Bromance à Bromont
Paul Seixas, Jordan Jegat, Nicolas Prodhomme et le sélectionneur Thomas Voeckler,
hier, à l’entraînement, sur les routes canadiennes.
À travers ce long séjour dans le doux Québec, la génération autour du leader Paul Seixas s’est réapproprié l’esprit convivial de l’équipe de France. Un groupe est en train de se forger pour dimanche et au-delà.
24 Sep 2026 - L'Équipe
TEXTE : LUC HERINCX, THOMAS PEROTTO et ALEXANDRE ROOS
PHOTOS : ÉTIENNE GARNIER
BROMONT (CANADA) – Dans l’attente d’un départ collectif vers les lignes droites infinies découpant d’immenses forêts rougies par l’automne, Alex Baudin chambre « le tigre » pour son retard. Comme Nicolas Prodhomme et Jordan Labrosse, le Savoyard va disputer ses premiers Mondiaux mais a déjà adopté l’esprit facétieux d’une équipe de France familière, les bizuths étant tous issus du Chambéry Cyclisme Formation.
Passé par le même club formateur, le félin en question, Paul Seixas, s’excusera plus tard. Il vient d’émerger dans le sillage de Thomas Voeckler, sélectionneur aux petits oignons qui lui escorte son vélo pour ne pas perdre plus de temps avant les entraînements dans les plaines autour de Bromont, à une heure de Montréal. « Il y a de beaux parcours au milieu de la nature, ça change un peu de l’Europe, même si nos montagnes nous manquent » , détaille Baudin en souriant. « Il y a beaucoup de chemins très larges, propres, ça ajoute de la variété, savoure Seixas. Les feuilles commencent à changer de couleur, on prend le temps d’admirer les paysages. »
Les Français ont installé leur camp de base ici, il y a une dizaine de jours, d’abord en semi-autonomie dans des appartements, puis dans un hôtel-château depuis dimanche. Avec Voeckler en patou pour fermer la marche, les troupes décollent dans la bonne humeur ce mercredi, vers dix heures – « allez, on fait genre qu’on s’aime bien pour la photo de groupe » , ironise un coureur - puis se disloquent dès le deuxième virage, Baudin et Valentin ParetPeintre optant pour une direction opposée.
« Thomas connaît très bien le vélo et il sait que ça a totalement changé depuis qu’il était coureur, note le doyen Bruno Armirail (32 ans). Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas faire le même entraînement, l’un va avoir cinq heures, l’autre deux heures avec des intensités, un autre trois heures… C’est la force de Thomas, certains anciens pourraient dire :“Ici, c’est l’équipe de France et on fait comme ci.”Mais il n’est pas à la rue. Et quand il sera à la rue, je le serai aussi. »
Entre le cyclisme révolutionné par le « wattage » et l’artisanat de l’ancien temps, l’équipe de France incarne un refuge convivial avec des compromis adaptés au vélo moderne. Un staff resserré autour des coureurs qu’il a pour la plupart déjà choyé dans les sélections jeunes, pas de traitement de faveur et la vie de groupe au-dessus de tout, mais des programmes individualisés et pointilleux.
« Ce qui est bien, c’est qu’on n’a pas 40 personnes autour de nous, on est un peu au calme, a savouré Seixas après sa semaine dans les chalets québécois. C’est bien d’avoir l’équilibre. On a fait une semaine loin de la course en ligne, il y avait moins de stress, c’était une semaine de cohésion. »
Cette indépendance accordée aux Bleus toute la semaine dernière, une idée de Voeckler, a nourri des souvenirs et une harmonie pour l’ère – peut-être une décennie – qui s’ouvre autour de l’enfant prodige, qui fête ses 20 ans aujourd’hui. « Je crois que la sélection ne se fait pas que sur les puissances et résultats mais aussi sur la faculté à travailler en équipe, souligne Baudin.
Après avoir passé autant de jours ensemble ici, on va être capables de se tuer pour Paul sans arrière-pensée dimanche. Bon, s’il était con, on aurait bossé quand même, mais il ne l’est pas et ça tombe bien ( rires). » Présents tous les deux au Canada depuis déjà deux semaines, comme Prodhomme, ils se sont réunis dans un premier hébergement dans la foulée des Grand Prix de Québec et Montréal. Labrosse, Armirail et Rémi Cavagna, trio masculin du relais mixte, ont occupé un autre appartement jusqu’aux épreuves contre-la-montre, laissant Paret-Peintre, Jordan Jegat et Pavel Sivakov dans le dernier logement.
« Le soir, on mangeait tous ensemble dans un seul appartement, précise Armirail. Ce fonctionnement nous a permis d’occuper le temps libre, on passe vite une demi-heure, voire une heure à faire à manger, à faire la vaisselle… Puis le soir, on discutait pendant une heure et demie à table, on restait tous ensemble après le dîner. » « Je pense que ça peut faire peur aux autres équipes, qui vont voir que la France est là depuis deux semaines et qu’on est une belle bande de copains prêts à bosser pour un leader » , pointe ParetPeintre. « On est prêts à faire quelque chose de beau tous ensemble » , assure Seixas.
Derrière Baud in« élu cuistot de l’équipe » , a reconnu l’intéressé, chacun a eu un rôle à jouer dans les tâches domestiques. « Moi, je regardais les autres bosser, a confessé Paret-Peintre dans un rire. Ça me laissait du temps pour faire des blagues, j'étais là pour la bonne ambiance avec Jordan Jégat (sourire). »
Dès cet hiver, Voeckler a toutefois veillé à conserver certaines fondations en s'appuyant sur deux relais expérimentés, Sivakov et Armirail, respectivement lieutenant chez UAE Emirates-XRG et capitaine de
route de Visma-Lease a bike. « C'est une marque de confiance, apprécie le Pyrénéen. Je pense que c'est aussi par rapport à l'organisation autour. »
Armirail a notamment pris l'habitude de tracer certains parcours d'entraînement, veillant à éviter les stops et les feux rouges pour faciliter les exercic es de chacun. « Il y a un héritage qui a été laissé par Alaphilippe, et Pavel est là pour assurer la transition entre ces jeunes générations », comprend Paret-Peintre. « Pour l'instant, je ne me compare pas à Julian, il a été deux fois champion du monde et je ne peux que respecter ça », prévient Seixas.
Cette cohésion s'est étendue à l'équipe féminine avec le côtoiement mixte des spécialistes du contre-la-montre à l'hôtel de Brossard, en banlieue de Montréal. « Comme tous les ans, on joue tous les soirs au Loup-garou, il y a une super ambiance, on est une petite famille, loue Cédrine Kerbaol. Cette ambiance, on la retrouve sur le vélo. »
Tout le monde va finir par se retrouver là-bas à l'approche des courses en ligne, le déménagement de l'équipe masculine étant prévu aujourd'hui. « On ne pensait pas trop au Mondial pour l'instant, c'est pas mal, on peut travailler sereinement, rigoler, développe Paret-Peintre. Mais je pense qu'à partir de demain (aujourd'hui), à Brossard, la pression va monter. » Et les bavardages tactiques vont s'intensifier avec une excitation palpable autour du plan de Voeckler, à quiles sélectionnés accordent une confiance aveugle, renforcée par la réussite des coups originaux de son mandat.
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24 Sep 2026 - L'Équipe
Bromont, épicentre des Mondiaux
Une première partie de l’équipe de France avait posé ses valises dans un appartement à Bromont le soir du Grand Prix de Montréal. En même temps que six Belges, dans un unique chalet, puis dans trois lorsque le reste de la sélection est arrivé. Bromont est devenu en l’espace de deux semaines l’épicentre du cyclisme mondial. Cela avait été le cas aussi début septembre, quand la majorité des cyclistes venus d’Amérique du Sud et centrale (24 cyclistes de 20 pays) étaient venus participer à un camp d’entraînement du Centre national de cyclisme de Bromont. C’est aussi l’endroit où était organisé hier la journée des fédérations de l’Union cycliste internationale. Un lieu où la nature est reine et où les coureurs ont pu planifier leurs sorties sur d’immenses lignes droites, avec pas mal de descentes et de montées, des sections gravel, pour différents exercices en fonction des entraînements. Outre la Belgique et la France, les Italiens et les Slovènes avaient aussi élu domicile ici.
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Une journée dans la «colo» canadienne
24 Sep 2026 - L'Équipe
L. He., Th. P. et A. Ro.
9 h - 9 h 30
Petit déjeuner, préparatifs et photos de groupe
À chacun son rythme en ce début de matinée. Pendant que Paul Seixas attend désespérément l’ascenseur, Valentin Paret-Peintre termine son déjeuner dans la salle des Quatre Canards. Le Beagle Club n’a pas encore relié les fils des tireuses à bière mais la Salle Sutton, elle, à dix mètres, est ouverte. Les vélos des coureurs sont alignés, leur paquetage aussi, et ils viennent un par un se préparer. Avant de se retrouver tous dehors pour la photo de groupe, et de partir s’entraîner avec leur sélectionneur, Thomas Voeckler.
10 h - 13 h
Sorties échelonnées et paysages d’automne
Les Bleus partent tous ensemble s’entraîner, mais les chemins se séparent assez vite.
Alex Baudin et Paret-Peintre partent sur la gauche quand le reste de la troupe vire à droite, au milieu des magnifiques paysages couleur d’automne. Pavel Sivakov prend parfois le large pour faire ses intensités en solo. Paret-Peintre est le premier à rentrer, 1 h 30 seulement de sortie pour lui, suivi par Baudin et son sac de course, alors que Seixas s’inflige trois heures sur son vélo. Les sorties et les exercices sont différents, même si l’objectif de dimanche est le même pour tous.
14 h - 17 h
Ateliers médias
Pendant trois heures, les Bleus enchaînent devant micros, caméras, stylos ou pastilles vidéos, en toute décontraction. À rebours des contraintes imposées le reste de l’année dans leur équipe et à quatre jours d’un rendez-vous crucial et bouillant, cela n’a nullement l’air de les perturber. Baudin et Paret-Peintre sont arrivés en premier, se chambrent à distance et en version rapprochée pour un duel ludique. Les deux autres doublettes, Jordan Jegat et Seixas, puis Nicolas Prodhomme et Sivakov, prennent ensuite leur place. La blague facile à chaque fois.
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