Faussement vulnérable
Mal informé, sorti de route puis assoiffé, Tadej Pogačar a quand même battu Enric Mas au sprint, hier, pour la 6e étape de la Vuelta. Au vu de sa supériorité, le Maillot Rouge peut se permettre quelques approximations.
«On voyait à la télé que Tadej était seul.
Soudain, on a vu Mas le dépasser»
- MATXIN, FERNANDEZ DIRECTEUR
SPORTIF CHEZ UAE EMIRATES-XRG
«Mas a fait une petite erreur,
donc je l’ai dépassé et j’ai essayé
de prendre mes propres trajectoires,
mais c’était une bêtise»
- TADEJ POGACAR
28 Aug 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
CASTELLON DE LA PLANA (ESP) – Quelle façon punk de gérer son matelas d’avance ! Parti à l’abordage à 24 km de l’arrivée sans un bidon et en connaissant mal la montée du Bartolo, où les erreurs dans les écarts annoncés ont renforcé son insouciance, Tadej Pogačar a été rejoint par Enric Mas avant une descente périlleuse où il est parti à la faute, hier. Le leader d’UAE Emirates-XRG aurait pu tout perdre dans cette courbe, la Vuelta qu’il n’a encore jamais gagnée et ses objectifs automnaux, au lieu de quoi il remporta son troisième succès d’étape au sprint contre l’Espagnol et conforta son maillot rouge. « On s’est fait une belle frayeur, soufflait quand même son directeur sportif, Fernandez Matxin. D’autant plus qu’on s’était dit de ne pas prendre de risques car il y avait environ un demi-mètre entre la route et le bas-côté sur pratiquement toute la descente. »Tadej Pogačar a encore devancé ses concurrents hier et décroche sa 3e victoire d’étape sur cette Vuelta.
Pas vraiment tombé, Pogačar a dû tracer tout droit dans l’herbe et mettre pied à terre pour se sauver, mais il concédait aussi une « erreur » et être « heureux d’avoir pu rester sur le vélo parce que ça aurait pu être une grosse chute ou plus de temps de perdu » . Malgré plus de trois minutes d’avance (3’34’’ désormais), le Slovène de 27 ans maintient le spectacle avec ses improvisations. Cette 6e étape, lui et son équipe n’en faisaient même pas une priorité absolue. « Il y a quand même une chance que l’échappée aille au bout, avançait Pavel Sivakov en bord de mer au départ d’Alcossebre. L’équipe pense que ce sera difficile à contrôler, si c’est le cas on laissera filer. »
Les multiples attaques de la première heure ont confirmé cette intuition et les UAE sont restés vigilants pour filtrer, Matxin ayant averti des risques de bordure dans la région. Formée tardivement avec seize coureurs, l’échappée n’est donc même pas parvenue à rivaliser avec Kevin Vermaerke et João Almeida pour prendre plus de quatre minutes, et la victoire pendait au nez du leader. Après deux gros relais de Jay Vine et Pablo Torres, Pogačar s’est donc lancé en Pac-Man dans l’Alto del Bartolo, à plus de 24 km de l’arrivée, et est sorti seul en tête des 3,5 km de chemin de terre qui font la particularité de cette montée. « Puis Mas est passé juste à côté de moi au sommet et là je me suis dit : “Mais qu’est-ce qu’il se passe ?” »
« On n’avait aucune information», expliquait Matxin. «À la radio on a juste entendu qu’il y avait près d’une minute d’avance sur le groupe Roglič, et on voyait à la télé que Tadej était seul. Soudain, on a vu Mas le dépasser. »
Pointé à 15’’ à 23,5 km de l’arrivée, l’Espagnol de Movistar est en fait revenu à 5’’ dans la courte descente sur la route bétonnée avant le mur final où il s’arrachait pour prendre les six secondes de bonification au sommet. « Je ne connaissais pas bien la montée, donc j’ai mal géré mon ascension » avoua Pogačar. « On n’avait pas fait de reconnaissance car Tadej a fait celles du Tour de France et s’est reposé ensuite, expliqua Matxin. On avait évidemment montré une vidéo mais ce n’est jamais pareil qu’en vrai, surtout que ce n’était pas encore la route refaite. »
Prenant ses responsabilités dans la descente malgré ses lacunes dans l’exercice, Mas a tenté ensuite de tempérer les ardeurs du Slovène. « Il y avait plusieurs virages serrés, la route était en béton et certaines portions étaient sales», expliquait le 2e du général. «J’ai prévenu Tadej qu’il y avait un virage serré. » Mais le Maillot Rouge y vit une nouvelle occasion de se faire la malle en solitaire en prenant l’intérieur. « Cette descente est tellement raide qu’on ne peut pas prendre de bonnes trajectoires, il faut freiner à fond, expliqua-t-il. Mas a fait une petite erreur, donc je l’ai dépassé et j’ai essayé de prendre mes propres trajectoires, mais c’était une bêtise. »
Sa presque chute fut une alerte supplémentaire pour l’encourager à être plus prudent jusqu’au sprint à Castellon de la Plana, où il franchit la ligne les lèvres blanchies, indiquant immédiatement d’un geste de la main qu’il avait besoin de boire.
« Notre voiture était à au moins trois minutes de Tadej, c’était le chaos » , justifia Matxin. « À 15 km de l’arrivée, j’ai demandé une bouteille d’eau mais je n’ai pas eu de réponse des commissaires ou de la voiture de direction, indiqua le vainqueur d’étape. Sous cette chaleur, si vous n’avez pas d’eau dans les 25 derniers kilomètres, c’est quand même une grosse galère. » C’est donc déshydraté qu’il empocha son 22e succès de l’année, le rapprochant ainsi du record des 25 victoires d’Alessandro Petacchi établi en 2005 et qu’il égala déjà en 2024. Même à l’arrache, Pogačar est lancé vers la meilleure saison du XXIe siècle.
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