Plus fort qu’au Giro, vraiment?
Jonas Vingegaard est au départ du Tour de France cinq semaines après avoir conquis le maillot rose en Italie. Son équipe assure que ses données sont meilleures lors d’un deuxième Grand Tour, lui s’annonce en forme et prêt à battre Tadej Pogacar.
«On a vu sa facilité à décrocher les autres quand il le voulait,
donc il a pu monter en pression sans arriver à un niveau de fatigue trop marqué»
- SAMUEL BELLENOUE, ANCIEN DIRECTEUR
DE LA PERFORMANCE DE COFIDIS
«Je me sens mieux, plus fort que l’an dernier et dans un meilleur état mental aussi»
- JONAS VINGEGAARD
PIERRE MENJOT
BARCELONE (ESP) – Les jambes pas encore épiJonas Vingegaard (à gauche) et Tadej Pogacar sont apparus côte à côte, détendus et souriants, hier, à Barcelone, où ils ont enchaîné conférences de presse et présentation des équipes.
lées, « parce que je n’ai pas eu le temps ces deux derniers jours, mais demain (aujourd’hui), les poils seront partis » , Jonas Vingegaard n’avait pas l’air inquiet, hier, lors de sa conférence de presse. Le double vainqueur du Tour (2022, 2023), en quête d’une troisième victoire, découvre pourtant de l’inédit, avec le Giro déjà dans les pattes avant d’attaquer l’été. La logique voudrait que cela lui pèse à un moment lors des trois prochaines semaines, qu’il faiblisse ici ou là, mais son équipe, Visma-Lease a bike, le répète: il est toujours mieux lors du deuxième Grand Tour couru.
Deux fois, le Danois (29 ans) en a enchaîné deux, mais c’était Tour de France et Vuelta, en 2023 (vainqueur puis 2e derrière son équipier Sepp Kuss, qu’il n’avait pas attaqué) et l’an dernier (2e puis vainqueur). « On peut faire confiance à son équipe et imaginer qu’ils ont pu observer des valeurs de puissance supérieures lors du deuxième Grand Tour, valide Samuel Bellenoue, ancien directeur de la performance de Cofidis. Et Visma est réputée pour sa précision dans l’accompagnement, donc il y a une part de vrai. Maintenant, y a-t-il une part de bluff aussi, on ne sait pas. Quand on parle de Vingegaard et Pogacar, ce sont quand même deux garçons qui sortent complètement du aujourd’hui, qui ont des cinétiques de récupération et une capacité d’enchaînement bien supérieures à la plupart des coureurs, même les meilleurs. On est sur des exceptions. »
Depuis le 31 mai et les photos en maillot rose à Rome, le leader des frelons s’est reposé une semaine avant de reprendre l’entraînement. Puis il est parti se préparer en altitude, à Tignes, rejoint ensuite par ses équipiers du Tour. « Je n’ai pas dû complètement me tuer sur le Giro, je n’en suis pas sorti sur les rotules, avoue Vingegaard, vainqueur avec plus de cinq minutes d’avance sur son dauphin. Donc j’ai vite pu monter en puissance pour le Tour. » « De l’extérieur, on l’a senti poussif au début, vainqueur avec de petits écarts, 13e du contre-la-montre, poursuit Bellenoue. Puis on a appris qu’il était malade. Donc on se dit qu’il l’a fait à l’économie. Ensuite, on a vu sa facilité à décrocher les autres quand il le voulait, donc il a pu monter en pression sans arriver à un niveau de fatigue trop marqué. Ce sont les conditions que l’on recherche à l’entraînement, cette fatigue. »
Avant le Tour, difficile de savoir si sa préparation a beaucoup varié par rapport aux saisons précédentes, où il n’allait pas en Italie. « Mais on sait les filières sur lesquelles travailler aujourd’hui, détaille celui qui entraîne notamment la championne de France du chrono Célia Le Mouël. Le premier seuil, car les courses vont très vite, et le deuxième, quand c’est la bagarre entre les meilleurs. Je ne sais pas avec quels marqueurs Visma travaille mais ils doivent faire très attention, faire des bilans intermédiaires pour être certains qu’il a bien récupéré et retravailler les zones cibles. Avec intelligence. »
Vincenzo Nibali, lors de ses enchaînements en 2016 et 2019, se souvient « ne pas avoir fait beaucoup d’intensités, et la première semaine d’entraînement servait surtout à maintenir un très bon niveau de condition physique ».
En 2024, Tadej Pogacar sortait lui aussi d’un Giro remporté haut la main quand il annonçait, fin juin : « Assez vite, j’ai commencé à me sentir bien sur le vélo et j’ai fait de bons entraînements, j’ai testé un peu les jambes et je ne me suis jamais senti aussi bien. J’ai l’impression d’avoir progressé. » Il allait gagner le Tour (avec Vingegaard diminué du fait de sa lourde chute en avril), un doublé plus vu depuis Marco Pantani en 1998.
« Je me sens mieux, plus fort que l’an dernier, et dans un meilleur état mental aussi, ose Vingegaard, 36 jours de course au compteur contre 25 et 26 avant ses deux victoires sur le Tour. J’ai eu une très bonne année jusqu’ici, j’apprécie davantage être en course que l’an dernier. J’ai essayé une nouvelle approche, car on a compris l’an passé que ce n’était pas l’idéal de répéter les mêmes choses d’une année sur l’autre, et je me sens bien. » « Et ce n’est pas un pari idiot, à ce niveau-là, la confiance joue beaucoup, souligne Samuel Bellenoue. Pour son équipe, le grand sujet, c’est de regagner le Tour et la façon dont ils ont géré Vingegaard, avec un calendrier opposé à celui de Pogacar, fait sens. »
Reste un hic. Au-delà des datas, la difficulté d’enchaîner Giro et Tour est que le deuxième est toujours plus relevé, quand la difficulté baisse entre France et Espagne. « C’est pourquoi la théorie de son équipe me surprend, expliquait, le mois dernier, Alberto Contador sur Eurosport.
Vingegaard peut aller mieux lors du deuxième Grand Tour, mais jusqu’ici, Pogacar n’a jamais été face à lui. Là, il y a Pogacar, Seixas, et on va voir comment ça se passe. » Et si ça se finit avec une triple couronne rarissime ou un troisième échec face à son meilleur ennemi.
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4 - S’il remporte le Tour de France, Jonas Vingegaard deviendrait le quatrième coureur à gagner trois Grands Tours d’affilée. Seuls Eddy Merckx (vainqueur de quatre d’affilée, Giro 1972, Tour 1972, Vuelta 1973 et Giro 1973), Bernard Hinault (Giro 1982, Tour 1982 et Vuelta 1983) et Chris Froome (Tour 2017, Vuelta 2017, Giro 2018) l’ont réussi jusqu’ici. Aux époques du Belge et du Français, la Vuelta avait lieu en avril-mai et s’achevait une semaine avant le Giro.
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