Une dernière semaine corsée
Depuis l’abandon de Tadej Pogacar lors de la 8e étape,
qui avait permis à Enric Mas de récupérer le maillot rouge,
l’Espagnol ne l’a plus lâché.
Après le repos à Séville, hier, le peloton du Tour d’Espagne aborde la semaine décisive qui va crescendo, avec quatre jours qui révéleront la solidité du Maillot Rouge, Enric Mas.
8 Sep 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
SÉVILLE (ESP) – Il y a plus moche que Séville pour passer une journée de repos, mais même les loger directement dans l’Alcazar n’y aurait rien changé : avec encore 40 degrés à subir hier, les coureurs de la Vuelta ont passé leur repos planqués à l’hôtel, sans mettre le nez à l’extérieur en dehors d’une petite sortie très matinale parfois, à l’image du leader Enric Mas (Movistar), sur son vélo de chrono. Le Majorquin (31 ans) est à six jours de remporter la Vuelta, et si les deux premiers, aujourd’hui et demain, ne devraient pas lui poser de soucis, les quatre suivants s’annoncent autrement plus indigestes. Et amènent leur lot de questions.
Quels écarts sur le chrono ?
Ce jeudi sera le grand révélateur de la Vuelta, avec le contre-la-montre de 32,5 kilomètres entre le Puerto de Santa Maria et Jerez de la Frontera. Un parcours tout plat (190 m de D +) « avec beaucoup de ronds-points, des virages, et la chaleur qui jouera aussi un rôle » , décrypte le Suisse Stefan Küng (Tudor), l’un des favoris de cette 18e étape.
Sur le papier, Primoz Roglic, champion olympique de l’exercice en 2021, vainqueur de 20 chronos dans sa carrière (4 sur la Vuelta) s’annonce bien meilleur que le Maillot Rouge Enric Mas et son dauphin Felix Gall. Mais combien peut-il reprendre à l’Espagnol ? « Je ne vais pas avancer de chiffres mais là, on est à la limite », grimaçait son directeur sportif chez Red Bull-Bora-Hansgrohe Sven Vanthourenhout à Calar Alto, quand l’écart était de 1’45’’, contre 2’10’’ aujourd’hui.
Le chrono du Tour 2025 autour de Caen est un bon indicateur : 33 kilomètres, 191 mètres de dénivelé et deux coureurs qui visaient un bon classement général. Bilan : 1’38’’ lâchée par Mas sur Roglic (et 1’45’’ pour Gall). En 2024, au dernier jour de la Vuelta, l’addition était de 1’03’’ en 24,6 kilomètres. « Il peut y avoir 2 minutes, réfléchit Küng. Je ne veux rien enlever à Enric mais j’ai gagné face à lui un Tour de Valence dans un contre-la-montre (en 2021), j’imaginais le temps que je pouvais lui reprendre et j’ai presque repris le double (1’27’’ en 14,3 km). Mais en troisième semaine de Grand Tour, c’est toujours différent, vous ne savez jamais vraiment, d’autant qu’Enric va très, très bien. »
Il aura l’avantage de partir en dernier, donc de bénéficier des références de ses adversaires, et connaîtra surtout la magie du Maillot Rouge. En 2023, l’Américain Sepp Kuss avait ainsi réussi le meilleur chrono de sa carrière sur le plat, et de loin, vêtu de la roja, qu’il conserva jusqu’au bout.
« Mas a le maillot rouge, chez lui, il est en train de gagner cette Vuelta, je pense que ça va lui donner des ailes », imagine Cyril Dessel, le directeur sportif de Gall chez Decathlon-CMA CGM.
«On ne doit pas craindre le chrono » , affirmait lundi le leader.
Primoz Roglic, lors de la 13e étape
de la Vuelta entre Almuñecar et Loja.
Un renversement est-il possible ?
Après le chrono, il restera trois jours pour que le dernier Tour de l’année se décante. Vendredi, l’arrivée aux Peñas Blancas devrait se résumer à une course de côte entre favoris dans la bosse finale, longue et régulière (18,8 km à 6,5 %). Le lendemain est bien plus explosif, avec 4900 mètres de dénivelé concentrés sur 187 kilomètres, cinq bosses et pas un mètre de plat. Enfin, la quadruple ascension vers l’Alhambra (2,1 km à 6,6 %), dimanche à Grenade, pourrait permettre les ultimes mouvements, même si certaines équipes réclament de geler les temps, comme à Montmartre sur le Tour de France.
« Le contre-la-montre va donner une tendance sur les possibilités qu’il peut y avoir derrière, pose Cyril Dessel. Une défaillance n’est jamais impossible, maintenant, à ce niveau… Je veux bien qu’Enric Mas connaisse une journée un peu moins bonne et lâche une quarantaine de secondes, 1’10’’ maximum, mais davantage, je n’y crois pas trop compte tenu de la forme qu’il affiche depuis le départ. »
Ces dix dernières années n’ont donné lieu à aucun grand renversement au général, hormis les éditions 2021 (Odd Christian Eiking) et 2024 (Ben O’Connor) qui proposaient en rouge un coureur issu d’une échappée et destiné à perdre sa tunique. En 2018, par exemple, le leader Simon Yates comptait quatre rivaux à moins de deux minutes avant le week-end final, où il avait finalement arrangé tout le monde. Alors qu’Enric Mas s’est montré solide sur toutes les arrivées au sommet, il faudrait un mouvement d’ampleur pour le faire exploser, chose que les Red Bull, bien faibles sur cette Vuelta, ne semblent pas en mesure de réussir.
Qu’attendre des Français ?
Avec deux étapes, Bryan Coquard et Bastien Tronchon ont déjà brillé en Espagne. Ce n’est (peutêtre) pas fini. Les deux sprinteur spuncheurs auront deux nouvelles occasions de se montrer, aujourd’hui et demain, comme Hugo Hofstetter, régulier mais pas assez récompensé (4 tops 10, aucun podium), ou Axel Laurance.
Jeudi, Bruno Armirail pourra faire le chrono à fond et le triple champion de France de l’exercice sera un candidat au top 5. Mais c’est en montagne qu’on devrait encore plus voir les Bleus, à l’image de Léo Bisiaux, Valentin Paret-Peintre ou Guillaume Martin-Guyonnet, souvent à l’attaque en deuxième semaine. « On va continuer à tenter », espère ce dernier, rejoint par le Haut-Savoyard: « Mais il faudra que j’élève un peu mon niveau si je veux espérer gagner, car on va retrouver un peu tout le temps les mêmes dans l’échappée, Cristian Rodriguez, Ivan Sosa, Santiago Buitrago… », sait Paret-Peintre, quatre fois à l’avant sur cette Vuelta.
Et il y a Clément Berth et (photo). Sans faire de bruit, au gré de ses échappées et des abandons, le grimpeur de GroupamaFDJ United ne cesse de monter au général, où il aborde ces derniers jours à la 9e place, à 1’35’’ du top 5. « Je ne m’interdis rien, je me suis bien rapproché des gars de devant, il peut y avoir des défaillances aussi, ça ne dépend pas que de moi mais on va continuer comme ça, espère celui qui a bien rebondi après son abandon au premier jour du Tour. Ce sera un scénario un peu plus classique en dernière semaine, des grosses étapes de montagne avec des départs moins difficiles donc ça risque de se jouer à la pédale. Il faudra résister et faire un bon chrono avant ça, je pense que je peux bien m’en sortir, je suis en forme. »
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