LES FRÈRES PÉTARD
Mâcon - Saint- Étienne Julian Alaphilippe à nouveau en jaune comme il l’avait annoncé, Thibaut Pinot, opportuniste, qui piège les favoris et Thomas De Gendt vainqueur d’étape après 200 kilomètres d’échappée. Quel panache !
Un covoiturage gagnant-gagnant entre Pinot et Alaphilippe
Dans ce Tour où pour l’instant tout leur sourit, on sent que les digues sont en train de céder de toutes parts
EN ÉTAT D'IVRESSE
Hier, au cours d’une des plus belles étapes du Tour depuis des lustres, ce fut une dinguerie à tous les étages : un parcours de folie, l’exploit de Thomas De Gendt, et surtout, Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot qui dynamitent le final. Voici le premier ù nouveau en jaune et le second en pole des favoris. Pfffiou...
14 Jul 2019 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SAINT- ÉTIENNE – C’était une journée d’étourdissement, la tiédeur de juillet, un camping géant sur le bord des routes, le vignoble du Beaujolais où l’on avait anticipé le thème du jour avec une bouteille de morgon bien frais, la première gorgée un poil râpeuse mais, une fois les canalisations humidifiées, ça glisse tout seul ( oui, oui, fond de palais de griotte).
Puis, deuxième effet kiss cool, il y eut la découverte d’un parcours encore plus exigeant que ce qu’annonçait le livre de route, car il y avait bien sept côtes répertoriées entre Mâconnais et monts du Lyonnais, mais aussi une multitude de coups de cul, raidards, bosses qui n’avaient pas été signalé s et qui ont s ans dout e donné envie à plus d’un coureur de balancer leur vélo dans le ravin le plus proche, à commencer par Yoann Offredo, largué dès les premiers kilomètres et qui a vécu un enfer pour en venir à bout, et Christophe Laporte, qui est à la maison ce matin.
Pour finir, alors qu’on avait déjà la tête qui tournicotait, Thomas De Gendt conclut en solo, et en très, très costaud, une échappée de deux cents bornes, et Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot plastiquèrent le groupe des favoris dans la dernière côte, à 12 km de Saint- Étienne. Noyade dans une cuve de juliénas.
Mais on ne rêvait pas, ou alors avec les deux objectifs grands ouverts : Alaphilippe venait de renverser Giulio Ciccone – neuf secondes de bonifications, vingt d’écart sur la ligne – et de reconquérir le Maillot Jaune perdu pour six secondes à la Planche des Belles Filles jeudi ( il a désormais 23 secondes d’avance sur l’Italien au général). Pinot, lui, de creuser un trou digne d’une étape de montagne sur tous les autres gros bras du peloton, vingt- huit secondes chipées, et le voilà désormais en pole des favoris, dixneuf secondes devant Geraint Thomas et vingt- trois devant Egan Bernal. Dans la côte de la Jaillère, proche du sommet, au plus fort de la pente, Julian Alaphilippe appuya donc sur le détonateur, comme il l’avait fait vers Épernay lundi. On pouvait s’y attendre, même si la veille il avait botté en touche en déclarant qu’il ne connaissait pas le parcours, mais, une fois d e p l u s , l e p u n c h e u r d e Deceuninck- Quick Step n’a pas besoin de préparer ses coups, il est guidé par l’instinct, et si le terrain lui convient, il n’est pas du genre à se tresser les neurones.
En revanche, nos yeux furent projetés de leurs orbites quand on découvrit que c’est Thibaut Pinot qui déboulait dans son sillage, car on pensait les leaders décidés à rester au chaud. Dans la montée, ce qui restait du « peloton » avait d’abord en tête de s’arracher pour ne pas décrocher, et Vincenzo Nibali fut contraint de mettre le clignotant, ce qui peut paraître un astérisque dans cette folle journée, mais on parle tout de même d’un vainqueur des trois grands Tours, qui, à trente- quatre ans, n’a plus les jambes pour doubler Giro et Tour.
Surtout, les favoris furent perturbés par le strike des Ineos, un peu avant la côte, dans un virage à droite, où ils partirent tous au tapis, sauf Bernal. Thomas fut rapidement dépanné par son mécano de secours, Michal Kwiatkowski, ils engagèrent la poursuite, mais, à ce moment de la course, ils allaient forcément devoir passer à la caisse.
Une situation que les deux Frenchies surent exploiter un peu plus tard, et personne ne fut en mesure d’accrocher leurs roues. Les deux alliés de circonstance s’engagèrent dans un covoiturage gagnant- gagnant : collaboration dans la descente, tractage d’Alaphilippe dans la sévère côte après l’Étrat, à trois kilomètres de l’arrivée, entre des barres d’immeubles défraîchis qui n’ont de « Mélèze » que le nom, dans un effort de puncheur qui convient moins à Pinot, et entente jusqu’à la ligne, où le nouveau Maillot Jaune laissa la deuxième place et six secondes de bonif (au lieu de quatre) à son compère. Un pécule qui ne pèsera rien dans le Tour d’Alaphilippe mais qui pourrait changer celui de Pinot. Seul Thomas De Gendt leur résista, au prix d’un effort à couper la chique à tout le monde, et le Belge s’impose une nouvelle fois, non pas comme un spécialiste de l’échappée, mais comme un vainqueur. Au-delà de la bagarre à coups de secondes, les deux Français ont enivré tout le monde car ils ont remis au goût du jour un cyclisme d’attaque, le panache, et surtout, dans ce Tour où pour l’instant tout leur sourit, on sent que les digues sont en train de céder de toutes parts, qu’on a les méninges qui pataugent dans l’euphorie, que chaque jour les limites sont repoussées et l’espérance chouchoutée.
C’est particulièrement vrai pour Thibaut Pinot et le FrancComtois a envoyé un message hier : il ne va pas attendre comme un des petits agneaux de sa ferme qu’on lui tende un biberon, il va se servir, il a la dalle, et les Ineos feraient bien de le surveiller de très près dans les prochains jours. Reste à savoir s’il a déclenché les hostilités hier parce qu’il se sent prêt à supporter la pression de tout, même du plus fou, ce qui serait un nouvel étage de sa fusée, ou s’il est tombé dans la griserie qu’il avait su éviter dans les Vosges jeudi.
Quoi qu’il en soit, l’opération fut réussie, et, vu sa fraîcheur d’alevin à l’arrivée, elle ne lui coûtera pas grand- chose. Pour le reste, nous verrons plus tard. Idem pour le jaune de Julian Alaphilippe, qui s’est bien ouvert l’horizon jusqu’aux Pyrénées. Il n’est pas encore l’heure de décuver, ni de faire des plans sur la comète. Mais celui de profiter. Vous le sentez, le petit frisson?
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I FRATELLI PÉTARD
Mâcon - Saint-Étienne: Julian Alaphilippe di nuovo in maglia gialla, come aveva annunciato; Thibaut Pinot, opportunista, che mette in difficoltà i favoriti; e Thomas De Gendt vincitore di tappa dopo 200 chilometri in fuga. Che brio!
Una collaborazione vantaggiosa per entrambi tra Pinot e Alaphilippe
In questo Tour in cui per ora tutto sembra andare per il meglio, si avverte che gli argini stanno cedendo da tutte le parti
IN STATO DI EBBREZZA
Ieri, durante una delle tappe più belle del Tour da chissà quanto tempo, è stata una follia a tutti i livelli: un percorso pazzesco, l’impresa di Thomas De Gendt e, soprattutto, Julian Alaphilippe e Thibaut Pinot che hanno fatto esplodere il finale. Ecco il primo di nuovo in maglia gialla e il secondo in testa ai favoriti. Pfffiou...
14 luglio 2019 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SAINT-ÉTIENNE – È stata una giornata da capogiro, il tepore di luglio, un campeggio gigante ai bordi delle strade, i vigneti del Beaujolais dove avevamo anticipato il tema della giornata con una bottiglia di Morgon ben fresca, il primo sorso un po’ ruvido ma, una volta inumidite le papille, scivola da solo (sì, sì, retrogusto di amarena) .
Poi, seconda brutta sorpresa, c’è stata la scoperta di un percorso ancora più impegnativo di quanto indicato nel Garibaldi di gara, poiché tra il Mâconnais e i Monti del Lyonnais erano state segnalate ben sette salite, ma c’erano anche una miriade di strappi improvvisi, ripidi, dossi che non erano stati segnalati e che hanno fatto venire voglia a più di un corridore di lanciare la propria bici nel burrone più vicino, a cominciare da Yoann Offredo, staccato fin dai primi chilometri e che ha vissuto un vero inferno per superarle, e Christophe Laporte, che stamattina è a casa.
Per finire, mentre avevamo già la testa che girava, Thomas De Gendt ha concluso in solitaria, e in modo davvero, davvero potente, una fuga di duecento chilometri, mentre Julian Alaphilippe e Thibaut Pinot hanno fatto a pezzi il gruppo dei favoriti sull’ultima salita, a -12 km da Saint-Étienne. Un autentico bagno nel Juliénas.
Ma non stavamo sognando, o forse sì, con entrambi gli obiettivi ben fissati: Alaphilippe aveva appena battuto Giulio Ciccone – nove secondi di abbuono, venti di distacco al traguardo – e riconquistato la maglia gialla persa per sei secondi alla Planche des Belles Filles giovedì (ora ha 23 secondi di vantaggio sull’italiano in classifica generale). Pinot, dal canto suo, ha scavato un distacco degno di una tappa di montagna su tutti gli altri pezzi grossi del gruppo, con ventotto secondi guadagnati, ed eccolo ora in testa ai favoriti, con diciannove secondi di vantaggio su Geraint Thomas e ventitré su Egan Bernal. Sulla salita della Jaillère, vicino alla vetta, nel punto più ripido, Julian Alaphilippe ha quindi premuto il grilletto, proprio come aveva fatto lunedì nei pressi di Épernay. C’era da aspettarselo, anche se il giorno prima aveva glissato affermando di non conoscere il percorso, ma, ancora una volta, il puncheur della Deceuninck - Quick Step non ha bisogno di preparare le sue mosse, è guidato dall’istinto e, se il terreno gli è favorevole, non è tipo da scervellarsi.
Al contrario, siamo rimasti a bocca aperta quando abbiamo scoperto che era Thibaut Pinot a sfrecciare sulla sua scia, poiché pensavamo che i leader fossero decisi a restare al sicuro. In salita, ciò che restava del «peloton» aveva inizialmente intenzione di dare il massimo per non rimanere indietro, e Vincenzo Nibali è stato costretto a dare un segnale di sorpasso, cosa che può sembrare un dettaglio in questa giornata folle, ma stiamo comunque parlando di un vincitore dei tre grandi Giri che, a trentaquattro anni, non ha più le gambe per affrontare sia il Giro sia il Tour.
Soprattutto, i favoriti sono stati messi in difficoltà dalla caduta di massa della Ineos, poco prima della salita, in una curva a destra, dove sono andati giù tutti tranne Bernal. Thomas è stato rapidamente aiutato dal suo meccanico di riserva, Michal Kwiatkowski, e insieme hanno iniziato l’inseguimento, ma, a quel punto della gara, era inevitabile che ne pagassero le conseguenze.
Una situazione che i due francesi hanno saputo sfruttare poco dopo, e nessuno è riuscito a stare alle loro ruote. I due alleati di circostanza hanno intrapreso una collaborazione vantaggiosa per entrambi: collaborazione in discesa, traino di Alaphilippe nella dura salita dopo l’Étrat, a tre chilometri dall’arrivo, tra i palazzi fatiscenti che di «Mélèze» hanno solo il nome, con uno sforzo da puncheur che si addice meno a Pinot, e intesa fino al traguardo, dove la nuova maglia gialla ha lasciato il secondo posto e sei secondi di abbuono (anziché quattro) al suo compagno. Un vantaggio che non peserà nulla nel Tour di Alaphilippe ma che potrebbe cambiare quello di Pinot. Solo Thomas De Gendt ha resistito, al prezzo di uno sforzo da lasciare tutti a bocca aperta, e il belga si è imposto ancora una volta, non solo come specialista della fuga, ma come vincitore. Al di là della lotta a colpi di secondi, i due francesi hanno entusiasmato tutti perché hanno riportato in auge un ciclismo d’attacco, il brio e, soprattutto, in questo Tour dove per ora tutto sembra andare per il meglio, si avverte che gli argini stanno cedendo da ogni parte, che le menti annaspano nell’euforia, che ogni giorno i limiti vengono superati e la speranza coccolata.
Questo vale in particolare per Thibaut Pinot, e il corridore della Franche-Comté ieri ha lanciato un messaggio chiaro: non starà lì ad aspettare come uno degli agnellini della sua fattoria che gli venga offerto il biberon, se lo prenderà da solo, ha una fame da lupi, e gli Ineos faranno bene a tenerlo d’occhio molto da vicino nei prossimi giorni. Resta da vedere se ieri abbia dato il via alle ostilità perché si sente pronto a sopportare la pressione di qualsiasi cosa, anche la più folle – il che rappresenterebbe un nuovo livello nella sua ascesa – oppure se sia caduto nell’euforia che era riuscito a evitare giovedì sui Vosgi.
Comunque sia, l’operazione è riuscita e, vista la sua freschezza da novellino all’arrivo, non gli costerà granché. Per il resto, vedremo più avanti. Lo stesso vale per la maglia gialla di Julian Alaphilippe, che si è spalancato un orizzonte fino ai Pirenei. Non è ancora il momento di smaltire la sbornia, né di fare castelli in aria. Ma è il momento di godersela. Lo sentite, quel brividino?


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