LE MILLI-MAÎTRE


REMCO Y A PAS PHOTO!

Malgré une chute et un finish au millimètre face à l’Italien Giulio Ciccone, REMCO EVENEPOEL a confirmé qu’il était bien le plus fort en Slovénie. Euro, Mondial et JO, le Belge a désormais remporté tous les titres, en contre-la-montre comme sur la course en ligne. 

C’est à la photo-finish, hier, que Remco Evenepoel a complété sa collection de maillots sur les grands Championnats. Le Belge, vainqueur au sprint devant Giulio Ciccone, a su surmonter sa déception des Mondiaux pour se hisser, enfin, sur le toit de l’Europe.

"C’était un grand objectif. 
Après la déception de la semaine dernière à Montréal, 
j’étais vraiment très motivée"
   - REMCO EVENEPOEL, APRÈS SA 
     VICTOIRE HIER EN SLOVÉNIE

5 Oct 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

SENCUR (SLN) – La Slovénie est une contrée paisible qui invite à se perdre dans ses grands espaces noyés de verdure, à conquérir les sommets ceinturant l’immense plaine où s’est établie la capitale, Ljubljana, coincée entre deux grands parcs et bercée par le murmure de la « Rivière aux sept noms », Ljubljanica.

Au nord-est, les Alpes kamniques dessinent des pyramides calcaires sur l’horizon azur. Un écrin propice aux aventures les plus vastes qui ne pouvait pas mieux contraster avec l’infiniment petit qui a départagé, hier, Remco Evenepoel et Giulio Ciccone dans la bourgade de Sencur.

Visage tendu comme une arbalète, le Belge était redevenu joueur de foot, au bord de ce stade jouxtant l’arrivée, quand les caméras le filmèrent dans l’attente du verdict des Championnats d’Europe. « Deux ou trois minutes plus tard » , selon lui, au bout du VAR du cyclisme, c’était bel et bien un but, la victoire même, qu’il célébra d’un « Yeeaaah » monumental, « l’un des moments les plus intenses de (s) a carrière » . C’est ainsi qu’Evenepoel, premier à y parvenir, a complété sa collection des titres en grands Championnats (Europe, Monde et Jeux Olympiques, course en ligne et chrono confondus) au bout d’une manière inédite pour lui, la photo-finish.

Une chute sans gravité à 37 km de l’arrivée

Le deuxième du Tour de France 2026 pensait d’abord que c’était fichu, comme son sélectionneur, Serge Pauwels, qui a tout vu depuis sa voiture à l’arrière, comme les mécanos belges qui ont dit : « Ah ! Deuxième, dommage. » Lui est alors revenu le scénario de 2021, où un autre Italien, Sonny Colbrelli, l’avait devancé au sprint à Trente, à plate couture cette fois. Car l’histoire semblait bégayer quand, dans une manoeuvre de pilote de Formule 1, Ciccone avait pris le meilleur dans ce dernier virage, « à 260 mètres » de l’arrivée, qu’Evenepoel avait, lui, complètement raté. « Je pense que c’est la seule erreur que j’ai commise aujourd’hui, racontait-il. Je ne sais pas pourquoi, mais au moment de l’aborder, je pensais à ma chute survenue un peu plus tôt. J’ai ralenti, Giulio a pris une meilleure trajectoire, s’est glissé à l’intérieur et a pu relancer immédiatement. Heureusement, j’ai réussi à repasser devant. Ça s’est joué à très peu de choses pour le maillot. »

C’était assez pour succéder à Tadej Pogacar, le grandissime absent du jour, blessé depuis la Vuelta, qui était toutefois bien là pour saluer le peuple slovène et la dernière course de la carrière de son compatriote Luka Mezgec, qui en gagnant une étape du Giro 2014 avait inspiré le futur quintuple vainqueur du Tour. On ne l’a pas vu saluer Evenepoel, du moins pas sur le podium, où il trônait en évidence.

Le Belge de 26 ans s’était pourtant fait une première grande frayeur, à 37 km de l’arrivée, juste après avoir attaqué à l’endroit planifié. Un virage à angle droit marquait le sommet du pétard de Mozjanca (2,1 km à 10,2 %), que les coureurs gravissaient alors pour la quatrième et avant-dernière fois. Et il y est tombé, en glissant de la roue avant, coupable de l’avoir abordé « un peu trop motivé » .

« J’ai vu un petit vélo doré au sol, raconte Maxim Van Gils, le compatriote qui venait de le mettre sur orbite. Je me suis dit : oh non, pas encore. Parce que la même chose était arrivée à la Clasica San Sebastian. Mais je n’ai pas paniqué, je l’ai attendu. Je lui ai demandé s’il allait bien. Il m’a dit oui. Puis il est reparti “full gaz”, avant d’attaquer à nouveau. » Une seconde offensive lancée seulement quatre kilomètres plus loin, juste avant la descente, « le moment idéal », selon son compagnon de chambre et coéquipier chez Red Bull-BoraHansgrohe. Ciccone (31 ans), le seul à avoir pu esquiver sa première flèche un peu plus tôt, s’est alors jeté dans sa roue. « Parce que je savais que si je lui laissais un mètre d’avance, je ne l’aurais revu qu’après la douche » , ironisait le grimpeur de Lidl-Trek, déçu de se faire à nouveau battre au sprint par Evenepoel, deux semaines après le Grand Prix du Québec.

Dans le final, l’Italien a laissé planer la menace d’un « deuxcontre-un » puisque Christian Scaroni (3e) se retrouvait seul en chasse. Ciccone n’a alors plus roulé, ce qui a un peu « fâché » Evenepoel, comme le rapporta Pauwels, venu à sa hauteur à trois kilomètres de l’arrivée pour tempérer son poulain. « Je comprenais sa tactique, assure le lea

der belge. Et j’ai continué à rouler à une vitesse suffisante pour éviter le retour de Scaroni. » Tout en ne compromettant pas ses chances au sprint face à Ciccone. « Heureusement, j’étais dans un très bon jour, souffle Evenepoel. C’était un grand objectif. Après la déception de la semaine dernière à Montréal (12e des Mondiaux), j’étais vraiment très motivé aujourd’hui. Si j’avais fini deuxième, j’aurais été très déçu de moi-même, à nouveau. »

« Avant le départ, j’avais dit que Remco était un animal blessé et qu’il n’y avait pas plus dangereux, applaudit Thomas Voeckler. Mais je ne pensais pas qu’il serait aussi fort aujourd’hui. » Après l’arrivée, Pauwels, admiratif de la « résilience » du nouveau champion d’Europe, l’entendait déjà parler du Tour de Lombardie, son prochain objectif, samedi : « Dans sa tête, il laisse le passé derrière et pense toujours à la suite. »

***


1. L’attaque de Ciccone dans le dernier virage

Juste après le panneau des 400 derniers mètres, Giulio Ciccone essaye d’initier une attaque en danseuse pour dépasser Remco Evenepoel et se présenter en tête dans le dernier virage (et à sa sortie). Celle-ci ne fonctionne pas, le Belge veille au grain. Mais l’Italien n’a pas dit son dernier mot. Il s’écarte vers la gauche de la route pour repiquer d’un coup à l’intérieur de ce même virage, tel un pilote de Formule 1, surprendre son adversaire et prendre la tête.

***


2. Un gain de vitesse, un avantage net

Ce dernier virage est suivi d’une légère courbe, toujours vers la droite. Ciccone est en mesure d’attaquer la ligne droite vraiment en tête. Plus malin dans sa gestion du changement de direction, il ressort avec plus de vitesse et prend rapidement quelques longueurs d’avance sur Evenepoel. Entre les 250 et 150 derniers mètres, il creuse un écart jusqu’à environ 3,5-4 mètres sur le Belge.

***


3. Le jeté de vélo d’Evenepoel in extremis

À environ 25 mètres de l’arrivée, Evenepoel a fait une partie de son retard au moment où l’Italien semble toxiner et perdre en puissance. Le Belge, avec son sprint décollé, s’est mis dans le sillage de Ciccone et profite donc d’un peu d’aspiration au moment de le déboîter par la droite. Il finit par le remonter, semble avoir plus de fréquence de pédalage, et paraît aussi mieux effectuer son jeté de vélo sur la ligne. La photo-finish le donnera vainqueur.Th. P


Remco Evenepoel (ici à gauche) a devancé l’Italien 
Giulio Ciccone (à droite) d’un souffle au jeté du vélo.

***


Mathys Rondel, ici à l’arrivée, 
n’a rien pu faire hier face aux Belges.

« On se fait avoir sur un truc à la con »

Mathys Rondel, qui a tenté d’aller chercher la médaille de bronze, regrettait l’inattention des Bleus au moment de l’attaque de Remco Evenepoel.

“Je dois avouer que les Belges m’ont épaté à rouler comme ça ''
   - THOMAS VOECKLER, LE 
     SÉLECTIONNEUR DES BLEUS

5 Oct 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS

SENCUR (SLN) – Les Bleus avaient un peu mal au casque, hier soir, au moment de raccrocher les vélos en bordure des champs de Sencur. Pas seulement à cause des vuvuzelas locales (qui les a distribuées à tous ces enfants aux poumons d’ours slovènes ?) mais parce que, une semaine après les Mondiaux, l’équipe de France rentre bredouille, sans podium, et avec la frustration de l’impuissance face aux collectifs belge et italien qui ont rincé tout le monde, le premier sur le plat, le second dans les ascensions.

Mathys Rondel a ainsi fini « éclaté » , Kévin Vauquelin a soufflé qu’il était « mort » quand Clément Braz Afonso s’est trouvé « nul sur le plat » , oubliant qu’il était dans un groupe de poursuivants derrière Remco Evenepoel et Giulio Ciccone, à encore 30 kilomètres de l’arrivée. « Tu as honoré ta sélection, tu as servi à quelque chose » , a tenté de le réconforter Thomas Voeckler. Mais ni le raid de Rondel pour aller chercher le bronze dans la dernière ascension, ni la 9e place de Léo Bisiaux ne pouvait consoler un groupe qui avait opté, huit jours après le « tout pour Paul Seixas » à Montréal, pour la tactique du surnombre.

À deux tours de l’arrivée, les Tricolores étaient encore au complet puis l’émiettement a débuté et quand tout s’est décanté, ils se sont retrouvés trop loin de la tête.

Le sélectionneur, lui, n’avait pas de regret. « Quand on voit la force de frappe belge sur le papier et sur le terrain. Je dois avouer que les Belges m’ont épaté à rouler comme ça car ils en perdaient un à chaque tour. » Groupés, les coéquipiers de Kévin Vauquelin, qui a rapidement passé la consigne qu’il n’était pas dans un grand jour, le sont restés dans l’attente qu’une faille s’ouvre dans la cuirasse belge, en vain selon Mathys Rondel : « Ils avaient un train solide. Si on avait attaqué ils seraient revenus à chaque fois. On a fait le maximum, le mieux possible. »

Pas assez pour retrouver le podium comme l’an passé avec Paul Seixas (3e derrière Tadej Pogacar et Remco Evenepoel) en dépit de la fugue du coureur de Tudor dans l’avant-dernière montée de Mozjanca (2,1 km à 10,2 %): « J’ai essayé de ressortir, je savais que Scaroni n’allait pas prendre de relais car il avait Ciccone devant mais dans tous les cas, il fallait tenter. » Avant lui, Pavel Sivakov était parti « au bluff » (Voeckler) à 55 kilomètres du terme avant d’être rapidement avalé par les hommes d’Evenepoel qui, à l’expérience, ont floué les Bleus.

« On se fait avoir sur un truc à la con au sommet », grinçait Rondel. « C’est le genre de coup que tu peux prendre. J’étais quelques places derrière, j’ai essayé de réagir et de faire la descente pour avoir le moins d’écart possible. Mais quand tu laisses dix secondes à Remco, c’est compliqué de revenir. On aurait pu rouler mais on n’aurait plus eu d’énergie pour la bosse. »

Une course à contretemps, dictée tout simplement par la supériorité de leurs adversaires alors que le matin, Thomas Voeckler avait lancé à sa troupe, au moment où les cloches de la cathédrale Saint-Nicolas de Ljubljana sonnaient à tout rompre, qu’ « une course de vélo, ce n’est pas compliqué » .

Depuis quinze jours, elles ne sont quand même pas simples pour l’équipe de France.

Commenti

Post popolari in questo blog

'SONO LORO I MIEI CARCERIERI SEI ANNI FA RAPIRONO ANCHE ME'

I 100 cattivi del calcio

Elite 24: Rucker Park legends