«Pogacar a une sorte de détachement quasi permanent dans la compétition »
Alors qu’il va diriger son vingtième Tour de France, Christian Prudhomme fait du Slovène le grand favori de la 113e édition, devant Jonas Vingegaard puis Paul Seixas, dont il loue le talent et la maturité.
“Je souhaite que Pogačar laisse quelque temps de suspense,
le Tour a d’ailleurs été fait crescendo pour ça aussi,
mais il est incontestablement dominateur"
“Ça fait déjà cinq-six ans qu’on cherche des choses en sous-bois.
La montée du Haag est emblématique pour cela.
C’est très dur, très irrégulier et c’est à l’ombre"
3 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Que change la présence de Paul Seixas au départ dans la chimie du Tour ?
Depuis le J-100 ici àBarcelone, il n’y a pas euunseul journaliste français, belge, hollandais, espagnol, britannique qui ne m’ait posé unequestion sur Paul Seixas. Absolument tout le monde, pas quenous, Français. Tous les suiveurs journalistes amoureuxduvélo parlent delui. Çachange qu’on aunespoir énormeavant, c’est la différence, mêmes’il nefera peut-être pas mieux que Romain Bardet qui a fini 2 (2016) et 3 (2017), Thibaut Pinot, 3 (2014) et qui nous atant fait rêver ou Julian (Alaphilippe). Je n’ai pas vu untel potentiel depuis Bernard Hinault.
Que trouvez-vous bluffant chez lui?
Sontalent et sa maturité. Je suis quasiment autant impressionné par ses déclarations après certaines courses que par ses performances. Je pense notamment à ce qu’il a pudire après sa chute sur le Tour Auvergne - Rhône-Alpes. C’était unchampionavec unematurité incroyable qui parlait. C’était exceptionnel, c’était le chef qui assumait tout, qui remerciait ses gars. Ça m’avraiment impressionné. Autrement, il y avraiment ce changement qui date de sa victoire en Ardèche ( le 28 février), quandil part pour son solo de 41 km. C’est àpartir dece moment-là quej’ai commencéàdire, plutôt que « onnelui envoudra pas s’il ne vient pas (sur le Tour) », « onnelui envoudra pas nonplus ducontraire ».
Vous dites-vous, personnellement, que vous dirigerez peut-être, dans les années à venir, un Tour de France avec un vainqueur français?
Non. Mais je suis content, ça c’est sûr, de voir un tel talent à 19 ans. Quand il a été champion du monde juniors (du contre-la-montre, en septembre 2024), je lui ai envoyé un texto pour le féliciter. Il m’a répondu quatre jours après en s’excusant parce qu’il n’avait pas le forfait en Suisse. C’était il n’y a mêmepas deux ans. Quand on voit maintenant le gars qui fait ces performances-là aujourd’hui, c’est incroyable.
Tadej Pogačar, lui, est à trois semaines de potentiellement devenir quintuple vainqueur du Tour…
Pour moi, au-delà duTour, il s’inscrit dans la lignée d’Eddy Merckx, c’est-à-dire qu’il est là tout le temps, dudébut àla fin dela saison. Il est évidemment le favori numéro1decette édition, sans le moindre doute. Il dit qu’il nes’intéresse pas à l’histoire, mais bien sûr quesi, il sait exactement quelles sont les courses dela légende et il va les chercher. L’amoureux duTour et duvélo qui sommeille enmoisouhaite qu’il laisse quelque tempsdesuspense, qu’il netue pas la course d’entrée, le Tour ad’ailleurs été fait crescendo pour ça aussi, mais il est incontestablement dominateur. Je suis curieux dele voir face à Jonas Vingegaard, qui, àmonsens, a récupéré de sa terrible chute du Tour du Pays Basque, il y adeuxans, et aécrasé lui aussi, dans le match en parallèle, Paris-Nice, le Tour de Catalogne et le Giro.
Qu’est-ce qui vous impressionne chez Pogačar particulièrement?
Je dirais le détachement plutôt quele recul. Lerecul mevient plutôt pour Paul Seixas dans ses déclarations, mais lui a une sorte de détachement quasi permanent dans la compétition.
L’usure mentale qu’il aunpeudévoilée l’an passé, vous la comprenez?
de Tour deFrance. Il aparlé d’usure mentale, mais à Liège-Bastogne-Liège, il gagne, il repart àvélo jusqu’à la salle de presse alors qu’il y a une voiture à disposition. Il n’a pas peur depasser au milieu des gens, il gère tout ça de manière exceptionnelle.
Le parcours, vous le disiez, va crescendo pour éviter un coup de massue trop tôt. Est-ce dur de tracer un Tour de France alors que lui semble avoir les clés pour répondre à tout?
Il y a eu une époque où on se demandait ce qu’il fallait mettre comme difficulté pour qu’il y ait une attaque des favoris. Je me souviens avoir entendu un champion dire « le Ventoux, c’est pas assez dur » . Onest revenus au sens complètement contraire. Une côte qui peut paraître anodine, ça va être un feu d’artifice.
Avec Pogačar, le Sucau-May sur l’étape de Corrèze (le 12 juillet), c’est plus loin de l’arrivée (80 km) quela première fois en 2020, mais il est capable d’en coller une, et s’il le fait, il y aura peut-être Seixas, Vingegaard, Evenepoel dans la roue. Il donne beaucoup plus d’opportunités parce que tu peux mettre des difficultés à 20, 30, 40 km (de l’arrivée) ente disant que peut-être ça donnera quelque chose alors qu’il y a dix ans, c’était sûr queçane donnerait rien si ce n’était pas dans les cinq derniers.
Il a rendez-vous à l’Alpe d’Huez dans cette édition…
Oui, il n’y apasle moindre doute. C’est peut-être même un double rendez-vous avec les deux arrivées là-haut. Mais je suis curieux devoir le 14 juillet aussi, le Lioran. Vingegaard l’y a battu quasiment àla photo finish (en 2024). Pogacar n’aime pas les défaites commeça. Pour moi, sa domination actuelle part desonéchec au contre-la-montre de Combloux( 2023).
Au-delà du sportif, la chaleur est un sujet de préoccupation. Comment s’en protéger?
Il y atrois types de populations, les coureurs, les suiveurs, le public. On a des champions qui s’entraînent parfois dans la chaleur la plus extrême volontairement, il y a un protocole climat mis en place par l’Union cycliste internationale ( UCI) depuis quelques années et après, il y a des possibilités d’ouvrir le ravitaillement plus largement, de mettre des délais (d’élimination) plus longs. Nous-mêmes, nous allons mettre une moto-fraîcheur supplémentaire. On a demandé de la glace en plus. Il y a tout un tas dechoses et puis on est en contact en permanence avec l’UCI, les représentants des coureurs et ceux des équipes.
Après, il y al’aspect formel avec les autorités, les préfets des départements traversés, avec lesquels onest encontact régulier. Tout dépendra des températures. Sur l’avenir, ça fait déjà cinq-six ans qu’on cherche des choses ensous-bois. La montée du Haag est emblématique pour cela. C’est très dur, très irrégulier et c’est à l’ombre. Mais ça neveut pas dire que, demain, il n’y aura plus d’Alpe d’Huez, de Galibier, de Tourmalet et plus de Ventoux. Mais il n’empêche quedansnos recherches deparcours, il y acet élément qui n’existait pas avant.
Le Tour d’Espagne avait été perturbé par des manifestations pro-palestiniennes, l’été dernier. Ya-t-il une crainte particulière pour ce grand départ de Barcelone?
C’est une adaptation classique et nécessaire sur toute édition du Tour de France. Sur Barcelone, les Mossos d’Esquadra (forces de police locales) nous disent qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir. »
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