Aleksander Ceferin, l’influent président de L’UEFA qui veut faire tomber Gianni Infantino
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Aleksander Ceferin, lors de la finale de la Ligue des champions
entre le Paris Saint-Germain et Arsenal, le 30 mai, à Budapest.
Patron du football européen depuis dix ans, l’ancien avocat slovène a étendu son influence au fil du temps pour devenir le visage du contre-pouvoir face à la FIFA.
« J’ai rencontré moins de criminels en vingt-cinq ans
en tant qu’avocat qu’en deux ans dans le football »
- Aleksander Ceferin président de L’UEFA
11 Aug 2026 - Le Figaro
Sébastien Ferreira
Il a cette voix grave, celle des hommes de l’ex-yougoslavie, alourdie par les horreurs qui ont accompagné son entrée dans la vie active. Aleksander Ceferin, né à Ljubljana en 1967, se souvient du soir où il dînait chez ses parents en 1991, lorsqu’un homme a sonné à la porte. « Il nous a dit : “La guerre a commencé.” » Cinq ans après son service militaire, où il avait rencontré des Croates, des Bosniens et des Serbes, le voilà rappelé sous les drapeaux, et pas dans le même camp que ses anciens frères d’armes. Heureusement, « ça n’a duré que 10 jours en Slovénie », racontait-il dans le podcast « The Overlap » de l’ancien footballeur anglais Gary Neville en 2023.
Difficile, quand on connaît les origines du président de L’UEFA, d’utiliser le mot « guerre » dans la fronde qu’il mène face au patron de la Fifa, Gianni Infantino, dont l’ambitieux projet d’investissements privés à la Fédération internationale a été avorté en grande partie à cause du soulèvement de la confédération européenne. Les guerres de Yougoslavie ont fait au moins 100000 morts, dont environ 70 personnes en Slovénie. Ceferin n’a toutefois gardé que des bons souvenirs de sa vie avant l’indépendance de son pays. « J’ai eu une enfance très belle et joyeuse. Nous n’avions pas beaucoup de choses matérielles. On vivait dans un régime socialiste, ce qui n’était d’ailleurs pas aussi dur que beaucoup d’occidentaux le pensent », jure ce fils d’un avocat et d’une directrice d’école primaire. Un exemple pour l’illustrer : « Notre voisine était femme de ménage. Néanmoins, nous avions des maisons de taille similaire. J’avais une seule paire de chaussures pour aller à l’école, jouer au foot, au basket, mais on n’avait pas besoin de plus. »
Ceferin avait peu de choses, parmi lesquelles un avenir tout tracé. Celui d’être un grand avocat, comme son grand frère, son père et son grand-père avant lui. Diplômé en droit à l’université de Ljubljana à 24 ans, il reprend le cabinet familial à 26. Sa spécialité, le droit pénal, l’amène parfois à défendre des personnes soupçonnées de crime.
« Je ne défendais pas que des criminels, certains n’étaient pas coupables », corrigeait-il dans un sourire, ajoutant avoir « rencontré moins de criminels en vingt-cinq ans en tant qu’avocat qu’en deux ans dans le football ».
De son entrée dans l’univers du ballon rond, Ceferin n’a laissé filtré que des bribes. Ancien joueur (football et futsal) et supporteur du club croate de l’hajduk Split plus jeune, il a aussi collaboré avec des sportifs dans le milieu du droit. Il s’est tissé un réseau, lentement mais sûrement. Il a rejoint le comité exécutif de l’olimpija Ljubljana, le plus gros club de la capitale slovène, en 2006. Son travail de l’ombre lui donne la crédibilité pour être élu, en 2011, à la tête de la Fédération slovène de football. Sans griller les étapes, le voilà élu en 2016, à 49 ans, président de L’UEFA, profitant du « Fifagate », une affaire de corruption ayant précipité la chute de Sepp Blatter, alors président de la Fifa, et de Michel Platini, son homologue à L’UEFA (le Français a été blanchi par la justice des années plus tard).
« À ce moment, le football avait besoin d’un avocat plus que d’une star », justifiait Ceferin pour Le Monde en 2019. L’europe a ainsi pu découvrir « un homme très sensé, certes froid mais remarquablement posé», décrit Jeanmichel Aulas, historique président de l’olympique Lyonnais (1987-2023), pour Le Figaro. « Posé », Ceferin ne l’était pas vraiment à l’école. Avoir des bonnes notes ? Il s’en fiche, il est audessus de ça. Comme si sa vie était écrite, ses camarades de classe étaient, par exemple, un futur joueur international (Primoz Gliha, 28 sélections, 10 buts) ou le futur patron de la SNCF slovène (Blaz Miklavcic), son frère, Rok, est devenu le président de la Cour constitutionnelle de Slovénie et sa soeur, Petra, professeur en architecture à l’université.
Ceferin écolier n’écoute pas, même quand c’est sa directrice de mère qui le dispute. « Des trois enfants, j’étais le plus problématique. Je me battais souvent avec mes parents, mais j’ai beaucoup appris d’eux», reconnaît celui qui dit penser à sa mère « tous les jours » depuis sa mort en 2002, elle qui avait « un sens très développé du bien et du mal ».
Sur sa famille il ne s’épanche pas. Pas plus que sur d’autres sujets qui entretiennent une forme de mythe. Ce père de famille (trois enfants), avare en mots, parle peu de son amour pour le karaté. Il est ceinture noire et apprécie l’effet relaxant de sa pratique le matin avant d’attaquer la journée. Il se passionne aussi pour la traversée du Sahara, qu’il a effectuée cinq fois en voiture et une fois à deux-roues. « Le Sahara est fantastique, mais c’est trop dangereux à moto », relevait-il pour le
New York Times. Ses dix années de présidence à L’UEFA ont connu leur lot de péripéties, entre l’euro 2020 décalé d’un an à cause du Covid-19 ou les incidents autour du Stade de France lors de la finale de la Ligue des champions 2022. Il a passé une bonne partie de son temps à entretenir le système du fair-play financier introduit par Michel Platini, contribuant à limiter le surendettement des clubs et à contraindre à une plus grande transparence. Mais il s’avère encore parfois impuissant face aux grosses cylindrées qui trouvent toujours des moyens de contourner les règles.
Les puissants, il les a affrontés en 2021 lors du projet avorté de Superligue, qui l’a vu remporter son bras de fer avec les plus gros clubs européens… et céder, quand même, une réforme de la Ligue des champions favorable à ces mêmes clubs, mais moins qu’ils ne l’espéraient. « Je sais jauger les gens. On ne m’effraie pas facilement », affirmait celui qui est prêt à ruiner son amitié avec Andrea Agnelli, ancien président de la Juventus, figure de proue dans le projet de Superligue, et qui avait choisi Ceferin pour être le parrain d’une de ses filles. « À mes yeux, Andrea Agnelli n’existe plus », avait planté le Slovène, se sentant trahi, en juin 2021.
Il ne porte pas plus dans son coeur Gianni Infantino, promu à la tête de la Fifa en même que Ceferin à la tête de L’UEFA, en 2016. D’abord alliés, les deux dirigeants avaient vu leur relation se dégrader rapidement. L’italo-suisse, à travers notamment la création de la Coupe du monde des clubs et son rêve d’un Mondial tous les deux ans, a tout fait pour étendre l’influence de la Fifa. Quitte à brider celle de L’UEFA. Le projet de vendre des parts de la Coupe du monde a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase européen.
L’UEFA a brandi la menace d’un boycott, se positionnant en chef de file de l’opposition, renforcée par les confédérations nord-américaine et asiatique. Son influence, couplée à la grogne populaire, a poussé les soutiens d’infantino (Arsène Wenger, son conseiller Carlos Cordeiro, le numéro deux de la Fifa Mattias Grafström…) à le lâcher. L’italo-suisse a fini par renoncer. Un camouflet dans le conflit larvé qui l’oppose à Ceferin.
Le Slovène (58 ans), est «un homme solide, juste et apprécié des fédérations », appuie Aulas. Ce lundi dans une lettre ouverte, L’UEFA, la Concacaf (confédération nord-américaine) et L’AFC (confédération asiatique) ont à nouveau piqué la Fifa, rappelant que le football « n’appartient à aucun individu». L’instance européenne maintient son intention de boycotter les compétitions de la Fifa tant qu’elle n’aura pas la garantie que « d’autres tentatives visant à défigurer le jeu ne seront plus jamais faites ». Le sousentendu est clair : seule une démission d’infantino lui apporterait satisfaction.
En mars 2027, ce dernier sera candidat à sa réélection, et ce qui semblait inévitable il y a encore un mois ne l’est plus tant que ça. L’UEFA pourrait-elle envoyer un homme le défier dans les urnes? Cet homme pourrait-il être Ceferin ? En 2024, un an après sa réélection, il excluait indirectement cette hypothèse : « Je ne prévois pas de continuer (à la tête de L’UEFA, NDLR) après 2027 (prochaine élection en avril, NDLR), principalement parce que je suis loin de ma famille depuis sept ans et je le serai trois ans de plus jusqu’à 2027. » Mais en politique, la vérité d’hier n’est pas toujours celle d’aujourd’hui, encore moins celle de demain, et, comme tous ses confrères, Ceferin aime diriger, posséder, gagner. Faire chuter l’omnipotent patron du football mondial consoliderait son pouvoir au coeur de l’échiquier.
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