Un ciel vainqueur
Les coureurs réunis dans l’escalier central de l’hôtel
IGESA Village Club Mont-Louis Les Sorbiers, qui les a abrités .
Fouetté et aveuglé par la grêle, le peloton s’est arrêté à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée à Font-Romeu, hier, et l’organisation de la Vuelta a annulé cette 3e étape. Abrités dans un hôtel ou par des spectateurs, les coureurs ont vécu l’inédit en sécurité.
«C’était vraiment brutal, soudain.
Et c’était tout de suite impraticable, même en voiture.
On ne voyait plus rien mais on n’entendait plus rien à la radio non plus»
- BENOÎT VAUGRENARD, DIRECTEUR SPORTIF
DE GROUPAMA-FDJ UNITED
25 Aug 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
FONT-ROMEU (PYRÉNÉES-ORIENTALES) – À la vue de cette maison éventrée par les flammes, de ces collines brunies par les incendies en Conflent, où le peloton est passé à une trentaine de bornes de la ligne, ce lundi, on en voulait d’abord au ciel pyrénéen de ne pas avoir accouché de ces trombes d’eau quelques kilomètres plus bas et quelques semaines plus tôt. En comparaison de ce paysage tragique égayé seulement par la présence de spectateurs à l’ombre des essences survivantes, l’annulation de cette 3e étape de la Vuelta pour cause de conditions climatiques extrêmement inverses n’est pas si dramatique.
« On n’était quand même pas dans le scénario catastrophe, notait Alexis Renard (Cofidis). Mais c’est vrai que je n’avais jamais vu ça, les rares images que j’avais d’aussi gros grêlons, c’était aux infos à la télé. » Dans cet été de sécheresse à en oublier les chaussures de pluie quand il les fallait enfin, on vit tout de même certaines scènes de fuite apocalyptiques, comme cette femme accourant avec une poussette en quête d’un abri pour son petit, ou ces familles de touristes accueillies dans une salle de presse surpeuplée.
Le peloton, lui, fut rapidement à l’abri. « Les coureurs et l’organisation ont eu raison de s’arrêter, louait Maarten Wynants, le directeur sportif de Visma-Lease a bike. C’était plus sûr pour tout le monde d’annuler la course parce que les conditions météo étaient juste trop dangereuses pour continuer. »
En milieu d’après-midi, l’orage prévu avait déjà commencé à se déchaîner sur la ligne d’arrivée, où le bruit de la foudre s’entendait jusqu’au micro des commentateurs de la télévision espagnole. Après les grosses averses, la grêle qui recouvrit d’emblée le bitume d’une pellicule gelée commença à remettre en cause l’arri vée à Font-Romeu, alors que le peloton était encore au sec au pied de l’ascension de Mont-Louis, où il faisait 33°C.
Sous l’impulsion des UAE Emirates-XRG, qui avaient visiblement très envie de remporter l’étape, l’échappée se réduisait, et au bout de quelques kilomètres de montée, il ne restait plus que Matz Wenzel (Kern-Pharma) en tête, rejoint par un contre de Lorenzo Fortunato (XDS-Astana)… Et ce fut tout. Plus de son ni d’image. Les intempéries – qui firent chuter la température à 10°C – brouillaient tout.
« On était juste derrière le peloton à ce moment-là, car on remontait pour donner un K-Way à Rudy Molard, raconte Benoît Vaugrenard, directeur sportif de Groupama-FDJ United. Il pleuvait déjà fort, mais vingt secondes après, il s’est mis à grêler. C’était vraiment brutal, soudain. Et c’était tout de suite impraticable, même en voiture. On ne voyait plus rien mais on n’entendait plus rien à la radio non plus. »
Sur un plan filmé à moto, on aperçoit alors le groupe Maillot Rouge se scinder, certains coureurs cherchant déjà un abri, puis Tadej Pogacar en tête pour faire un signe au reste des courageux de s’arrêter. « Les coureurs avaient mal, relate Jean-Marc Marino, régulateur en course.
Kiko Garcia (directeur technique de la Vuelta) a annoncé la décision, et comme je connaissais bien le coin, je savais qu’il y avait un hôtel un peu plus haut. Donc j’ai arrêté les deux premiers coureurs puis le peloton au sommet (du col de Mont-Louis, à 16 km de la ligne) pour les mettre à l’abri. Dans notre malheur, on a eu de la chance qu’il y ait un hôtel à cet endroit. Certains ont pu se changer dedans. Puis je suis monté à l’arrivée pour faire redescendre les bus. »
Les organisateurs de la Vuelta – déjà contraints d’arrêter certaines étapes en raison de manifestations pro-palestiniennes l’an dernier – ont suivi le protocole météo de l’Union cycliste internationale (UCI), qui leur permet d’annuler la course en cas de « mauvaise visibilité » ou de « chutes de neige ou routes verglacées » .
« Ça faisait très mal, la grêle fouettait », décrit Paul Ourselin. Si ce critère n’est pas prévu dans le cadre réglementaire, le coureur de Cofidis assure aussi « qu’on ne voyait plus rien, c’était vraiment dangereux, ça glissait, on ne pouvait pas faire la descente dans ces conditions. Il y avait des sortes d’inondations, d’éboulements sur la route, la sécurité n’était plus garantie ».
Dans la cohue, de leur propre chef, par mimétisme ou informés de la décision de course, « les coureurs ont commencé à s’arrêter, à chercher à s’abriter sous des garages » , relate Vaugrenard. D’autres ont trouvé refuge sous des arbres. « Puis, par chance, il y avait ce grand hôtel. Les gens ont été super sympas, ils ont donné des serviettes, servi des thés, ils ont même filé des chambres pour que les coureurs puissent se doucher. »
« Certains coureurs, les derniers, ont roulé quinze ou vingt minutes sous la grêle le temps d’arriver là-haut » , précise Marino. Ce fut le cas d’Alexis Renard, présent dans le gruppetto. « On s’est d’abord abrités sous l’auvent d’une caravelle avec des supporters. On attendait que ça se calme puis on s’est changé pour remonter les trois kilomètres qu’il restait. »
On repensait alors aux déclarations involontairement prémonitoires de Cyril Dessel (directeur sportif de Decathlon-CMA CGM) dans la chaleur humide de Gruissan, avant le départ : « Sur un grand Tour, il y a tout le temps des petites surprises sur une première arrivée au sommet. »
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