Valentin Paret-Peintre: «Le plus dur à gérer, c’est l’éloignement»


Valentin Paret-Peintre dans l’appartement à Tignes qu’il a partagé quelques jours avec François « Titi » Pignatelli (à gauche), son assistant sportif, et Wim De Wolf, son entraîneur chez Soudal-Quick Step. À droite, son explosion de joie après sa victoire au mont Ventoux au terme d’une lutte acharnée avec Ben Healy, le 22 juillet 2025 sur le Tour de France. Valentin Paret-Peintre lors de la 8e étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes entre Beaufort et le plateau de Solaison, le 14 juin.

Ces Français qu'on attend - Série 4/6

Le Tour s'élance samedi de Barcelone. Si la présence de Paul Seixas au départ sera la grande attraction, plusieurs coureurs français peuvent prétendre à leur manière jouer un rôle au gré des trois semaines de course.

Depuis sa victoire au Ventoux sur le Tour l’an dernier, le Haut-Savoyard a changé de dimension, mais il a gardé sa fraîcheur, sa sensibilité et une vie ordinaire, qu’il a pris le temps de raconter avant de partir pour sa deuxième Grande Boucle.

"Le Tour et sa préparation, 
c’est presque trois mois très loin de ceux qu’on aime"
   - VALENTIN PARET-PEINTRE

3 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

TIGNES (SAVOIE) – Derrière la porte de l’appartement numéro 90, au septième étage d’un immeuble de montagne comme la station de Tignes (Savoie) en compte tant, une colocation un peu particulière s’est installée sous les ornements boisés d’un lieu qui porte le simple nom de Belvédère. Valentin Paret-Peintre (25 ans) y a pris ses quartiers pendant pratiquement dix jours, entre la fin du Tour Auvergne-Rhône-Alpes et le départ pour Barcelone et le Tour de France.

Il partage l’endroit avec son entraîneur chez Soudal-Quick Step, Wim De Wolf, et un assistant sportif, François « Titi » Pignatelli, qui s’occupait déjà de lui chez AG2R. « Un cocon familial, un moment précieux et intime que je cherchais. Wim me fait souffrir et Titi me répare » , sourit « VPP », allongé sur sa table de massage alors que l’averse dehors redouble, gâchant un peu la vue sur le lac du val Claret, paysage reposant.

« C’est toi qui fais le travail, nous, on te regarde » , lance De Wolf, les yeux souvent rivés sur son ordinateur dans ce salon où traînent des serviettes, des huiles de massage, des bouteilles d’eau, un étendoir avec du linge qui sèche, des paquets de gâteaux et la télécommande de la télé. « Moi, je fais ce que tu me dis de faire » , chambre Paret-Peintre, qui a ouvert à L’Équipe les portes de son appartement pendant toute une soirée la semaine dernière. « En plus, Valentin fait à manger, rigole Titi. Hier, il nous a fait une belle tarte aux poireaux et au saumon, on a de la chance… » Le petit apéro de fin de journée est un passage obligé, un moyen de refaire le monde encore une fois après une journée à suer.

Le grimpeur a trouvé refuge à Tignes, car il fait moins chaud à 2 100 m d’altitude en cette période de canicule, qu’il y a des reconnaissances d’étapes à faire dans la région et que sa copine, Alicia, n’habite pas très loin, à Lanslebourg-Mont-Cenis. Plus bas dans la vallée, et donc plus près du coeur.

« Le Tour et sa préparation, c’est presque trois mois très loin de ceux qu’on aime. C’est important pour moi de passer du temps avec elle quand c’est possible, voilà pourquoi j’ai pris cet appartement. Se voir dix minutes au départ d’une étape pendant le Tour, c’est sympa, mais on ne partage pas un vrai moment »

Step après avoir coupé quelques dés de beaufort, du saucisson et servi un peu de bière bien fraîche à tout le monde. 

« Je trouve qu’on ne parle pas beaucoup de cette difficulté pour les coureurs, par rapport à d’autres sports qui font beaucoup de déplacements mais simplement le weekend. Dans le vélo, on fait des longs stages et des longues courses. Le plus dur à gérer, c’est l’éloignement dans la vie de couple » , ne cache pas le coureur, sensible sur le sujet mais sans aucun tabou à l’idée de l’évoquer. « Il y a des moments où c’est difficile, reprend-il. On est ensemble depuis quatre ans, je n’ai jamais été là pour son anniversaire, je n’ai jamais été avec elle pour le mien. J’aimerais être là pour certains événements, je sais qu’elle l’aimerait aussi, car c’est important. Et je sais que ce sera de plus en plus difficile parfois. »

Notamment dans la perspective d’une vie de famille avec enfant(s) alors que son frère, Aurélien (30 ans), professionnel chez Decathlon CMA CGM, est père depuis la fin avril et apprend à composer avec la difficulté de l’éloignement. Valentin se souvient aussi de longues discussions avec son ancien coéquipier Julian Alaphilippe. Il lui confiait qu’il était bien plus facile de partir en déplacement lorsqu’il n’avait pas son fils, Nino.

Avec les années, et même s’il est loin d’être un vieux briscard, le cadet des Paret-Peintre a appris à ne pas cacher ses émotions dans la vie de groupe. « Quand tu es jeune, tu fais genre que ça ne t’atteint pas, tu te caches pour téléphoner à ta copine. Beaucoup font les mecs fiers et disent qu’ils s’en fichent, sourit-il. Si ce n’est pas difficile de passer trois semaines sans ta copine, sans ta famille, c’est qu’il va y avoir un petit problème à un moment. Au tout début, j’avais du mal à appeler Alicia devant quelqu’un, maintenant je m’en fiche. Si je dois rester une demiheure au téléphone avec elle dans ma chambre avec mon coéquipier à côté, je le fais sans problème. Si lui ne veut pas appeler la sienne, c’est qu’il ne l’aime pas » , se marre le Français.

Les codes ont aussi évolué dans le milieu, avec des structures qui prennent en compte ce contexte pour leurs membres. « Les équipes pensent à la famille du coureur et à son entourage, souligne Paret-Peintre.

Ma copine était venue à la Flèche Wallonne, l’équipe avait payé l’hôtel et les repas pour elle aussi. Même chose pour les Championnats de France la semaine dernière. L’aspect humain est pris en compte, ils voient qu’on a besoin d’être bien dans notre tête. »

Le Français s’estime chanceux de mener de front sa vie professionnelle et sa vie hors vélo, dans un confort dont tout le monde ne peut pas se prévaloir. « Je suis en bonne santé, j’ai une copine qui m’aime, j’ai ma famille, j’ai un toit sur ma tête et je vis bien, réfléchit-il. Ça m’aide à relativiser le cyclisme pour les jours où ça marche moins bien. »

Valentin Paret-Peintre dessine en ce sens deux facettes de sa vie, celle sur le vélo et celle en dehors. Complémentaires, même si l’une peut très bien s’accomplir sans l’autre. « Quand je ne suis pas sur le vélo, mon but, c’est d’aller manger un gâteau en ville, d’aller boire un coup avec des potes, de me balader en montagne, sortir et profiter de la vie comme tous les gens le font dans un week-end normal, raconte-t-il. Il y a quelques années, j’avais en fait l’impression que le vélo était toute ma vie… »

Alors que la luminosité baisse d’un coup dehors, il termine un fond de bière et s’envoie tranquillement un bout de beaufort délicatement coupé par ses soins. « En fait, demain, si ça ne marche plus pour moi dans le vélo, je ne serai pas triste pour autant, je sais que je ne serai pas déprimé, pas malheureux, pas là à me morfondre. Ma vie a un sens sans le vélo, j’ai des projets à côté » , estime celui qui compte une victoire sur le Giro en 2024 et une sur le Tour l’an dernier. À quelques mètres de là, un oeil sur les données de puissance de la journée de son coureur et l’autre sur le match Suisse-Canada (2-1) de la Coupe du monde de football, De Wolf esquisse un sourire et relance la discussion sur ces thèmes. L’an dernier, il était en stage en Italie, où il séjourne régulièrement, lorsque son poulain s’était imposé au Ventoux le 22 juillet. Il montre ses bras et les poils qui se dressent encore en repensant à cette étape.

Un projet hors vélo a pris forme après cette journée-là, symbole de la complicité entre les deux hommes. Bientôt, un rasteau, fait de grenache, syrah et mourvèdre, sera mis en bouteille. La tête de Valentin Paret-Peintre ornera l’étiquette, déjà réalisée, de ce vin rouge. Son entraîneur la dégustera dans sa résidence secondaire au pied du Ventoux. Et cette cuvée sera le souvenir de ce jour, un trait d’union avec tout ce qui arrivera encore. Sur le vélo et pour tout ce qui se fait sans.

***

Après le Ventoux, le maillot à pois

3 Jul 2026 - L'Équipe
Th. P., à Tignes

Électron libre et détaché du classement général sur ce Tour, Valentin Paret-Peintre aura pour mission de viser le maillot à pois de meilleur grimpeur. Un objectif balisé dès le mois de décembre lorsque le parcours de la Grande Boucle était sorti. « Mon entraîneur a bien travaillé pour cibler les étapes qui peuvent rapporter le plus de points, on a établi une bonne stratégie. C’est mon objectif numéro 1, c’est un maillot qui parle aux gens et qui me fait rêver. Je trouve qu’il correspond assez bien à ma façon de voir le vélo en ce moment. J’ai envie de l’avoir ! » Le grimpeur de Soudal-Quick Step pourrait se montrer à l’offensive assez vite dans ce Tour, peut-être dès jeudi prochain, entre Pau et Gavarnie-Gèdre (cinq ascensions, dont un col de première catégorie, un hors catégorie et un deuxième catégorie). Le mardi 14 juillet, entre Aurillac et Le Lioran, avec sept cols, peut aussi être un moment propice à faire le plein de points pour le maillot de la montagne, avant le bouquet final dans les Alpes, les vendredi 24 et samedi 25 juillet à l’Alpe-d’Huez.

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