Roglič coince, Mas impose


Primoz Roglic (à gauche) a cédé sa place de dauphin 
d’Enric Mas (en rouge) hier lors de la 14e étape.

Le Slovène a encore cédé du terrain hier face au Maillot Rouge, désormais leader avec deux minutes d’avance sur ses principaux rivaux. L’Espagnol étouffe la concurrence petit à petit.

"Il lui manque juste un petit peu (à Roglic). 
Il faut accepter qu’Enric soit intraitable pour l’instant"
   - PATXI VILA, DIRECTEUR 
     SPORTIF DE PRIMOZ ROGLIC

6 Sep 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

SIERRA DE LA PANDERA (ESP) – La meute de spectateurs grandit chaque matin autour du car Movistar, et les « vamos Enric! » se faisaient nombreux, hier à Jaen, tandis que Mas, crâne dégarni, était assis à la place du chauffeur pour discuter à travers la vitre avec sa famille sans risquer l’attroupement autour de lui.

Souriant au départ, le Majorquin l’était aussi à l’arrivée de la 14e étape, au sommet de La Pandera, surnommé « l’Angliru du Sud » posé au milieu d’une mer d’oliviers qui donne l’or jaune de la région. Le trésor de Mas est rouge, cette tunique qu’il portera pour la septième foi s, aujourd’hui, sur une étape raccourcie à 100 kilomètres à cause de la chaleur, et qu’il coud petit à petit autour de son corps de bébé vélociraptor.

Hier, le leader de la Vuelta a vu son avantage au général grimper au-delà des deux minutes après que son ex-dauphin, Primož Roglič (36 ans), a craqué dans le final. Le Slovène de Red Bull-Bora-Hansgrohe a lâché 25 secondes « et évidemment, ce n’est pas une bonne nouvelle, grinçait Patxi Vila, l’un de ses directeurs sportifs. L’idée était de ne pas perdre de temps, d’au moins arriver à deux (avec Mas) et ça n’a pas été le cas ». « Ce n’est pas une mauvaise journée, je pense, nuançait son équipier Finn Fisher-Black. Primoz sait ce qu’il fait, c’était une autre journée au bureau et il en reste beaucoup en dernière semaine. »

L’homme aux quatre Vuelta demeure dans le jeu, désormais 3e à 2’10’’, mais il vient de lâcher près d’une minute lors des deux dernières arrivées au sommet, et cela commence à peser. Atteint-il ses limites ? Lui, qui n’a pas eu une préparation idéale après avoir été heurté par une voiture fin juillet. Roglic, comme à son habitude, est redescendu illico après l’arrivée, une serviette autour du cou, sans répondre à la moindre question, mais Vila assurait qu’il « se sent bien, il fait de bonnes choses, il lui manque juste un petit peu. Il faut accepter qu’Enric soit intraitable pour l’instant. »

Le coureur de Movistar (31 ans) a sauté sur les maigres attaques tentées par ses adversaires sans sourciller, surtout celle de Felix Gall, pourtant parti fort. L’Autrichien de Decathlon CMA CGM voulait attendre le final pour se dévoiler, cette fois, ce qu’il fit. Sans pouvoir lâcher le Maillot Rouge. « Mais je suis super heureux de reprendre quelques secondes (à Roglic) » , soulignait le 2e du dernier Giro, nouveau dauphin de ce Tour d’Espagne, un rang qui semble lui suffire.

Les blasés de la domination de Tadej Pogacar (Tour de France 2025 et 2026, début de cette Vuelta jusqu’à son abandon le 8e jour) et de Jonas Vingegaard (Vuelta 2025, Giro 2026) sont servis. À chaque étape son jeu de position, avec des coureurs envoyés à l’avant pour servir de relais, des stratégies parfois osées (Skjelmose, Carapaz) mais plutôt de moins en moins ambitieuses à mesure que passent les journées caniculaires, et des poignées de secondes pour l’un, puis l’autre, tandis que des révélations comme Marco Brenner se disputent les victoires d’étape.

Roglic aura sa carte à jouer lors du chrono

Au milieu de ce grand bazar, Mas profite, lui, de la chance de sa vie après ses quatre podiums sur l’épreuve (trois fois 2e, une fois 3e). « On voit qu’il est très, très bien, estimait Cyril Dessel, le directeur sportif de Decathlon. Il respire la sérénité, le calme, à aucun moment il n’est en panique et ça va avec la force qu’il a. Pour moi, il est bien assis sur son fauteuil de leader. »

C’est un tabouret sur lequel il s’est posé pour répondre en zone mixte, mais celui-ci était tout aussi stable. Quand les journalistes se projetaient, soulignaient qu’il avait gagné du temps à chacune des grosses étapes, il souriait : « Pour le moment, on a réussi à prendre du temps certains jours. Et c’est tout. On va profiter des jours qui viennent mais il faut faire un peu attention à ses forces. C’est à la fois mental et physique, comme dans la vie, tout ne fait qu’un. Quand on a de bonnes jambes, ça fonctionne mieux, et là, j’ai de bonnes jambes. »

Le chrono pour purs spécialistes de jeudi, qui lui est défavorable par rapport à Roglic, la chaleur, les nombreuses chutes des derniers jours, la peur de gagner : tous ces écueils le guettent, ce qui fait dire à Vila, en version locale, que « hasta el rabo, todo es toro » ( « Jusqu’à la queue, tout est le taureau », équivalent de « ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » ). Peu importe l’animal, les chasseurs abandonnent petit à petit leurs illusions face à Mas.

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Marco Brenner célèbre sa victoire 
hier à l’arrivée de la 14e étape.

Brenner d’acier

6 Sep 2026 - L'Équipe
P. Me.

Parmi les 45 échappés qui ont été amenés à se jouer la victoire d’étape, Marco Brenner n’était pas le premier nom cité au milieu de Santiago Buitrago, Valentin Paret-Peintre ou Jorgen Nordhagen. C’est pourtant l’Allemand de 24 ans qui s’est imposé au sommet de la Pandera en dominant en puissance Buitrago, le plus remuant dans les derniers kilomètres, mais qui doit se contenter de la deuxième place et d’une belle moisson pour le maillot à pois.

Brenner n’est pas un inconnu, mais le vainqueur du Tour du pays de Vaud 2019, l’une des épreuves de référence chez les juniors (Paul Seixas l’a remportée en 2024), semblait cantonné au rang d’espoir sans lendemain. « Un garçon plein de qualités quand il est passé pro, mais parfois, ça met plus de temps pour les uns que pour les autres » , rappelait son équipier Larry Warbasse, échappé avec lui hier. Alors comme Matthew Brennan (3 étapes) ou Jakob Omrzel (une étape et sixième du général), le Bavarois a profité de la Vuelta pour se révéler, quelques semaines après sa victoire au général au Tour de Pologne (World Tour), déjà un premier accomplissement. « J’ai été malade et connu des chutes en début de course, mais je voulais me prouver, ainsi qu’à mes équipiers, que je pouvais répondre présent, insistait-il une fois passé son incrédulité à l’arrivée. Quand tout se déroule bien, je peux gagner de grandes courses. » Son équipe aussi, puisque les Suisses de Tudor ont remporté hier leur première victoire sur un grand Tour. Un nouveau palier de franchi pour la formation de Fabian Cancellara.

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