véritablement opérationnel dans cette éphémère histoire paloise. Une première accroche avec le basket français qui n’a pas laissé d’impérissables souvenirs.

Cinq ans plus tard, à Monaco, il a eu cette fois les rênes en mains, avant de les lâcher au tout dernier moment et de laisser filer au vent l’ultime promesse. Aujourd’hui exclu du basket professionnel, l’AS Monaco a les mains vides et les derniers bruits entendus hier laissaient même penser que le club pourrait ne pas recourir au CNOSF. Mashburn s’en est allé. Et le match est peut-être terminé.

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