EN ROUGE ET GLOIRE



Enric Mas entre joie, soulagement et émotion, hier, après la 
dernière étape de montagne et à la veille de son sacre annoncé à Grenade.

La folle étape de montagne, hier, n’a pas perturbé Enric Mas. En contrôle et bien entouré, le Maillot Rouge va remporter à 31 ans la Vuelta, après quatre podiums et beaucoup de déconvenues.
 
«Avec les jambes que nous avions, 
je me suis vu vainqueur de la Vuelta dès le départ»
   - ENRIC MAS
 
«C’est le niveau qu’il a toujours eu, ni plus ni moins, 
mais cette fois, il a été tous les jours constant, 
il n’a jamais eu un mauvais jour, et ça a été la clé»
   - JOSÉ JOAQUIN ROJAS,  DIRECTEUR SPORTIF 
     D’ENRIC MAS CHEZ MOVISTAR
 
13 Sep 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

COLLADO DEL ALGUACIL (ESP) - Difficile d’ordonner cette journée de folie, commencée dans un vent qui a créé des bordures dès les premiers kilomètres et mit un temps en danger le Maillot Rouge Enric Mas, et conclue par la victoire d’un revenant, Mikel Landa, invisible depuis trois semaines et vainqueur pour la première fois depuis cinq ans.
 
Tout est possible dans cette Vuelta depuis que Tadej Pogacar l’a quittée, lors de la 8e étape, et il fallait bien se coucher de longues minutes sur le gravier poussiéreux du Collado del Alguacil comme Tobias Johannessen (2e) pour retrouver un peu ses esprits. « Ça ne devait pas être simple à suivre, même pour nous à l’intérieur de la course pour avoir les infos, car il n’y avait pas trop de radio, ça ressemblait un peu à une cyclo avec des coureurs de partout », rigolait Guillaume MartinGuyonnet, parti à l’avant. « C’était beau à voir, hein ? », demandait Sepp Kuss à son assistant.

L’Américain avait le sourire, parce qu’il sortait grand gagnant de cette « cour de récré, avec toutes ces montées raides » : parti dans un raid au long cours, sur plus de 60 kilomètres, le lauréat du Tour d’Espagne 2023 est retombé sur ses équipiers envoyés en satellite, le thème du jour, avec des soutiens de partout pour les différents leaders, et est ainsi remonté à la 5e place au général, ce qui le console un peu de l’absence de victoire d’étape, son objectif de départ.

Un grand bazar sans personne pour parvenir à contrôler, mais Enric Mas constitue une telle valeur refuge depuis trois semaines qu’il n’a jamais tremblé. « Avec les jambes que nous avions, je me suis vu vainqueur de la Vuelta dès le départ », osa le grimpeur de Movistar, englobant avec lui ses équipiers, « les plus forts physiquement et stratégiquement » « un peu de chaos qui a réveillé tout le monde », grimaçait Felix Gall, les Espagnols sont restés sereins, malgré l’isolementmomentanéduMaillotRougeàmiétape, les six attaques de Richard Carapaz ou le surnombre des Red Bull-BoraHansgrohe de Primoz Roglic. « On avait identifié deux points clés pour Primoz, mais si vous n’avez plus les jambes pour accélérer… On a exploité au maximum l’équipe et Primoz, on aurait signé au départ pour cette 2e place en sachant la préparation qu’il a eu et Mas mérite de gagner cette Vuelta. »

La même notion de mérite revenait chez Cyril Dessel. Le directeur sportif de Decathlon-CMA CGM était heureux que Gall ait sauvé son podium face aux tentatives de Carapaz, « et autant, sur Roglic ( 2e avec 29’’ d’avance sur l’Autrichien), on peut dire qu’on a perdu un peu ici ou là, et encore ce n’est pas évident, autant Mas était le plus fort de cette Vuelta, chapeau bas à lui. »

Dans la voiture Movistar, au niveau de laquelle toutes les autres s’arrêtaient pour transmettre leurs félicitations, José Joaquin Rojas savourait. « Oui, on a vu un super Enric, validait l’ancien sprinteur. C’est le niveau qu’il a toujours eu, ni plus ni moins, mais cette fois, il a été tous les jours constant, il n’a jamais eu un mauvais jour, et ça a été la clé. Ce n’est pas seulement le travail de trois semaines mais de nombreuses années à se préparer à ça. Et un grand succès pour l’équipe. »

Main sur le casque, le Majorquin (31 ans) avait du mal à y croire. « Ce sont des émotions nouvelles pour moi», s'excusait-il. «Je ne sais pas quoi dire. C’est un mélange de tellement de souvenirs depuis que j’ai commencé le vélo. J’ai vécu beaucoup de moments difficiles tout ce temps mais gagner une Vuelta sans souffrir est impossible. Tu travailles pour vivre un jour comme ça. J’en avais rêvé. »

Dans l’ombre de Contador et Valverde

L’embrassade avec Mikel Landa (37 ans en décembre), dans le camion protocolaire, signifiait beaucoup. Avec Alejandro Valverde (retraité en 2022), les deux hommes ont porté pendant plus de dix ans les espoirs du peuple espagnol sur les classements généraux.

Sans succès, et les critiques ont plu, en particulier sur Mas, ce talent incapable de prendre le relais d’Alberto Contador. Il a encaissé et, en fin d’après-midi aujourd’hui, il roulera dans Grenade avec le maillot rouge qu’il n’avait jamais porté avant cet été, successeur du « Pistolero », dernier Ibère au palmarès, en 2014.

Mas disait hier « avoir profité de chaque kilomètre sur cette Vuelta », depuis le départ de Monaco. Les 112 derniers auront quand même une saveur particulière.
 
***
 
 
 
Berthet se revèle

Le grimpeur français de Groupama-FDJ United (29 ans) a validé hier sa place dans le top 10 du général (8e), un énorme cap franchi après des mois de malchance.

«Mentalement, il a passé un cap, 
il résiste, il se bat»
   - STÉPHANE GOUBERT, 
     SON DIRECTEUR SPORTIF
 
13 Sep 2026 - L'Équipe

COLLADO DEL ALGUACIL (ESP) – C’est au terme d’une journée « horrible » où il s’est « fait sauter un peu le caisson » que Clément Berthet a connu l’une des plus belles réussites de sa carrière. L’échappée folle de Sepp Kuss l’a fait glisser d’un rang mais le Jurassien a validé pour de bon sa place dans le top 10 de la Vuelta, désormais 8e. « Il reste l’étape de demain (aujourd’hui), il faut faire attention car Cristian Rodriguez (9e à 18’’) m’a repris quelques secondes à la fin, mais le top 10 va tenir, posait-il après avoir mis longtemps à retrouver son souffle. Ça veut dire beaucoup pour moi, je n’ai jamais fait de top 10 au niveau World Tour et je vais sans doute le réussir sur un grand Tour. Avec le début de saison que j’ai eu, ça fait plaisir. »

Arrivé chez Groupama-FDJ United « pour ce projet-là » après cinq ans chez AG2R où il aura appris le métier, lui qui venait du VTT, Berthet (29 ans) abordait 2026 avec envie. La malchance en a décidé autrement. « Il s’est préparé pour les trois grands Tours », notait d’ailleurs Stéphane Goubert, l’un de ses directeurs sportifs. Le Giro, en mai, était son premier gros test et il n’a pas pu s’y présenter, blessé à un genou. Il bascula sur le Tour où il tomba dans les rues de Barcelone, lors du contre-la-montre par équipes inaugural : non-partant le 2e jour. Vint alors la Vuelta où, au gré de ses échappées, des abandons et de sa constance, il s’est installé dans ce top 10. « Mentalement, il a passé un cap, il résiste, il se bat, appréciait Goubert, qui l’a connu chez AG2R. Physiquement, ces trois semaines vont le faire progresser pour l’an prochain. »

Le Montpelliérain l’a boosté à la radio en lui disant que sa femme, Juliette Berthet, s’était imposée sur le Faun Tour un peu plus tôt (2 étapes et le maillot de leader pour l’instant) et c’est toute l’équipe Groupama-FDJ United qui a réussi son Tour d’Espagne autour de Berthet, avec une victoire d’étape (Tronchon), la 11e place au général de Guillaume Martin-Guyonnet et de nombreuses échappées.

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