Paraguay, la parole est à la défense


MAURO PIMENTEL/AFP - Le 29 juin, à Boston, 
Julio Enciso a ouvert le score à la 42e minute, avant que les Allemands n’égalisent.

Les Bleus affrontent la Albirroja en 8es de finale de la Coupe du monde, samedi, à Philadelphie. Une équipe méconnue, qui a sorti l’allemagne en 16es, et qui se base notamment sur sa solide ligne défensive et son esprit combatif.

« J’avais 26 guerriers avant le match contre la Mannschaft, 
et ils sont devenus des légendes. »
    - GUSTAVO ALFARO, SÉLECTIONNEUR DU PARAGUAY

3 Jul 2026 - L'Humanité
NICOLAS GUILLERMIN

Ne jamais sous-estimer l’adversaire. Didier Deschamps le répète souvent à ses joueurs. Mais se voir déjà arrivé ou supérieur à un rival reste une faiblesse humaine. Le sélectionneur a beau veiller à ce que les chevilles de ses joueurs n’enflent pas trop à la suite des torrents d’éloges qui déferlent dans les médias français ou étrangers et sur les réseaux sociaux depuis le début du Mondial, l’équipe de France aborde son 8e de finale face au modeste Paraguay, samedi 4 juillet, à Philadelphie (États-unis), avec l’indiscutable statut de grandissime favori (M6, 22 h 50). Si une qualification des Bleus semble l’issue la plus probable, la victoire pourrait néanmoins connaître quelques difficultés avant de se dessiner tant l’opiniâtreté est une vertu cardinale de cette sélection sud-américaine.

Mais que sait-on vraiment de la Albirroja (la blanche et rouge) ? À vrai dire, pas grand-chose. On connaît tellement mal le football paraguayen et sa sélection (34e au classement Fifa) que, depuis la qualification en 16es de finale contre la Suède (3-0), mardi, on convoque le souvenir de la Coupe du monde 1998 avec le fameux 8e de finale à Lens contre le Paraguay et sa défense de fer. Après 114 minutes de domination, mais aussi de souffrances et de doutes, les Bleus l’avaient finalement emporté 1-0 grâce au but en or du défenseur Laurent Blanc. C’est la dernière fois que les Bleus ont affronté le Paraguay en compétition.

MARQUER EN CONTRE-ATTAQUE

Vingt-huit ans plus tard, l’équipe de France offre un visage bien plus offensif et séduisant. Mais les Bleus restent prudents. « On ne se sent pas invincibles mais on a la confiance avec nous », reconnaît néanmoins leur capitaine, Kylian Mbappé, avant d’ajouter que ce match sera « compliqué » : « Ils ont réussi à sortir l’allemagne (1-1, 4 tirs au but à 3), ça veut dire qu’ils ont beaucoup de qualités.» Didier Deschamps lui emboîte le pas. « Il y a cet ADN sud-américain, ça accroche, c’est dans les duels, a-t-il confié au micro de M6. Il y a de bons joueurs aussi, on ne peut pas se qualifier en 8es de finale par hasard. »

Pour arriver jusqu’au Mondial, les Paraguayens ont surmonté nombre d’épreuves et si les Bleus sont en « mission », comme l’a indiqué le sélectionneur français, la Albirroja aussi. Après avoir écarté l’allemagne, quadruple championne du monde, le sélectionneur argentin du Paraguay, Gustavo Alfaro, a souligné la «grinta», l’esprit combatif, qui anime ses joueurs. «J’avais 26 guerriers avant le match et ils sont devenus des légendes. Peut-être que nous serons éliminés au prochain tour, peut-être pas. On verra (…). Mes garçons donnent leur coeur sur le terrain. »

Arrivé en août 2024 aux commandes d’une sélection paraguayenne mal embarquée dans les éliminatoires du Mondial, avec seulement 5 points après six matchs, celui qui a entraîné Boca Juniors et qualifié l’équateur à la Coupe du monde 2022 redresse la barre de façon spectaculaire. Lors des 12 matchs suivants, il ne concède qu’une seule défaite au Brésil (1-0) au milieu de six nuls et cinq victoires dont deux contre le Brésil (1-0 au match retour) et l’argentine (2-1) pour aller chercher la 6e et dernière place qualificative. Si ces joueurs marquent peu (14 buts en 18 matchs), leur ligne défensive est une muraille (10 buts encaissés, meilleure défense des éliminatoires avec l’argentine).

Dans ce Mondial, après une défaite inaugurale (4-1) contre les États-unis, le Paraguay a immédiatement relevé la tête, en battant la Turquie (1-0), bien que réduit à dix juste avant la pause. Avec 4 points dans le groupe D, après un nul contre l’australie (0-0), l’équipe sud-américaine dont la majorité des joueurs évoluent au Brésil et en Europe se qualifie facilement en terminant parmi les huit meilleurs troisièmes.

Face à des équipes supérieures sur le papier, leur stratégie est connue: laisser le ballon à l’adversaire et marquer en contreattaque. Au tour précédent, les Allemands ont monopolisé le cuir (75,4 % de possession) sans parvenir à les faire plier. Contre le cours du jeu, c’est leur vedette, qui évolue au RC Strasbourg, Julio Enciso, qui a ouvert le score à la 42e, avant que les Allemands n’égalisent. Auteur de trois passes décisives lors de l’ultime journée de Ligue 1 face à Monaco, Julio Enciso (22 ans) a souvent éclairé le jeu de Strasbourg cette saison (12 buts, 9 passes décisives) en championnat comme en Ligue Conférence où les Alsaciens ont atteint la demi-finale.

Le Paraguay dispose aussi d’un bon gardien, Orlando Gill, que les Bleus devront éviter de mettre en confiance, et qui s’est illustré lors des tirs au but. Le Paraguay ne fait d’ailleurs pas mystère d’attendre cette séance finale pour se qualifier. « On avait analysé chaque joueur (allemand) et chaque détail concernant les tireurs de penalty. (…) Nous avons éliminé un champion. C’est dédié à tous les Paraguayens. » Les Bleus sont prévenus.

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