Pas simple de remplacer TotalÉnergies
Loin de l’époque dorée des Voeckler-Rolland, dont une affiche trône dans son bureau,
Jean-René Bernaudeau s’interroge une fois encore sur l’avenir de sa formation.
La formation vendéenne de Jean-René Bernaudeau n’a toujours pas trouvé le ou les sponsors pour succéder à l’entreprise française alors que les échéances auprès de l’UCI approchent.
"On n’est pas dans le même contexte (qu’Arkéa, l’an dernier).
La santé financière de SA Vendée n’est pas celle d’Arkéa à l’époque"
- STÉPHANE HEULOT, MANAGER
GÉNÉRAL DE L’ÉQUIPE
5 Sep 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS et THOMAS PEROTTO
Les rentrées, au sein du cyclisme français, se ressemblent malheureusement un peu et, un an après la disparition d’Arkéa-B&B Hôtels, une autre structure historique se retrouve en quête de partenaires. Et donc dans le flou. Depuis que TotalÉnergies a annoncé, en septembre 2025, qu’elle ne poursuivrait pas son sponsoring, Jean-René Bernaudeau, le patron de la formation vendéenne, s’active avec son manager général, Stéphane Heulot, dans un contexte économique et politique « compliqué » selon un dirigeant d’une autre équipe française, croisé à Plouay le week-end dernier: « Des entreprises françaises capables de mettre dix millions sur le cyclisme, il n’y en a pas beaucoup. »
Bernaudeau n’en demande pas tant et cherche à réinventer un cyclisme à taille plus humaine, assumant de s’éloigner de l’inflation qui a gagné ce sport depuis quelques années. « Si on avait trouvé un très gros partenaire, on n’aurait pas voulu entretenir un système qui a trouvé ses limites avec l’arrivée des oligarques et des États. Quand on voit ce qui s’est passé avec la FIFA dans le foot, c’est le bon moment de redonner du sens au sport. »
Avec Heulot, il travaille sur un schéma qui impliquerait la participation de plusieurs sponsors (notamment Ekoi et la marque chinoise de cycles Pardus qui remplace Cube). « Le voeu de Jean-René était de créer un vrai bon matelas avec des partenaires pour baisser le ticket d’entrée du naming et du co-naming, décrypte l’ancien manager de Lotto. C’est chose faite. Mais on a encore du travail. » Il manquerait 50 % du budget et si celui en cours s’élève à 12 millions d’euros, il faut plutôt l’imaginer à la baisse en cas de conclusion heureuse, poursuit Heulot.
Turgis, Jegat, Breuillard, Jeannière, Delettre déjà en partance
« La partie variable, c’est la masse salariale des coureurs. Car on ne veut pas toucher à la structure qui sera en partie remaniée (Benoît Genauzeau, directeur du sport, est en arrêt de travail depuis juin). » D’où l’hémorragie constatée dans les rangs de TotalEnergies : Anthony Turgis (XDS Astana), Jordan Jegat (Lidl-Trek), Nicolas Breuillard (XDS Astana) ont déjà trouvé une autre maison quand Émilien Jeannière et Alexandre Delettre sont annoncés du côté de Groupama-FDJ United ou Pierre Thierry chez Cofidis. Le patron historique ne s’en offusque pas – « c’est normal » – et parie sur la formation pour rebondir et révéler de nouveaux talents comme Jegat, deux fois dixième du Tour de France (2025 et 2026).
En ce sens, un certain nombre de coureurs ont signé des promesses d’embauche qu’un acteur du milieu ne parvient pas à déchiffrer : « En signant ces promesses, les coureurs s’engagent avec la SA Vendée Cyclisme, qui n’est pas tenue d’indiquer le nom des sponsors, contrairement aux contrats de travail. On les signe parfois en mars en vue de la saison suivante. Mais c’est un peu bizarre de le faire en septembre. Soit les dirigeants le font pour éviter que les noms s’ébruitent. Ou, version pessimiste, il n’y a pas de sponsors et on fait signer des chiffons. » Heulot ne nie pas ces lettres d’embauche « qui valent contrat. On a pris des engagements avec des coureurs car on sait qu’on va pouvoir les tenir ». Sur le même plan, il a rapatrié Tony Gallopin pour chapeauter la partie sportive et on peut imaginer que ce n’est pas pour l’envoyer dans le mur. Heulot réfute ainsi toute comparaison avec Arkéa-B& B Hôtels. « On n‘est pas dans le même contexte, la santé financière de SA Vendée n’est pas celle d’Arkéa à l’époque. »
En revanche, les Vendéens comme les Bretons avant eux sont soumis au même calendrier que l’UCI : dépôt d’une caution avant le 15 septembre – « 20 000 euros » selon Heulot –, d’une garantie bancaire avant le 2 octobre « qu’une équipe seule ne peut pas présenter, c’est forcément avec un partenariat. Le 20 septembre, il faudra qu’on acte la mise en route du procédé sinon ce sera short. Mais on n’est pas dans la réflexion de dire qu’on ne sera pas là la saison prochaine ».
Entre trois et cinq pistes sont actuellement travaillées pour assurer le naming et le co-naming « à un prix défiant toute concurrence pour être dans le plus grand cirque du monde » , selon Bernaudeau, qui pense au Tour de France, son principal atout. Sans imaginer une seconde ne plus être invité « ou il faudra alors m’expliquer. Si on préfère Polti, Burgos ou Modern Aventure à une équipe 100% française, le lendemain, j’annonce la fin de mon équipe. Mais je ne suis pas inquiet, je n’y pense pas. On n’a jamais déçu sur le Tour ». Dans ce cas, il faudrait être au moins au niveau ProConti pour disputer la Grande Boucle.
En cas d’échec des négociations, l’équipe repartirait-elle tout de même avec les partenaires déjà d’accord et un budget a minima ? Les sponsors continueraient à la condition d’être en Pro- Teams. Jean-René Bernaudeau reste difficile à lire sur ce plan, constate un proche: « On passe de fin juillet à “j’ai besoin de dix millions” à septembre et “je ne suis pas un magicien.” Je ne suis pas très optimiste. » Encore porté par la flamme –
« Le cyclisme m’a tout donné, je dois lui redonner » –, le dirigeant (70 ans) laisse poindre une forme de résignation « après dix années compliquées dans ma vie personnelle qui, aujourd’hui, va très bien. J’arrive à un âge où je ne peux pas me battre contre tout le monde. Mais c’est impossible qu’on ne trouve pas. » Par le passé, avec Europcar (en 2010) puis Direct Énergie (en 2015), le Vendéen, dont les relations avec TotalEnergies sont compliquées, comme avec bon nombre d’agents (« j’en ai bloqué certains »), avait réalisé des miracles jusqu’à la dernière minute. Il se verrait bien investi d’une dernière mission, car « si on disparaît après Arkéa, que va devenir le cyclisme français? »
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