Allemagne - Un brun flippant


L’AfD décolle, Merz dégringole

La large victoire du parti d’extrême droite AfD emmené par Ulrich Siegmund en SaxeAnhalt fragilise un peu plus l’impopulaire chancelier Friedrich Merz. Un coup de tonnerre politique qui dépasse les frontières de l’Allemagne.

8 Sep 2026 - Libération
Par Christophe Bourdoiseau Correspondant à Berlin

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, voulait «diviser l’extrême droite par deux». C’est le contraire qui s’est produit dimanche : avec la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, ­l’extrême droite a réduit de moitié l’électorat conservateur. Un triomphe sans précédent pour la famille politique dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne et un «choc» pour le chancelier qui n’en menait pas large lundi matin devant les journalistes, au siège de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), pour débriefer une déroute électorale inédite. Il s’agit de la «plus grande défaite de la CDU depuis des décennies», admet-il. Cela étant, ce n’est pas une raison pour en tirer des conséquences politiques, ni à la chancellerie ni à la tête de son parti. «Je n’ai pas l’intention d’abandonner», a-t-il annoncé.

«Un responsable politique du XIXe siècle»

Faisant référence au chancelier de la réconciliation franco-allemande, Konrad Adenauer, et à celui de la réunification, Helmut Kohl, Friedrich Merz a utilisé de grandes formules pour réaffirmer son attachement aux «valeurs de la Constitution». En réponse au ­triomphe de l’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite parvenu largement en tête aux élections régionales de Saxe-Anhalt (environ 44 %), il a promis de changer de style et d’expliquer ses réformes aux Allemands «plus émotionnellement», disons moins «mathématiquement».

La formule a laissé pantois les journalistes. En effet, le chancelier est déjà connu pour son manque d’empathie. «Il ne cesse de s’aliéner les électeurs en choisissant des mots qui ne passent pas. Il parle aux gens comme un professeur. Il se comporte comme un responsable politique du XIXe siècle !» s’emporte la directrice de l’Académie de science politique de Tutzing, Ursula Münch, également spécialiste du parti conservateur dont Friedrich Merz est le président. «A son âge, je ne pense pas qu’il puisse changer son comportement», déplore-t-elle.

En substance, Friedrich Merz ne compte rien changer à ses réformes (retraites, santé, impôts), alors que 80 % des électeurs de SaxeAnhalt ont déclaré dans les sondages que leur vote était une sanction contre le gouvernement à Berlin.

Contrairement à Merz, une large partie de la classe politique allemande semble avoir compris la dimension historique du vote. Pour le patron de la Bavière, Markus Söder (CSU), le résultat a été très dur à encaisser. «J’ai dû retenir mon souffle», dit ce conservateur, qui parle de «rupture avec le passé». Pour le ministre-président du Bade-Wurtemberg, Cem Ozdemir, ancien patron du parti écologiste, «plus rien ne sera plus comme avant pour toutes les forces démocratiques».

La présence de l’extrême droite dans les institutions devrait notamment perturber considérablement le fonctionnement du fédéralisme allemand et remettre en cause le consensus qui règne dans les commissions et les conférences interministérielles des Länder. Les décisions sont votées traditionnellement à l’unanimité. Le processus général ­risque désormais d’être perturbé par la présence de membres de l’AfD, comme c’est déjà le cas dans les communes.

Si l’extrême droite n’a pas obtenu dimanche la majorité absolue, elle est déterminée à accéder au pouvoir. Pour cela, elle cherche actuellement à débaucher quelques traîtres dans les rangs de la CDU pour gouverner la Saxe-Anhalt (il lui manque trois sièges). Le prétendant au trône, Ulrich Siegmund, est prêt à «tendre la main» aux députés «d’autres groupes parlementaires» qui souhaitent «remettre le pays sur pied».

«Un signal clair envoyé à Berlin»

Cet appel à la trahison s’adresse évidemment au camp de Friedrich Merz, qui a toujours ­refusé une alliance avec l’extrême droite. Pour l’heure, pas question de toucher au «cordon sanitaire», même en Saxe-Anhalt, en acceptant un quelconque soutien ou une alliance avec l’AfD. La nouvelle secrétaire générale, Franziska Hoppermann, n’imagine pas un instant que la CDU puisse pactiser avec un parti qui réclame l’arrêt des sanctions contre la Russie et des livraisons d’armes à l’Ukraine, et qui milite pour la fin de l’inclusion à l’école et du droit d’asile. «Aucun des quinze élus de la CDU élus dimanche ne changera de camp pour rejoindre l’AfD», a assuré l’actuel ministre-président de Saxe-Anhalt, Sven Schulze, qui ne devrait pas survivre politiquement à la cinglante défaite de dimanche.

Depuis, les rumeurs sur le remplacement de Merz ont repris de plus belle. «Cette option n’est plus un tabou», constate Wolfgang Muno, politologue à l’Université de Rostock. On parle désormais ouvertement dans les journaux et les coulisses de la CDU du «problème du chancelier».

Son avenir pourrait se décider dans deux semaines, après les élections du Mecklembourg et de Berlin lors desquelles la CDU pourrait subir deux nouvelles déroutes électorales. Ce pourrait être le coup de grâce pour le chancelier.

Le SPD ressort également très affaibli de ce scrutin. Ancien «grand parti populaire», il n’a pas été épargné par la montée de l’extrême droite qui vampirise les électeurs de tous les bords politiques. En Saxe-Anhalt, le SPD n’a pas dépassé la barre des 10 %.

Le côté «business as usual» de Merz a passablement irrité le vice-chancelier et patron du SPD, Lars Klingbeil, qui souhaite «adapter» les réformes impopulaires, notamment celle des retraites. «La Saxe-Anhalt est un signal clair envoyé à Berlin», a-t-il déclaré. Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, la gauche traditionnelle ne verrait pas de problème à changer de chancelier en cours de route.

Mais qui pour remplacer Merz ? On cite régulièrement le nom du ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hendrik Wüst. «Mais il doit mener une campagne électorale en avril, dans sa région, la plus peuplée d’Allemagne. Il ne pourra pas se soustraire à cette responsabilité dans ce bastion de la CDU», explique Ursula Münch. Markus Söder est l’autre prétendant, toujours à l’affût pour prendre la place du calife. «Il a plus de crédit que Merz dans les régions de l’Est, explique Barbara Münch. Mais il faudrait que les conservateurs de la CDU acceptent un Bavarois de la CSU. Ce n’est pas joué d’avance.»


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Germania - Un rosso bruno inquietante

L’AfD decolla, Merz crolla

L’ampia vittoria del partito di estrema destra AfD, guidato da Ulrich Siegmund, in Sassonia-Anhalt indebolisce ulteriormente l’impopolare cancelliere Friedrich Merz
Un colpo di scena politico che va oltre i confini della Germania.

8 settembre 2026 - Libération
di Christophe Bourdoiseau, corrispondente da Berlino

Il Cancelliere tedesco Friedrich Merz voleva «dimezzare l’estrema destra». Domenica è successo il contrario: con la vittoria dell’AfD in Sassonia-Anhalt, l’estrema destra ha dimezzato l’elettorato conservatore. Un trionfo senza precedenti per questa forza politica nella storia della Repubblica Federale di Germania e uno «shock» per il Cancelliere, che lunedì mattina, di fronte ai giornalisti presso la sede dell’Unione Cristiano-Democratica (CDU), non nascondeva il proprio disagio nel fare il punto su una sconfitta elettorale senza pari. Si tratta della «più grande sconfitta della CDU da decenni», ammette. Detto questo, non è un motivo per trarne conseguenze politiche, né alla Cancelleria né alla guida del suo partito. «Non ho intenzione di mollare», ha annunciato.

«Un politico del XIX secolo»

Facendo riferimento al Cancelliere della riconciliazione franco-tedesca, Konrad Adenauer, e a quello della riunificazione, Helmut Kohl, Friedrich Merz ha usato formule altisonanti per riaffermare il suo attaccamento ai «valori della Costituzione». In risposta al trionfo di Alternative für Deutschland (AfD), il partito di estrema destra che si è aggiudicato un ampio vantaggio alle elezioni regionali della Sassonia-Anhalt (circa il 44%), ha promesso di cambiare stile e di spiegare le sue riforme ai tedeschi in modo «più emotivo», diciamo meno «matematico».

La frase ha lasciato sbalorditi i giornalisti. Infatti, il Cancelliere è già noto per la sua mancanza di empatia. «Non fa che allontanare gli elettori scegliendo parole che non vengono accettate. Parla alla gente come un professore. Si comporta come un politico del XIX secolo!», sbotta la direttrice dell’Accademia di scienze politiche di Tutzing, Ursula Münch, esperta anche del partito conservatore di cui Friedrich Merz è presidente. «Alla sua età, non credo che possa cambiare il suo atteggiamento», deplora.

In sostanza, Friedrich Merz non intende modificare in alcun modo le sue riforme (pensioni, sanità, tasse), mentre l’80% degli elettori della Sassonia-Anhalt ha dichiarato nei sondaggi che il proprio voto era una sanzione contro il governo di Berlino.

A differenza di Merz, gran parte della classe politica tedesca sembra aver compreso la portata storica del voto. Per il leader della Baviera, Markus Söder (CSU), il risultato è stato molto difficile da digerire. «Ho dovuto trattenere il respiro», afferma questo conservatore, che parla di «rottura con il passato». Per il ministro-presidente del Baden-Württemberg, Cem Ozdemir, ex leader del partito dei Verdi, «nulla sarà più come prima per tutte le forze democratiche».

La presenza dell’estrema destra nelle istituzioni dovrebbe, in particolare, compromettere notevolmente il funzionamento del federalismo tedesco e mettere in discussione il consenso che regna nelle commissioni e nelle conferenze interministeriali dei Länder. Le decisioni vengono tradizionalmente votate all’unanimità. Il processo generale rischia ora di essere compromesso dalla presenza di membri dell’AfD, come già avviene nei comuni.

Sebbene domenica l’estrema destra non abbia ottenuto la maggioranza assoluta, è determinata a conquistare il potere. A tal fine, sta cercando di reclutare alcuni traditori tra le file della CDU per governare la Sassonia-Anhalt (le mancano tre seggi). L’aspirante al trono, Ulrich Siegmund, è pronto a «tendere la mano» ai deputati «di altri gruppi parlamentari» che desiderano «rimettere in piedi il Paese».

«Un segnale chiaro inviato a Berlino»

Questo appello al tradimento è ovviamente rivolto al campo di Friedrich Merz, che ha sempre rifiutato un’alleanza con l’estrema destra. Per il momento, non se ne parla di intaccare il «cordone sanitario», nemmeno in Sassonia-Anhalt, accettando alcun tipo di sostegno o alleanza con l’AfD. La nuova Segretaria generale, Franziska Hoppermann, non immagina nemmeno per un istante che la CDU possa allearsi con un partito che chiede la fine delle sanzioni contro la Russia e delle forniture di armi all’Ucraina, e che si batte per l’abolizione dell’inclusione scolastica e del diritto d’asilo. «Nessuno dei quindici rappresentanti della CDU eletti domenica cambierà schieramento per passare all’AfD», ha assicurato l’attuale ministro-presidente della Sassonia-Anhalt, Sven Schulze, che probabilmente non sopravviverà politicamente alla cocente sconfitta di domenica.

Da allora, le voci sulla sostituzione di Merz sono tornate a circolare con rinnovato vigore. «Questa opzione non è più un tabù», osserva Wolfgang Muno, politologo dell’Università di Rostock. Ormai si parla apertamente sui giornali e nei corridoi della CDU del “problema del Cancelliere”.

Il suo futuro potrebbe decidersi tra due settimane, dopo le elezioni nel Meclemburgo e a Berlino, in cui la CDU potrebbe subire due nuove sconfitte elettorali. Potrebbe essere il colpo di grazia per il Cancelliere.

Anche l’SPD esce molto indebolito da queste elezioni. Un tempo «grande partito popolare», non è stato risparmiato dall’ascesa dell’estrema destra, che sta sottraendo elettori a tutti gli schieramenti politici. In Sassonia-Anhalt, l’SPD non ha superato la soglia del 10%.

L’atteggiamento da “business as usual” di Merz ha irritato non poco il vicecancelliere e leader dell’SPD, Lars Klingbeil, che vorrebbe “adattare” le riforme impopolari, in particolare quella delle pensioni. «La Sassonia-Anhalt è un chiaro segnale inviato a Berlino», ha dichiarato. Secondo il settimanale Der Spiegel, la sinistra tradizionale non vedrebbe alcun problema nel cambiare cancelliere a metà mandato.

Ma chi potrebbe sostituire Merz? Viene citato spesso il nome del ministro-presidente della Renania Settentrionale-Vestfalia, Hendrik Wüst. «Ma ad aprile dovrà condurre una campagna elettorale nella sua regione, la più popolosa della Germania. Non potrà sottrarsi a questa responsabilità in questa roccaforte della CDU», spiega Ursula Münch. Markus Söder è l’altro pretendente, sempre in agguato per prendere il posto del leader. «Gode di maggiore credito rispetto a Merz nelle regioni orientali», spiega Barbara Münch. «Ma i conservatori della CDU dovrebbero accettare un bavarese della CSU. Non è affatto scontato».

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«Le parti d’extrême droite remodèle la mémoire de la RDA»


L’AfD s’est implanté dans une région de l’exRDA où les citoyens se sentent «déclassés», analyse l’historien Nicolas Offenstadt.

8 Sep 2026 - Libération
Recueilli par Clémence Mary

Si la victoire de l’AfD aux élections de Saxe-Anhalt a suscité un séisme dimanche, ce n’est pas seulement en raison du passé nazi de l’Allemagne, mais aussi car elle a eu lieu dans une région de l’ex-RDA. Le parti d’extrême droite a surfé sur le sentiment de relégation, économique et politique, à la suite de la chute du Mur, souligne l’auteur d’une Histoire globale de la RDA (Taillandier, janvier 2026).

Ce résultat dans ce territoire en particulier, qu’est-ce que ça représente ?

D’abord, c’est un symbole écrasant: une immense victoire de l’extrême droite, dont toute une composante est néonazie, à une élection en AlleEnsuite, très concrètement, ce scrutin local donne une assise supplémentaire très forte à l’AfD pour la suite, au niveau national, dans un contexte difficile.

Cette percée histo­rique de l’extrême droite en ex-RDA, n’est-ce pas aussi le résultat d’une lente implantation ?

Bien entendu. Même bien avant que l’AfD n’existe – le parti a été fondé en 2013 –, lors de la chute de la RDA (1989-1990), l’extrême droite de l’époque, à l’Ouest, a envoyé ses troupes à l’Est pour profiter de la situation de transition, de la montée des skinheads. Il ne s’agissait pas tant des élections que de s’implanter sur le terrain, parfois même d’imposer une forme de terreur ou d’ordre local. L’AfD a bénéficié de ce terreau. Il y a d’ailleurs des liens entre l’AfD et les petits partis ou groupes identitaires, des radicaux qui servent aussi de soutiens locaux.

Comment comprendre ce vote : est-il d’abord raciste, de colère sociale, nostalgique ?

Il y a au moins trois niveaux d’analyse. D’abord la montée générale de l’extrême droite en Europe et ailleurs, appuyée sur l’instrumentalisation de l’immigration et sur des procédés populistes. On voit bien la circulation internationale des acteurs et des discours, ne serait-ce qu’avec la réaction d’Elon Musk. A l’échelle de l’Allemagne dans son ensemble, s’exprime le rejet d’une grande coalition, où droite et gauche (le parti socialdémocrate et les conservateurs de la CDU-CSU) de gouvernement semblent interchangeables, et impuissantes face aux enjeux économiques et sociaux. Il y a ensuite des raisons propres à l’Allemagne de l’Est, où ses citoyens se sentent souvent «déclassés».

Vous qui avez arpenté l’ex-RDA, à quoi ressemble le quotidien des Allemands qui ont voté ­dimanche ?

Il est double : l’unification des deux Allemagnes a amené du confort matériel, rénové villes et campagnes, mais l’ouverture à l’économie libémagne. rale des années 90 a aussi détruit des milliers d’entreprises, des ­millions d’emplois, a créé un choc social et économique pour de nombreux Allemands de l’Est. La liquidation de l’économie de la RDA, les migrations à l’Ouest ont aussi créé tout un paysage de friches et d’abandons, avec le recul lié des services publics, qui pèse dans le quotidien des Allemands de l’Est.

Comment caractériser ce sentiment de dépossession ?

C’est une question centrale. Chez certains, ce sentiment s’inscrit dans une profondeur historique, en un mélange variable : il y a d’abord eu les Soviétiques qui dominent la RDA, puis l’Ouest impose ses valeurs après 1990 et puis les migrants, depuis 2015 en particulier, qui semblent imposés par les politiques gouvernementales. On peut ajouter, pour la Saxe, la domination prussienne historique. Au-delà des représentations du monde, il est indéniable que l’Est est largement gouverné par des élites de l’Allemagne de l’Ouest ou venus de l’Ouest, tant dans l’économie que dans la culture. Plus on se sent un «citoyen de seconde zone», plus on vote AfD.

Comment expliquer le passage d’une partie des électeurs de la gauche (Die Linke) à l’extrême droite ?

Tous les électeurs ne viennent pas de Die Linke, et en l’occurrence nombre d’entre eux viennent de la CDU. Un des éléments frappants de la stratégie de l’AfD est de mettre en avant l’histoire et l’héritage de la RDA remodelés pour aujourd’hui, et à ses fins. Ainsi valorise-t-elle les réussites «allemandes» –et non pas communistes– de la RDA, par exemple le «premier Allemand» dans l’espace, le cosmonaute Sigmund Jähn, fidèle communiste pourtant. Elle utilise les objets familiers des Allemands de l’Est comme la Trabant, petite voiture de RDA, ou les motocyclettes Simson pour ses campagnes. Elle se présente encore comme le parti qui va conduire à son terme le «tournant» de 1989-1990. Ce n’est pas nouveau mais ce fut massif dans la campagne en Saxe-Anhalt.

Une fracture saisissante entre les deux Allemagnes se confirme, au point de briser le mythe de la réunification ?

Oui, le «Mur est encore dans les ­têtes», comme le dit une expression courante. Le sociologue Steffen Mau insiste dans un livre récent sur la persistance structurelle des différences entre les deux Allemagnes, faisant en effet de la fusion des sociétés un mythe politique : différences économiques – les salaires sont moins élevés à l’Est–, sociales, mais aussi différence des formes associatives et de comportements.

Ce score semble paradoxal dans une région où l’égalité et l’antifascisme avaient une place particulièrement importante.

Tout à fait. Mais il ne faut pas oublier, pour expliquer ce paradoxe, la violence sociale des années 90 avec l’arrivée du chômage de masse, la précarisation des emplois, la mise en cause du passé des Allemands de l’Est, parfois même ramenés à des incapables. Entre la RDA et l’AfD, il y a les années 90 néo­libérales et le regard, les discours projetés de l’Ouest sur l’Est pendant longtemps.

Le travail de mémoire sur le nazisme n’a-t-il pas été assez fait ?

Question délicate. La RDA a fait de l’antifascisme un discours d’Etat. La résistance au nazisme, surtout communiste, était exaltée, mais les explications du succès du Parti nazi étaient ramenées au grand capital, à une lecture marxiste trop étroite. Comme pour toutes les histoires officielles, les effets sont inégaux. Mais tous les ­élèves de RDA écoutaient des anciens résistants, visitaient les camps de la mort. Le ­problème était que le nazisme était présenté comme largement extérieur aux ­Allemands ordinaires, ou presque. Et puis aujourd’hui, bien des électeurs n’ont pas grandi en RDA.

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«Il partito di estrema destra sta riscrivendo la memoria della DDR»

L’AfD ha preso piede in una regione della ex DDR nella quale i cittadini si sentono «emarginati», analizza lo storico Nicolas Offenstadt.

8 settembre 2026 - Libération
A cura di Clémence Mary

Se la vittoria dell’AfD alle elezioni in Sassonia-Anhalt ha provocato un terremoto domenica, non è solo a causa del passato nazista della Germania, ma anche perché è avvenuta in una regione dell’ex DDR. Il partito di estrema destra ha cavalcato il sentimento di emarginazione, sia economica sia politica, seguìto alla caduta del Muro, sottolinea l’autore di Histoire globale de la RDA (Storia globale della DDR, edizioni Taillandier, gennaio 2026).

- Questo risultato proprio in questo territorio che cosa rappresenta?

Innanzi tutto, è un simbolo schiacciante: un’immensa vittoria dell’estrema destra, di cui una parte è neonazista, in un’elezione in Germania. Inoltre, molto concretamente, questa elezione locale fornisce all’AfD una base aggiuntiva molto solida per il futuro, a livello nazionale, in un contesto difficile.

- Questa storica avanzata dell’estrema destra nell’ex DDR non è forse anche il risultato di un lento radicamento?

Certamente. Anche molto prima che l’AfD esistesse – il partito è stato fondato nel 2013 –, al momento della caduta della DDR (1989-1990), l’estrema destra dell’epoca, nell’Ovest, ha inviato le proprie truppe nell’Est per approfittare della situazione di transizione e dell’ascesa degli skinhead. Non si trattava tanto delle elezioni quanto di affermarsi sul territorio, a volte persino di imporre una forma di terrore o di ordine locale. L’AfD ha tratto vantaggio da questo terreno fertile. Esistono del resto legami tra l’AfD e i piccoli partiti o gruppi identitari, radicali che fungono anche da sostenitori locali.

- Come interpretare questo voto: è innanzi tutto razzista, frutto di rabbia sociale o di nostalgia?

Ci sono almeno tre livelli di analisi. Innanzi tutto l’ascesa generale dell’estrema destra in Europa e altrove, sostenuta dalla strumentalizzazione dell’immigrazione e da strategie populiste. Si nota chiaramente la circolazione internazionale di attori e discorsi, basti pensare alla reazione di Elon Musk. A livello della Germania nel suo complesso, si manifesta il rifiuto di una grande coalizione, in cui destra e sinistra (il partito socialdemocratico e i conservatori della CDU-CSU) al governo sembrano intercambiabili e impotenti di fronte alle sfide economiche e sociali. Ci sono poi ragioni specifiche della Germania dell’Est, dove i cittadini si sentono spesso «emarginati».

- Lei che ha visitato a lungo l’ex DDR, com’è la vita quotidiana dei tedeschi che domenica hanno votato?

È duplice: la riunificazione delle due Germanie ha portato benessere materiale, ha rinnovato città e campagne, ma l’apertura all’economia liberista degli anni ’90 ha anche distrutto migliaia di imprese, milioni di posti di lavoro, provocando uno shock sociale ed economico per molti tedeschi dell’Est. La liquidazione dell’economia della DDR e le migrazioni verso Ovest hanno inoltre creato un panorama di aree dismesse e abbandonate, con il conseguente ridimensionamento dei servizi pubblici, che grava sulla vita quotidiana dei tedeschi dell’Est.

- Come caratterizzare questo senso di spossessamento?

È una questione centrale. Per alcuni, questo sentimento affonda le sue radici in una profondità storica, in un intreccio variabile: prima ci sono stati i sovietici a dominare la DDR, poi l’Ovest ha imposto i propri valori dopo il 1990 e infine i migranti, in particolare dal 2015, che sembrano imposti dalle politiche governative. Per la Sassonia si può aggiungere la storica dominazione prussiana. Al di là delle rappresentazioni del mondo, è innegabile che l’Est sia in gran parte governato da élite della Germania occidentale o provenienti dall’Ovest, sia nell’economia sia nella cultura. Più ci si sente «cittadini di seconda classe», più si vota AfD.

- Come si spiega il passaggio di una parte degli elettori della sinistra (Die Linke) all’estrema destra?

Non tutti gli elettori provengono da Die Linke; in questo caso, molti di loro provengono dalla CDU. Uno degli aspetti più evidenti nella strategia della AfD è quello di mettere in primo piano la storia e l’eredità della DDR, rivisitate in chiave contemporanea e adattate ai propri fini. In questo modo valorizza i successi «tedeschi» – e non comunisti – della DDR, ad esempio il «primo tedesco» nello spazio, il cosmonauta Sigmund Jähn, pur essendo un fedele comunista. Utilizza oggetti familiari agli abitanti della Germania dell’Est, come la Trabant, la piccola utilitaria della DDR, o le motociclette Simson per le sue campagne elettorali. Si presenta ancora come il partito che porterà a compimento la «svolta» del 1989-1990. Non è una novità, ma è stato un tema dominante nella campagna elettorale in Sassonia-Anhalt.

- Si conferma una frattura impressionante tra le due Germanie, al punto da infrangere il mito della Riunificazione?

Sì, «il Muro è ancora nelle menti», come recita un’espressione comune. Il sociologo Steffen Mau sottolinea in un recente libro la persistenza strutturale delle differenze tra le due Germanie, definendo di fatto la fusione delle società un mito politico: differenze economiche – i salari sono più bassi nell’Est –, sociali, ma anche differenze nelle forme associative e nei comportamenti.

- Questo risultato sembra paradossale in una regione in cui l’uguaglianza e l’antifascismo occupavano un posto particolarmente importante.

Esatto. Ma per spiegare questo paradosso non bisogna dimenticare la violenza sociale degli anni ’90, con l’arrivo della disoccupazione di massa, la precarietà del lavoro e la messa in discussione del passato dei tedeschi dell’Est, a volte addirittura ridotti a degli incapaci. Tra la DDR e l’AfD ci sono gli anni ’90 neoliberisti e lo sguardo, i discorsi che per lungo tempo l’Ovest ha proiettato sull’Est.

- L'opera di memoria sul nazismo non è stata forse insufficiente?

Domanda delicata. La RDT ha fatto dell’antifascismo un discorso di Stato. La resistenza al nazismo, soprattutto quella comunista, veniva esaltata, ma le spiegazioni del successo del partito nazista venivano ricondotte al grande capitale, a una lettura marxista troppo ristretta. Come per tutte le storie ufficiali, gli effetti sono disomogenei. Ma tutti gli studenti della DDR ascoltavano gli ex partigiani, visitavano i campi di sterminio. Il problema era che il nazismo veniva presentato come qualcosa di largamente estraneo ai tedeschi comuni, o quasi. E poi oggi molti elettori non sono cresciuti nella RDT.
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