Le peloton en surcuisson


Bien que raccourcie, l’étape caniculaire vers Cordoue hier a encore fait souffrir les coureurs de la Vuelta, comme depuis plusieurs jours et comme ce sera le cas jusqu’au bout.

«C’est sûr, c’est très dur pour les organismes»
   - BRYAN COQUARD

«C’est l’Espagne, on sait qu’il fait chaud, 
c’est tout le temps comme ça»
   - STEVEN KRUIJSWIJK

7 Sep 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

CORDOUE (ESP) – L’équipe animation de la Vuelta avait prévu hier une mini-pêche aux canards pour les coureurs avant de monter sur le podium de présentation. Ils auraient sans doute préféré garder les pistolets à eau des jours précédents, mais cela n’aurait de toute façon pas suffi, et Léo Bisiaux n’a sans doute jamais été aussi heureux qu’avant de plonger, chaussures encore aux pieds, dans le grand bain froid prévu par Decathlon-CMA CGM, comme par toutes les équipes, à l’arrivée à Cordoue, hier, en fin de journée.

Même rabotée de 80 kilomètres pour tomber à 110 bornes, soit 2 h 35 de vélo pour le vainqueur, Wout Van Aert, la 15e étape a ressemblé à une cuisson lente au four chaleur tournante pour le peloton. « J’ai eu 41 degrés de moyenne aujourd’hui comme température, ça ne m’étonnerait pas que quelques coureurs montent dans une ambulance avec un coup de chaud ce soir », décrivait sur Eurosport Matthew Brennan à l’arrivée, où tout le monde s’est copieusement arrosé, ce qui n’avait pas toujours été simple au fil de l’après-midi.

« C’était très technique et ça roulait vite, c’était compliqué de doubler dans la file de voitures, je n’ai pas un hélicoptère, soufflait Cyril Dessel, le directeur sportif de Decathlon. Et même si l’organisateur nous permet de ravitailler du kilomètre 0 à l’arrivée, on n’est pas 50 personnes, on n’a pas 20 véhicules. Donc on fait le maximum, mais c’est certain que cela influence la course directement. »

L’ancien Maillot Jaune du Tour a perdu Jordan Labrosse samedi, puisqu’une mauvaise journée se paie directement avec ces températures qui durent depuis des jours. Avec 150 coureurs seulement encore en course (sur 184) avant la troisième semaine, cette Vuelta est dans les temps de passage des pires éditions depuis dix ans (133 à l’arrivée en 2022, 135 en 2024).

Mais qui aurait pu prédire qu’il ferait extrêmement chaud dans le sud de l’Espagne début septembre ? « Quand on regarde le parcours et le tracé, on sait qu’à ce moment-là, on va avoir très chaud, rembobinait Bryan Coquard, lauréat de la 8e étape mais à cours d’eau quand tout s’est décanté hier. C’est sûr, c’est très dur pour les organismes, mais c’est la Vuelta. Je performe bien en Australie quand j’y vais », au Tour Down Under en janvier, toujours très chaud.

Le Tour de France avait aussi dû s’adapter aux températures extrêmes cet été, mais le sujet semble moins problématique sur d’autres épreuves, où la caisse de résonance n’a rien à voir. La Vuelta est ainsi une habituée, « et j’ai le souvenir qu’il faisait déjà très chaud il y a deux ans quand j’ai gagné à Cordoue, après des premiers jours au Portugal très exigeants aussi », rappelait Van Aert.

Mais rien ne change. « Je me suis déjà exprimé sur le sujet, je plaide plutôt pour une réorganisation du calendrier qui tient compte des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, évoquait Guillaume Martin-Guyonnet. En 2020, du fait du Covid, le Tour d’Espagne se terminait début novembre, et ça s’est très bien passé, sans conditions extrêmes. » « Dans le bus, poursuivait Coquard, certains discutaient d’inverser Giro ( en mai) et Vuelta. »

Hier, c’est le protocole « températures extrêmes », inscrit dans le règlement de l’Union cycliste internationale, qui s’est imposé à l’issue d’une réunion entre organisateurs, UCI et coureurs, provoquée par ces derniers. Avec ce choix d’écourter la journée qui ressemble à un pansement sur une jambe de bois. tôt le matin, mais je sais que commercialement, vis-à-vis des télés, c’est difficile. Ce n’est pas simple d’organiser trois semaines de course avec les villages et villes qui veulent accueillir les départs et les arrivées. Il y a beaucoup d’intérêts, de choses à penser, et le principal est qu’on discute. C’est l’Espagne, on sait qu’il fait chaud, c’est tout le temps comme ça. » Le protocole UCI précise que « la sécurité des coureurs constitue la priorité absolue » ? Ils n’ont jamais été aussi bien préparés qu’aujourd’hui, habitués à s’entraîner sous la chaleur réelle (beaucoup sont venus en Espagne avant cette Vuelta) ou artificielle (heat training), « mais je pense qu’on atteint les limites du corps humain et ça devient dangereux, a répondu à Cyclingnews Joao Almeida. Nous devons faire attention les uns aux autres. Moi, ça m’affecte vraiment. Et c’est tous les jours. La déshydratation, la chaleur, ce ne sont pas des blagues ».

Le repos, aujourd’hui, fera le plus grand bien à tous. Avant une dernière semaine toujours en Andalousie entre 35 et 40 degrés, bien sûr.

Vainqueur pour la deuxième fois hier sur cette Vuelta, Wout Van Aert a néanmoins souffert de la chaleur et s'est copieusement arrosé tout au long de l'étape. Bastien Tronchon (ci-dessous) a lui été prévoyant hier matin, au départ, suçotant un bâtonnet glacé et équipé d'un gilet réfrigéré.

***

Van Aert bouillant

Wout Van Aert a rappelé hier qu’il n’a « jamais trop aimé la chaleur ». « Mais je ne la crains plus » , a-t-il aussitôt précisé. Le Belge (31 ans) ne craint pas grand-chose sur cette Vuelta, et il s’est encore montré aussi puissant qu’intelligent, hier, pour glaner un deuxième succès en trois jours.

Sorti du peloton à 32 km de l’arrivée, puis en contrôle face aux derniers compagnons d’échappée qui ont essayé de le distancer, le maillot vert s’est imposé au sprint. « C’est magnifique. À chaque fois qu’on a voulu gagner, on l’a fait, alors que gagner sur un grand Tour n’est jamais facile, a-t-il apprécié. On peut être très fiers. »

Enric Mas l’est aussi. « Presque tout est resté sous contrôle cette semaine » , a résumé l’Espagnol (31 ans), Maillot Rouge avec plus de deux minutes d’avance sur ses poursuivants avant la dernière ligne droite jusqu’à Grenade.

Hier, il s’est permis en cours d’étape de dégager, d’un coup de roue, une pierre qui traînait sur la route, histoire qu’il n’arrive pas à quelqu’un d’autre la même mésaventure qu’à Tadej Pogacar.

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