Van Aert, tous les lièvres à la fois

Porteur du maillot vert, à la chasse aux points de la montagne, à l’avant un jour sur deux mais jamais récompensé, le Belge a enfin réussi à remporter une étape sur cette Vuelta, face à Valentin Paret-Peintre. Il sera un vrai candidat pour le Mondial, dans trois semaines.

"J’aime beaucoup la Vuelta, 
il y a moins de sprints qu’au Tour, 
plus d’opportunités pour courir 
de manière agressive"
   - WOUT VAN AERT

5 Sep 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

LOJA (ESP) – Sa tunique au départ résumait sa Vuelta, patchwork au goût douteux avec dossard bleu du plus combatif de la veille épinglé à son maillot vert foncé du classement par points. Wout Van Aert chasse toutes les couleurs sur ce Tour d’Espagne, qu’il passe à l’avant un jour sur deux, grappillant en plus quelques unités pour le classement de la montagne car les opportunités lui semblent trop grosses pour ne pas les prendre (2e du classement à 18 points de Santiago Buitrago).

Et quand il reste dans le peloton, c’est pour aider son équipier Matthew Brennan au sprint, triple lauréat. « Wout a le niveau d’il y a deux ans, quand il voulait être tous les jours dans l’échappée, jaugeait son directeur sportif Maarten Wynants en souvenir de cette Vuelta 2024 dont il était maillot vert, à pois et triple vainqueur d’étape avant de la quitter sur chute lors de la 16e étape. C’est un coureur très polyvalent, bien plus qu’un sprinteur ou un rouleur, il essaie de faire des choses spéciales et veut aussi aider l’équipe en jouant notre meilleure carte chaque jour. C’est sa façon de courir. » « C’est ma deuxième Vuelta et j’aime beaucoup cette course, car elle est ouverte, cette année surtout depuis que Tadej (Pogacar, tombé lors de la 8e étape) n’est plus là, expliquait le Belge hier. Il y a moins de sprints qu’au Tour, il y a plus d’opportunités pour courir de manière agressive et j’aime ça, d’autant qu’on est venus ici pour jouer les victoires d’étape. » Le coureur de Visma-Lease a bike s’amuse mais il lui manquait l’essentiel, justement: lever les bras. À jouer tous les ballons, le dernier vainqueur de Paris-Roubaix manquait les buts importants, et son équipe avait beau dire qu’une journée dans une échappée de trente ou dans le peloton coûtait plus ou moins la même énergie, les jours passaient sans succès. Jusqu’à hier.

Dans une étape caniculaire et trop difficile à contrôler, les frelons ont envoyé leurs meilleurs éléments à l’avant, Brennan, Van Aert et Bruno Armirail en domestique dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Le Britannique a pris un coup d’avance, en même temps que Clément Berthet (désormais 10e du général après l’abandon sur chute de Gregor Mühlberger, équipier de Felix Gall), et alors qu’il suivait sans soucis toutes les tentatives pour le lâcher, il n’a jamais roulé. Au contraire, Armirail a fait un gros travail pour ramener Van Aert à l’avant dans la dernière bosse, quitte à ajouter aussi des rivaux pour la gagne. « Mais le seul objectif aujourd’hui ( hier) était d’y aller pour Wout, insistait le sprinteur. On a été solides, c’est comme ça qu’on est plus forts, qu’on joue mieux nos cartes. Et je suis plus qu’heureux d’avoir pu soutenir Wout, c’est encore mieux qu’une victoire. » Le Belge est parti à 3,7 kilomètres de l’arrivée, « au moment où les gens commencent à penser au sprint et ne veulent plus combler les écarts pour les autres » , glissat-il.

Des jambes de feu

Seul à pouvoir le suivre, Valentin Paret-Peintre ne faisait pas le poids, et Van Aert a enfin pu serrer un poing rageur. « Je n’avais aucun doute que je pouvais gagner, mais ça ne veut pas dire que ça allait arriver, philosophait-il. On est tout un peloton à vouloir gagner ici, beaucoup avaient un oeil sur moi dans l’échappée, mais je n’avais pas de doute et c’est toujours très beau de le prouver, car ce n’est jamais facile. »

Van Aert a des jambes de feu, et puisqu’il aime chasser toutes les couleurs, il va pouvoir rêver de l’arc-en-ciel. Le 27 septembre, au Mondial de Montréal, il sera coleader de sa sélection avec Remco Evenepoel, et le binôme a des airs de favoris depuis le forfait de Pogačar.

« Plus il en fait, plus les jours passent et plus il est fort. S’il continue comme ça, il va sortir très costaud de la Vuelta, estimait Christophe Laporte, son équipier dans l’équipe néerlandaise, qui ne devrait pas être au Canada. Il a déjà fait 2e du Grand Prix de Montréal (en 2022, derrière le Slovène), c’est certain que ce sera un client. » « En sortant d’un Grand Tour, j’ai toujours de bonnes jambes » , assurait Van Aert hier soir. Depuis deux semaines, il les fait beaucoup tourner.

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La confiance et le talent de Wout Van Aert, vainqueur hier à Loja, 
devant un Valentin Paret-Peintre coriace mais impuissant face à la force du Belge.

Valentin Paret-Peintre : « J’y ai cru»

Le Haut-Savoyard de Soudal-Quick Step a couru au millimètre toute la journée, hier. Il lui en a manqué un peu pour dominer au sprint Wout Van Aert à Loja, mais cela augure de belles choses pour la suite.

"On verra demain (aujourd’hui) comment sont les 
jambes sur un profil qui me correspond mieux"

5 Sep 2026 - L'Équipe
Valentin Paret-Peintre : « J’y ai cru»

- Comment avez-vous vécu cette étape ?

Pouah, c’était unejournée difficile avec une dernière partie vraiment pas àmon avantage. Je le savais, j’ai essayé dejouer unpetit peu. Dansles 20 derniers kilomètres, c’était vraiment Van Aert la roue àsuivre et quandil est parti ( à3,7 km), c’étaient, je pense, les cinq secondes les plus dures depuis le début dela Vuelta. J’étais vraiment àbloc dans la roue, j’ai passé deux petits relais pour dire queje passais mais après, je lui ai dit quec’était à lui d’y aller. J’y ai cru, dans le sprint il faut toujours y croire, je savais quej’avais une bonnepointe et je mesuisrépété ''il faut y croire, il faut y croire."

- Mais c’est Wout VanAert, on ne peut pas le battre ausprint. Vous n’avez pas de regrets ?

J’ai toujours fait des bons sprints et je me suis dit pourquoi pas, onnesait jamais. Il faut toujours y croire, avoir le couteau entre les dents et essayer. Les premières secondes, j’étais àcôté de lui, je mesuisdit ''aaaah, pourquoi pas !'.

- Une nouvelle opportunité se présent'ec'e samedi. Va-t-onvousvoir àl’avant ?

J’ai dépensé pas maldeforces aujourd’hui (hier), mêmesionétait assez souvent dans les roues dans le groupe decontre, donc finalement peut-être queje n’en ai pas dépensé tant queça. On verra demain (aujourd’hui) comment sont les jambes sur un profil qui me correspond mieux ( 4200m de dénivelé + et une montée finale de 12 km à 7,2%).

- Vous avez manqué de réussite jusqu’ici sur les étapes de montagne, comment l’expliquez-vous ?

Sur ma première échappée ( 7e étape), quandje suis rentré sur le gros groupe, le coup decinq était déjà parti devant (victoire de Leknessund), j’étais unpeuà contretemps. Sur la journée à Calpe (9e étape), j’ai senti queje suis beaucoup plus surveillé dans les échappées maintenant, donc c’est plus dur des’isoler dans unpetit groupe. Mais voilà, j’ai montré aujourd’hui (hier) queles jambes étaient là après le Tour, ce nesont pas les meilleures jambes que j’ai eues mais c’est pas malet je fais avec pour le moment.

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