Zidane et le Stade de France, l’histoire d’une vie


Zinédine Zidane lors du match contre l’Italie, 
vendredi soir, au Stade de France, à Saint-denis.

Attendu à nouveau à Saint-denis avec les Bleus contre la Belgique ce lundi, le sélectionneur profite pleinement de ses retrouvailles avec une enceinte qui a marqué son parcours.

« Je n’ai pas peur de décevoir, sinon je ne serais pas devant vous. Je suis prêt » Zinédine Zidane

5 Oct 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez

Un dernier pour la route avant de clôturer une première séquence forte en émotions. Et en symboles. Zinédine Zidane, dans son jardin du Stade de France, compte bien en profiter pleinement. Ce lundi soir, les Bleus en terminent avec leur série de quatre premiers matchs de Ligue des nations (victoire en Turquie et en Belgique, 0-1, nul face à l’italie, 1-1) contre les Diables rouges (20h45, TF1) et le nouveau maître des lieux ne boudera pas son plaisir à l’idée de profiter à nouveau de l’ambiance dionysienne, dans une enceinte acquise à sa cause. Seul homme à faire de l’ombre à Céline Dion et au pape Léon XIV, qui ont enflammé Paris ces dernières semaines, le « double Z » s’offre une double ration après la communion entrevue vendredi soir face à la Squadra Azzurra.

«C’était magnifique, soufflait-il sans en rajouter après une soirée qu’il a pu imaginer depuis son dernier match à Saint-denis, en Bleu, en 2006, contre le Mexique. J’étais forcément touché et ravi de retrouver le Stade de France. » Et Zidane de confier son ressenti : « J’étais plus tendu, forcément, c’était la première ici. Avant le match, j’ai ressenti de la tension, mais quand la rencontre débute, c’est autre chose.» Avant, pendant ou après le match contre l’italie, «ZZ», tout de noir vêtu avec sa taille fine, fut partout. « Bienvenue chez toi, Zizou », at-on même pu voir sur un tifo bleu-blanc-rouge affiché avant les hymnes. Frissons garantis.

Plus acclamé que ses joueurs lors de l’annonce des équipes avec un vacarme assourdissant quand son visage est apparu sur les écrans géants, suivi toute la rencontre par une caméra spéciale de TF1 prête à décortiquer chacun de ses faits et gestes, et sans cesse debout le long de la ligne de touche pour accompagner ses troupes. L’icône est de retour. Et personne ne voulait rater l’événement. Même ses joueurs, aux premières loges et impressionnés, ont saisi l’importance d’un moment hors du temps. «Incroyable, pour moi c’était magnifique, raconte le défenseur Maxence Lacroix. En tant que fan aussi de M. Zidane, c’était spécial de pouvoir être sur le banc, de pouvoir faire partie de cette équipe. » Un état de grâce à faire pâlir n’importe quel candidat à la présidentielle.

De la sortie du RER aux tribunes bondées, impossible de manquer vendredi tous les maillots floqués du numéro 10 mythique et ressortis des placards pour l’occasion. Dans une actualité morose et un pays en crise, la «zizoumania» réconforte, donne le sourire et offre un peu de légèreté. Par les temps qui courent, c’est déjà pas mal. Du Zidane partout, des enfants, des ados et des plus âgés qui font la queue devant sa grande photo de sélectionneur posée aux abords du Stade de France pour rendre le moment encore plus fort.

À 54 ans, le mythe n’a rien perdu de son aura. Encore moins de son magnétisme. Les plus vieux s’offrent un moment de nostalgie quand la nouvelle génération se réjouit d’avoir approché un instant l’artiste.

Le retour en Seine-saint-denis de Zinédine Zidane et le fil d’une histoire renouée avec la sélection sont forts en symboles. Un condensé de sa vie en Bleu. De sa vie tout court. Son père, Smaïl, arrivé d’algérie à l’hiver 1954, logeait à quelques encablures de l’actuel Stade de France et travaillait sur les chantiers du coin. Soixantedouze ans plus tard, « ZZ » y débarque en héros de toute une nation. Une certaine idée de la France. C’est ici même qu’il a écrit la plus belle page de son histoire avec ce fameux doublé en finale de Coupe du monde contre le Brésil (3-0). 12 juillet 1998, l’une de ces dates éternelles dont tout le monde se souvient. Lui le premier.

« Je ne vais pas être original, c’est ce qu’on a fait avec les copains en 1998, rétorque-t-il à une question sur sa plus grande émotion vécue à Saint-denis.

L’avoir gagnée contre le Brésil, c’était un rêve pour tout le monde et on l’a fait. Revenir ici, vous devez l’imaginer, c’est une grosse émotion. » Ce Stade de France est un formidable fil rouge de sa carrière, avec le premier but lors du match inaugural contre l’espagne (28 janvier 1998), le premier carton rouge d’un joueur français en Coupe du monde (Arabie saoudite, 18 juin 1998), le doublé homérique sous les yeux de Jacques Chirac et Michel Platini (12 juillet 1998) ou encore sa 100e sélection un soir de 2006 (Mexique, 27 mai) avant la fin de son histoire en équipe de France avec le coup de boule contre Marco Materazzi en finale de la Coupe du monde 2006, à Berlin. L’album souvenirs est là. Sans avoir pris une ride.

« Ce stade est particulier, avec tout ce qu’on a vécu ici, admet-il dans son nouveau costume de sélectionneur. On veut continuer à y écrire notre histoire avec l’équipe de France. » Homme de peu de mots, mais bien plus à l’aise pour évoquer ses sentiments aujourd’hui qu’à l’époque où il préférait parler avec ses pieds (et parfois sa tête), Zinédine Zidane se sait désormais très attendu à un poste qui lui a fait refuser toutes les plus belles offres depuis cinq ans et son arrêt au Real Madrid.

Le début d’une nouvelle ère lui offre du temps, lui permet de recevoir les louanges, mais ne l’exonérera pas d’être soumis à la critique. Elle arrivera, tôt ou tard, Zidane ou pas Zidane. Le natif de la Castellane le sait pertinemment. Il s’y est préparé. Et il en a vu d’autres. Comme le prolongement de son parcours personnel, de Marseille à Cannes, en passant par Bordeaux, Turin et Madrid, ou encore Clairefontaine, pour revenir à Saintdenis, sa maison bleue.

« Je n’ai pas peur de décevoir, sinon je ne serais pas devant vous. Je suis prêt. » Et la pression, face aux 69 millions de sélectionneurs ? « Je l’ai toujours eue et j’aime jouer avec. Cette tension qui peut m’animer, cela me plaît. » Ce lundi soir contre la Belgique, le Stade de France sera à nouveau le théâtre d’une représentation zidanesque. Sous une autre forme. Dans un autre rôle. Mais toujours avec l’équipe de France au centre de sa vie.

***

PSG et Espagne, les inspirations du sélectionneur des Bleus

« Le PSG est une équipe qui entreprend, 
va chercher très haut son adversaire, 
joue quand elle a le ballon » 
   - Zinédine Zidane

5 Oct 2026 - Le Figaro
B. D.

Zinédine Zidane a le mérite de la clarté. Et parfois même de la franchise. Dans un monde du football où tout le monde ment, c’est à saluer. Ce dimanche, lors de la conférence de presse à la veille de France-belgique, un confrère lui a demandé si le jeu du Paris SG, double vainqueur de la Ligue des champions, l’inspirait. Son visage s’est illuminé. Laissant entrevoir un petit rictus de satisfaction. Le triple lauréat de la C1 avec le Real Madrid (2016-2018), fanatique absolu de jeu, n’a pas longtemps tourné autour du pot pour apporter son éclairage. « Ah oui, il y a beaucoup de principes de jeu que j’apprécie, souffle-t-il sans se cacher, quand d’autres techniciens, soucieux de leur image dans un monde d’ego, auraient botté en touche. C’est une équipe qui entreprend, va chercher très haut son adversaire, joue quand elle a le ballon.»

Et Zidane d’enchaîner : « Elle ne veut pas courir derrière le ballon. C’est tout ce que j’aime. Ce sont mes principes de jeu. J’étais meneur de jeu et je n’aimais pas courir derrière le ballon (sourire). C’est pour ça que l’on doit encore travailler et ne pas avoir seulement une possession stérile, sur les 30-40 derniers mètres, il faut cette accélération et trouver certaines failles qui nous permettent d’être plus dangereux. » À la manière d’un PSG qui use ses adversaires avec du mouvement incessant pour mieux les piquer.

Le décryptage du Ballon d’or 1998 ne fait que confirmer un état de fait entrevu au gré des trois matchs effectués contre la Turquie (0-1), la Belgique (0-1) et l’italie (1-1). Si les Bleus en sont encore logiquement très loin, les modèles du Paris SG et de l’espagne animent Zinédine Zidane et son adjoint David Bettoni. Le replacement d’ousmane Dembélé au poste de numéro 9, sans réussite apparente pour le moment, en est l’exemple le plus marquant.

Quel entraîneur au monde, après les dix buts de Kylian Mbappé aux Étatsunis, aurait eu l’idée de ne pas installer le meilleur joueur de l’équipe à son poste de prédilection (le Madrilène a été aligné à gauche en Turquie avant de se blesser) ? Cet homme s’appelle Zinédine Zidane. Avec tout ce qu’il représente. En agissant ainsi, il dévoile une volonté claire. Et assumée. Mettre Dembélé dans les meilleures conditions. Et faire de lui le premier homme à déclencher ce fameux pressing qui donne le la aux autres joueurs. Comme Luis Enrique le fait au PSG.

Son replacement a également d’autres objectifs. « Le coach me laisse beaucoup de liberté, et, durant le match, on change beaucoup de positions, c’est sa volonté », admet le Parisien, qui doit en montrer bien plus lundi soir contre la Belgique après une copie trop terne devant l’italie. La différence entre ce qu’il montre en sélection et en club est immense. Question de temps ? Zidane le défend : « Je suis content de ce qu’il fait, c’est du Ousmane, il bouge beaucoup, sort de sa position, et c’est ce qui nous intéresse. » Vendredi soir, des séquences ont laissé entrevoir le Ballon d’or redescendre bas sur le terrain, à la recherche de mobilité, de fluidité, situation dont a profité Adrien Rabiot, jamais le dernier pour se projeter, et parfois vu au poste de numéro 9. Un peu à la manière, toutes proportions gardées, d’un Fabian Ruiz au PSG ou en Espagne.

Outre cet élément possiblement fondateur, qu’il faudra suivre avec attention le mois prochain (Italie et Turquie, le 12 et le 15 novembre) quand Kylian Mbappé sera de retour, Zidane et son staff assument aussi leur volonté de faire confiance au 4-3-3. Un système qui colle à leur volonté de « faire du jeu » et de «contrôler le milieu de terrain ». Ils ont vu la France se faire dévorer dans ce secteur de jeu en demi-finale contre la Roja au Mondial. Et cherchent des solutions pour y remédier. « ZZ » ne s’en cache pas :

« Je suis animé par le jeu, mais on aura toujours un équilibre, et je veux voir cette équipe jouer, on a les éléments pour y parvenir. » Avec le fameux et très moderne contre-pressing en mantra.

« On va s’améliorer dans ce secteur », assure le champion du monde 1998. Dans son triangle de l’entrejeu, il n’a pas sélectionné le vice-capitaine Aurélien Tchouaméni. Officiellement pour que ce dernier retrouve la forme. La volonté est aussi de le piquer. À sa place, la trouvaille de Côme, Lucas Da Cunha, plus technique et plus « espagnol », a montré de belles choses en sentinelle. Autres exemples? La propension des latéraux à participer au jeu, sans toutefois dézoner, comme peut le faire Achraf Hakimi à Paris. La position très haute de la défense française contre l’italie, avec la prise de risque que cela induit. « C’est une consigne, il veut que l’on chasse haut », plante la belle surprise Jérémy Jacquet. Les préceptes se mettent en place. Les changements sont là. La rupture est bien enclenchée. ■

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