L’APPEL DES SOMMETS



 

La présentation des équipes (ici les Decathlon-CMA CGM avec Paul Seixas) a eu 
lieu hier au pied de la plus haute église du monde, la Sagrada Familia, à Barcelone.

À L’HEURE ESPAGNOLE

Sous la chaleur catalane, les vingt-trois équipes du Tour de France ont été présentées à la foule, hier soir à Barcelone, au pied de la vertigineuse Sagrada Familia.

«Il y a beaucoup d’ambiance, 
c’est fou de démarrer et de se présenter comme ça 
dans un lieu magnifique comme celui-ci »
   - HUGO PAGE (COFIDIS) 

«Franchement, les gens sont super enthousiastes 
et c’est un plaisir de vivre cette expérience»
   - JUAN AYUSO (LIDL-TREK) 

3 Jul 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS et ÉLOI THOUAULT

BARCELONE (ESP) – Les cent quarante-quatre ans de chantier de la Sagrada Familia ont pris fin avec l’inauguration, en présence du pape Léon XIV, de sa dix-huitième tour, le 10 juin, jour du centenaire de la mort de son créateur, Antoni Gaudi. Et c’est à ses pieds que la sainte famille du cyclisme s’est réunie hier soir, sous une lumière déclinante. Cet édifice en dédale, peuplé de sommets, avait un air de Tour de France, l’Everest auquel les 184 alpinistes s’attaqueront demain, à Barcelone.

D’en bas, la vue de l’immense croix blanche perchée à 172,5 mètres, point culminant de la plus haute église du monde, était une invitation à rêver très grand, à toutes les folies, un vertige autant qu’un rappel à l’humilité, la patience et la résilience, trois qualités qui s’annoncent bien utiles pour les trois semaines à venir.

« C’est impressionnant quand on arrive », sourit Guillaume Martin-Guyonnet (Groupama-FDJ United). « C’est difficile de faire un classement, c’est mon dixième Tour, mais celui-là est spectaculaire. Ce sont des moments à savourer, car je sais par expérience que la suite peut être tout aussi belle, mais en tout cas plus difficile ! Là, c’est juste du plaisir. » « Il y a beaucoup d’ambiance, c’est fou de démarrer et de se présenter comme ça dans un lieu magnifique comme celui-ci » , s’émerveille son compatriote Hugo Page, qui, « chauvin », préfère tout de même sa cathédrale de Chartres.

Il fait encore 30 degrés après 18 heures, la chaleur s’accrochant aux trottoirs comme si elle aussi attendait les coureurs. Sur l’avenue Gaudi, par laquelle les coureurs défilent pour atteindre la basilique, une armée de casquettes jaunes borde les barrières, sous les décibels des fanfares. L’Espagne affronte l’Autriche dans moins de trois heures, en 16es de finale de Coupe du monde, et les maillots de la Roja s’imposent donc aussi.

Charlie Wilson, 17 ans, porte le maillot de Lamine Yamal. Il vient pourtant de Géorgie, aux États-Unis, et découvre ce curieux spectacle en famille, une boisson énergisante à la main. Il observe sans trop savoir où regarder. « C’est quoi ? » , demande-t-il en désignant la foule. Puis, après un temps : « C’est pas le même sport que dans un documentaire Netflix ? »

Venus de Tarragone, qui accueillera le départ de la deuxième étape dimanche, Jordi Riera et Noemi Poquet sont présents avec leurs deux marmots, licenciés dans un club local. Ils brandissent une pancarte

« Bienvenue en Catalogne ! » « Les enfants ont fait ça, il y a deux jours, ils n’avaient qu’une envie : être là. On aime le Tour, on l’avait vu au Ventoux l’an passé. C’est toujours impressionnant de voir les coureurs en vrai » , sourit la mère. Quand on leur demande leur favori espagnol, un silence s’installe. Le père tente : « Enric Mas est là ? » Raté. Et quand il cherche un autre nom, la réponse tarde encore.

Juan Ayuso, pourtant natif de la capitale catalane et présenté comme l’un des prétendants au podium à Paris, ne nourrit pas vraiment les discussions. Et c’est même son partenaire danois Mads Pedersen qui recueille le plus d’applaudissements, alors que le passage de Quinn Simmons, chevelure au vent, déclenche des cris stridents. « Franchement, les gens sont super enthousiastes et c’est un plaisir de vivre cette expérience », ne s’offusque pas Ayuso, tout en disant sa hâte d’arriver à l’hôtel pour regarder l’Espagne jouer.

Casquette blanche vissée sur le crâne, Paul Seixas fait monter la température en grimpant sur scène, l’occasion d’observer sa popularité toujours croissante, même par-delà les Pyrénées. Vainqueur de la Vuelta en 2023, Sepp Kuss n’a pas été oublié par les Espagnols, son ovation étant dépassée de peu par celle de Jonas Vingegaard. Jamais loin d’Instagram, Victor Campenaerts filme avec son téléphone la foule qui, en retour, le filme aussi, dans un curieux effet de mimétisme.

Une ovation pour le showman Pogacar

Au loin, on entend une clameur s’élever. Le signe que le quadruple vainqueur du Tour de France arrive. Les « Pogi, Pogi, Pogi ! » retentissent, toujours plus forts. Accueilli sur l’estrade par deux drapeaux slovènes brandis au-dessus des barrières, Tadej Pogacar apparaît les cheveux peroxydés, façon Eminem, grosses lunettes à montures fluo. Le showman brandit un poing après avoir jeté un coup d’oeil sur « l’oeuvre d’art » derrière lui. On lui tend un micro. Il dit son plaisir d’être ici. Puis se cambre à nouveau, décidément admiratif, pour observer à quel point la Sagrada Familia s’élève dans le ciel.

Toujours autant attiré par les cimes, le Slovène finit par s’éclipser. Très vite, le soleil se cache derrière l’immeuble jouxtant la basilique, plongeant le parvis dans la pénombre. Mais la fête, elle, se prolonge avec la réalisation d’un castell, un impressionnant château d’humains sur lequel vient trôner une petite fille. Au pied des monuments, il n’y a pas d’âge pour s’attaquer aux sommets.

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