ALAPHILIPPE - LA GENÈSE D’UNE DÉCISION


Julian Alaphilippe n’avait plus les cartes en main pour jouer les premiers rôles, alors après un Tour de France compliqué, il a décidé de tirer sa révérence, donnant ainsi la priorité à son fils Nino. Retour sur les derniers mois de ce champion unique !

« LA FRUSTRATION DE JULIAN EST DEVENUE 
PROPORTIONNELLE AUX CHAGRINS DE SON FILS… » 
   - MORGAN LAMOISSON, DIRECTEUR SPORTIF DE TUDOR

« C’EST BON, JE N’AI PLUS DE PLAISIR.
C’EST L’HEURE D’ARRÊTER 
QUAND ON N’A PLUS DE PLAISIR… »
- JULIAN ALAPHILIPPE

4 Sep 2026 - Vélo Magazine
PAR NICOLAS PERTHUIS.

«T’inquiète pas mon lou, ça va aller ! » Du Alaphilippe dans le texte comme pour rassurer son monde, du Loulou tout craché qui pense toujours aux autres avant sa propre personne, à donner sans attendre en retour. Le garçon est adepte de ces petites phrases dont il a le secret, qu’il sait glisser au bon moment avec ce petit sourire malicieux qui veut tout dire et ne rien dire. Quoi qu’il en soit, ce vendredi 21 août 2026, en cette fin d’après-midi d’été, et peut-être pour la première fois de sa vie, il a d’abord pensé à lui en annonçant sa retraite sportive. Et à Nino, bien évidemment, son fils de 5 ans avec lequel il veut partager plus !

Pas de paillette, pas de haie d’honneur, ni de virage à son nom, c’est ainsi qu’il en a décidé. Il a surpris son monde, comme il a su, pendant des années, terrasser ses adversaires par ses innombrables attaques, souvent mortelles. Arrêter d’être « coursier » avec effet immédiat, aucun autre coureur de son standing n’avait jamais osé. Lui oui ! Lui qui enchaînait mille pompes quand il était à l’armée de Terre, lui qui montait les escaliers sur les mains à l’occasion de ses premiers stages avec Quick-Step et lui qui a enfilé deux maillots de champion du monde, il a choisi sa sortie, tel un pied de nez aux traditions cyclistes dont il ne connaissait pas grand-chose quand il a découvert le milieu mais qu’il a toujours respecté.

FATIGUE MENTALE

« Dans les discussions que j’ai pu avoir avec lui ces temps derniers, révèle Morgan Lamoisson, directeur sportif référent de Julian chez Tudor, c’est que plus les mois passaient et plus il voyait Nino prendre conscience que son papa partait pour de longues semaines. Il le sentait très triste et ça, il ne le supportait plus. La frustration de Julian est devenue proportionnelle aux chagrins de son fils… » Des sentiments qui ont forcément replongé le vainqueur des Strade Bianche 2019 dans son propre vécu avec son père, Jacques, dit « Jo », avec lequel il a tant partagé mais qui était d’un âge avancé quand il était enfant. Et dans l’esprit de cet adolescent qui a grandi dans une cité montluçonnaise, puis devenu star malgré lui, il y a une chose qui reste immuable, c’est qu’il savait que le temps passé auprès de cet être cher allait être limité. « Jo » a quitté la scène à 80 ans, le 28 juin 2020. Julian n’avait que 28 ans, bien trop tôt pour celui qui allait devenir ensuite deux fois champion du monde.

À 34 ans, l’âge de Julian aujourd’hui, c’est sans doute le moment pour lui d’être père à 100 % et ainsi profiter de ce temps-là dans sa pleine mesure. À quoi bon tenter de remporter une septième étape du Tour de France quand on en compte déjà six ? La question, Julian se l’est posée, c’est une évidence. Et 34 ans, c’est également l’âge choisi par Romain Bardet pour tirer sa révérence au printemps 2025, dans le même timing, à quelque chose près, de Thibaut Pinot, qui lui s’était retiré dans sa trente-troisième année.

Chaque coureur est différent, mais l’âge est l’un des facteurs expliquant la baisse de niveau connue par Julian ces dernières saisons. Oui, les niveaux de performances du triple vainqueur de la Flèche Wallonne n’étaient devenus que des flammèches comparativement aux étincelles du passé. Concernant l’âge, il y aura toujours des exceptions avec des coureurs qui, avec les années, sont restés hyper-compétitifs. On pense bien évidemment à Alejandro Valverde, qui est devenu champion du monde à 38 ans. Mais l’usure physique est liée à la fatigue mentale, peu quantifiable et propre à chacun. Et pour Julian Alaphilippe, comme pour Thibaut Pinot d’ailleurs, ce qui n’a pas été simple de ce point de vue, c’est de tomber régulièrement malade. S’arrêter, se soigner, recommencer à s’entraîner encore et encore, ça use physiquement, mais surtout mentalement. Et, plus les années passent, plus le corps demande du temps pour récupérer.

« Quand il est arrivé dans l’équipe, explique Morgan Lamoisson, on savait que les crèves à répétition étaient le talon d’Achille de Julian, mais ce que nous n’avions pas imaginé, c’est qu’il mettrait autant de temps à se remettre d’aplomb à chaque fois. Par le passé, quand il attrapait une infection, il restait inactif trois-quatre jours et son organisme se remettait tout de suite en route. Ces deux dernières saisons, c’est d’une dizaine de jours dont il avait besoin. Mis tout à bout, ce n’est plus la même chose ! Dix jours, c’est presque à chaque fois, une préparation à reconstruire. »

Ne serait-ce que pour 2025, soit sa première saison sous les couleurs de la formation Tudor, si l’on devait recenser les « crèves » de Julian, elles sont au nombre de quatre. La première, juste après Paris-nice, où il avait énormément travaillé pour Michael Storer, et qui a considérablement contrarié sa condition en vue de Milansan Remo où il n’a pas été en mesure de jouer avec les meilleurs. Rebelote cinq jours avant le Tour des Flandres, ce qui obligea son staff à l’écarter de la sélection pour le Ronde. Tranquille jusqu’au Tour de Suisse qu’il termina à la cinquième place, c’est à nouveau une bronchite qui vint ruiner son début de Tour de France. Et pour conclure le tout, il attrapa un virus au Canada où il est tout de même ressorti vainqueur du Grand Prix de Québec en septembre. Mais ce dernier épisode infectieux a, une nouvelle fois, chamboulé sa préparation pour la fin de la saison. « Ce qui est incroyable chez lui, reprend Morgan Lamoisson, c’est qu’il a toujours eu la volonté de repartir de zéro, sa motivation était intacte à chaque fois ! Il aurait pu lâcher l’affaire, mais non ! La saison passée, nous lui avons demandé de se comporter en leader sur le Tour de France, et vu ce qu’il avait démontré sur le Tour de Suisse, il était dans le bon timing. La 2e étape, et cette arrivée à Boulogne-sur-mer, était l’objectif coché sur les trois semaines car cette arrivée correspondait à ses qualités de puncheur. Mais, affaibli par cette bronchite, il va tout de même se classer cinquième. Vu le contexte, c’était plutôt bien, mais c’est de la frustration qu’a ressentie Julian ce jour-là. Autre exemple de ce type, les courses au Canada. Quand on a vu son niveau sur la Bretagne Classic-Ouest France et le Tour de Grande-Bretagne qu’il termine à la troisième place, nous nous sommes dit avec Julian que nous allions être focus sur le Grand Prix de Montréal qui convenait plus à ses qualités, bien plus que le Grand Prix de Québec. Mais dans les jours qui ont suivi son arrivée au Canada, il a commencé à ne pas être bien. Nous avons donc décidé d’anticiper la bagarre sur la première des deux épreuves canadiennes, alors qu’à la base, nous étions plus dans l’idée d’en garder pour la seconde… »


FICHUES INFECTIONS

Et c’est ainsi que Julian remporta le Grand Prix de Québec, en s’immisçant dans un groupe d’échappés à quatre-vingts kilomètres de l’arrivée. Via les recommandations de Morgan Lamoisson, à la manoeuvre dans la voiture Tudor, il ne participera que très peu à la vie de l’échappée avant de s’isoler dans le final et de finir solo. Ce sera le dernier succès de Loulou sur un vélo, mais pas n’importe lequel. Même si la manière était loin des standards auxquels il nous avait habitués, il offrait à son équipe un premier succès sur une course World Tour d’une journée. Une dernière victoire qui soulageait sur le moment Julian d’un poids puisqu’il avait toujours remporté au moins une course par saison depuis ses débuts professionnels en 2014. Psychologiquement, ça lui donnait le droit de continuer sans trop cogiter avec cette envie ultime de gagner, en 2026, une étape sur le Tour de France. C’était l’objectif verbalisé au sein de sa formation où on l’attendait également à un bon niveau sur les classiques ardennaises.

Rien à signaler dans sa préparation pour cette saison 2026 qui s’annonçait alors sous des bons auspices à l’approche des classiques justement. Et puis, au dernier moment, une nouvelle infection venait mettre à plat toute ambition. Abandon sur l’Amstel Gold Race, de même que sur la Flèche Wallonne, cette course qui était sa cour de récréation et qu’il a remportée à trois reprises (2018, 2019 et 2021). Puis, ce fut un forfait à Liège-bastogneliège, inutile d’insister ! Maudite Doyenne qui n’a jamais voulu de Julian alors qu’il était taillé pour elle. À oublier cette arrivée de 2020 où Julian, maillot en arc-en-ciel sur le dos, avait célébré trop tôt ce succès tant attendu, laissant Primoz Roglic le sauter sur la ligne. Une frustration qui sera nuancée par son déclassement à la cinquième place après avoir gêné Marc Hirschi dans ce sprint à cinq où l’on trouvait Tadej Pogačar et Matej Mohoric. Cette Doyenne qu’il avait laissée à Bob Jungels en 2018, son coéquipier de Quick-step, qui avait anticipé la bagarre finale et terminé seul. Ce jour-là, notre Français avait les cannes pour s’y imposer.

Alors, ce forfait sur Liège-Bastogne-Liège 2026, c’est automatiquement le souvenir d’occasions ratées qui remontent à la surface. C’est toujours le cas quand le ciel s’assombrit. Du côté de Tudor, on tenta alors de comprendre les causes du mal, en multipliant les tests médicaux, mais aucune carence ne vint expliquer ses « crèves » successives, ni même un niveau de performance qui peine à redevenir celui escompté. Alors, loin de l’agitation, dans le calme des sommets de la Sierra Nevada, en Espagne, Julian, comme il l’a répété maintes et maintes fois, a essayé de retrouver une nouvelle fois cette paix intérieure, ce reset indispensable pour espérer remettre en route, en mode ON. Le silence, une nouveauté pour cet hyperactif qui avouait, au début de sa carrière, que le vélo avait été une thérapie pour mieux se construire. La « grande musique » est venue accompagner les standards des années 1980 qui rythmaient jusqu’alors sa manière d’être. Pour la première fois de sa carrière, Julian partait six semaines d’affilée en altitude. Jamais il n’y était resté aussi longuement, tel un dernier défi à la gravité.

LES BATTERIES VIDES

Pas simple quand on connaît le déroulement de ces journées sans fin une fois que le coureur n’est plus sur son vélo, il reste le plus souvent enfermé dans une chambre exiguë où il récupère. Le temps passé peut vite devenir un emprisonnement. Contre-nature pour Julian, qui ne supportait déjà pas, gamin, de rouler sur un vélodrome parce qu’il se sentait comme un poisson rouge dans un bocal. Quoi qu’il en soit, il fallait se raccrocher à ce Tour de France qui se profilait, cette course qui l’a sublimé en 2017, 2018 et 2019. Mais il fallait déjà mériter une sélection au sein de sa propre équipe, ce qui n’était pas une évidence courant mai. Comme d’habitude, Alaphilippe a fait le job, respectant les séances programmées par Franck, son cousin et entraîneur de toujours, avec des jours où les valeurs de puissance étaient bonnes et d’autres où elles l’étaient moins. Quelques fulgurances à signaler mais les jambes, la plupart du temps, n’étaient pas au niveau des envies. C’est comme si le moteur était toujours en ON mais que les batteries n’étaient plus assez chargées pour être constant.

« Depuis qu’il est arrivé dans l’équipe, la meilleure version de Julian, on l’a connue sur le Tour de Suisse 2025, constate Morgan Lamoisson. Il était à la bagarre tous les jours, et il avait été constant toute la semaine. Mais ce niveau-là, il n’a pas réussi à le conserver. Les raisons, on les a évoquées antérieurement ! » Avant le Tour de France, mauvaise nouvelle pour Alaphilippe avec le départ de Tudor de Ricardo Scheidecker, en charge du sportif et qui avait été l’un des personnages clés dans la venue du Français au sein de la formation suisse. Ricardo est un proche de Julian, les deux s’étaient rencontrés chez Quick-step. Une épaule en moins pour Loulou qui n’avait pas vraiment besoin de ça !

S’est ensuivi le Tour de France 2026. Qu’en retenir ? Trois images avec, chronologiquement, celle où il se fait sortir dans cette côte non répertoriée à une quarantaine de kilomètres de l’arrivée de Nevers alors qu’il avait pris part à une échappée de quatre coureurs dans une 11e étape promise aux sprinteurs. Un jour sombre, l’un des pires de sa carrière. Second moment, le pied du col de Sarenne, dernière difficulté du Tour de France, la veille de l’arrivée à Paris où il est encore avec les trente meilleurs sur l’étape la plus difficile des trois semaines avec plus de cinq mille mètres de dénivelé positif. Ce fut presque une surprise de le retrouver là, à cette place qui jadis était la sienne. On ne le savait pas, mais c’était la dernière fois que l’on voyait Julian Alaphilippe batailler avec les meilleurs, à la pédale. Et là encore, il ne pensa pas à lui mais à Yannis Voisard, son coéquipier, onzième du classement général, qu’il a aidé jusqu’à ses dernières forces.

Il s’ensuivra, ce jour-là, les images télévisées de son arrivée à l’alpe d’huez, cette accolade avec Warren Barguil avec lequel il passa la ligne, puis cette déclaration prise à la volée où, assis sur le sol, le regard livide, il livrait ce qu’il avait sur le coeur : « C’est bon, je n’ai plus de plaisir. C’est l’heure d’arrêter quand on n’a plus de plaisir… » Signe avant-coureur. « À la fin du Tour, nous avons eu une discussion avec Julian pour savoir ce qu’il envisageait, révèle Lamoisson. Trois options s’offraient à lui : un arrêt immédiat, aller jusqu’à la fin de la saison ou au terme de son contrat s’il le souhaitait, c’est-à-dire fin 2027. Il avait le temps de la réflexion, mais nous voulions que ce soit lui qui décide. » Le 20 août, le site néerlandais Wielerflits annonçait que le double champion du monde était sur le point de résilier son contrat avant que le quotidien L’équipe confirme l’arrêt de sa carrière. Vingt-quatre heures plus tard, le Vélo d’or Mondial 2019 officialisait l’info. Que dire ? Tu vas nous manquer champion, tu laisses un vide ! Mais ne t’inquiète pas Loulou, ça va aller ! 

***

ALAPHILIPPE - LA GENESI DI UNA DECISIONE

Julian Alaphilippe non aveva più le carte in mano per giocare un ruolo da protagonista, così, dopo un Tour de France complicato, ha deciso di ritirarsi, dando così la priorità a suo figlio Nino. 
Uno sguardo agli ultimi mesi di questo campione unico!

«LA FRUSTRAZIONE DI JULIAN È DIVENTATA
PROPORZIONALE ALLE SOFFERENZE DI SUO FIGLIO…»
   - MORGAN LAMOISSON, DIRETTORE SPORTIVO DELLA TUDOR

«BASTA, NON MI DIVERTO PIÙ.
QUANDO NON CI SI DIVERTE PIÙ
È ORA DI SMETTERE… »
   - JULIAN ALAPHILIPPE

4 settembre 2026 - Vélo Magazine
DI NICOLAS PERTHUIS.

«Non preoccuparti, mio caro, andrà tutto bene!» Tipico di Alaphilippe, come per rassicurare tutti, tipico di Loulou che pensa sempre agli altri prima che a se stesso, pronto a dare senza aspettarsi nulla in cambio. Il ragazzo è un maestro di quelle frasi brevi di cui solo lui conosce il segreto, che sa infilare al momento giusto con quel sorrisetto malizioso che dice tutto e nulla. Comunque sia, venerdì 21 agosto 2026, in quel tardo pomeriggio d’estate, e forse per la prima volta nella sua vita, ha pensato prima di tutto a se stesso annunciando il suo ritiro dal ciclismo. E a Nino, ovviamente, suo figlio di 5 anni con cui vuole condividere di più!

Niente lustrini, niente picchetto d’onore, né una curva a lui intitolata: è così che ha deciso. Ha colto tutti di sorpresa, proprio come per anni ha saputo sbaragliare i suoi avversari con i suoi innumerevoli attacchi, spesso letali. Smettere di fare il coursier (*) con effetto immediato: nessun altro corridore del suo calibro aveva mai osato farlo. Lui sì! Lui che faceva mille flessioni quando era nell’esercito, lui che saliva le scale sulle mani durante i suoi primi stage con la Quick-Step e lui che ha conquistato due maglie da campione del mondo, ha scelto il suo addio, quasi a sfidare le tradizioni del ciclismo di cui non sapeva granché quando ha scoperto questo mondo, ma che ha sempre rispettato.

STANCHEZZA MENTALE

«Nelle discussioni che ho avuto con lui negli ultimi tempi», rivela Morgan Lamoisson, suo direttore sportivo di riferimento alla Tudor, «è emerso che più passavano i mesi e più vedeva Nino rendersi conto che suo padre partiva per lunghe settimane. Lo sentiva molto triste e questo, ormai, (Julian) non lo sopportava più. La sua frustrazione è diventata proporzionale al dolore del figlio…» Sentimenti che hanno inevitabilmente riportato il vincitore della Strade Bianche 2019 alle sue esperienze personali con suo padre, Jacques, detto «Jo», con cui ha condiviso così tanto ma che era già in età avanzata quando Julian era bambino. E nella mente di quell’adolescente cresciuto in un quartiere popolare di Montluçon, poi diventato una star suo malgrado, c’è una cosa che rimane immutabile: sapeva che il tempo da trascorrere con quella persona cara sarebbe stato limitato. «Jo» se n’è andato all’età di 80 anni, il 28 giugno 2020. Julian aveva solo 28 anni, un’età decisamente troppo giovane per colui che in seguito sarebbe diventato due volte campione del mondo.

A 34 anni, l’età che Julian ha oggi, è il momento giusto per lui di dedicarsi al 100% al ruolo di padre e godersi appieno questo periodo della sua vita. Che senso ha cercare di conquistare una settima tappa del Tour de France quando all’attivo ne ha già sei? Julian si è posto questa domanda, è ovvio. E i 34 anni sono anche l’età scelta da Romain Bardet per ritirarsi nella primavera del 2025, più o meno nello stesso momento in cui lo aveva fatto Thibaut Pinot, che si era ritirato all’età di trentatré anni.

Ogni corridore è diverso, ma l’età è uno dei fattori che spiegano il calo di rendimento registrato da Julian nelle ultime stagioni. Sì, i livelli di prestazione del tre volte vincitore della Freccia Vallone erano diventati solo lapilli rispetto alle scintille del passato. Per quanto riguarda l’età, ci saranno sempre delle eccezioni con corridori che, con il passare degli anni, sono rimasti estremamente competitivi. Si pensa ovviamente ad Alejandro Valverde, che è diventato campione del mondo a 38 anni. Ma il logorio fisico è legato alla stanchezza mentale, difficilmente quantificabile e propria di ciascuno. E per Julian Alaphilippe, come del resto per Thibaut Pinot, ciò che non è stato semplice da questo punto di vista è stato ammalarsi con frequenza. Fermarsi, curarsi, ricominciare ad allenarsi ancora e ancora, logora fisicamente, ma soprattutto mentalmente. E, con il passare degli anni, il corpo ha bisogno di sempre più tempo per riprendersi.

«Quando è arrivato in squadra», spiega Morgan Lamoisson, «sapevamo che le ripetute influenze erano il tallone d’Achille di Julian, ma quello che non avevamo immaginato era che ci avrebbe messo così tanto tempo a rimettersi in sesto ogni volta. In passato, quando prendeva un virus, restava inattivo per tre o quattro giorni e il suo organismo si rimetteva subito in sesto. Nelle ultime due stagioni, invece, gli ci sono voluti una decina di giorni. A conti fatti, non è più la stessa cosa! Dieci giorni significano, quasi ogni volta, dover ricostruire la preparazione».

Solo per il 2025, ovvero la sua prima stagione con la maglia della squadra di Tudor, se dovessimo fare un elenco dei «raffreddori» di Julian, sarebbero quattro. Il primo, subito dopo la Parigi-Nizza, dove aveva lavorato tantissimo per Michael Storer, e che ne ha compromesso notevolmente la forma in vista della Milano-Sanremo, gara nella quale non è riuscito a tenere il passo con i migliori. Stessa storia cinque giorni prima del Giro delle Fiandre, il che ha costretto il suo staff a escluderlo dalla selezione per la Ronde. Tutto tranquillo fino al Giro di Svizzera, che ha concluso al quinto posto, ma è stata di nuovo una bronchite a rovinare il suo inizio di Tour de France. E, come se non bastasse, ha contratto un virus in Canada, dove è comunque riuscito a vincere il Gran Premio di Québec a settembre. Ma quest’ultimo episodio infettivo ha, ancora una volta, stravolto la sua preparazione per il finale di stagione. «Ciò che è incredibile in lui», riprende Morgan Lamoisson, «è che ha sempre avuto la volontà di ripartire da zero, la sua motivazione era intatta ogni volta! Avrebbe potuto mollare, ma no! La scorsa stagione gli abbiamo chiesto di comportarsi da leader al Tour de France e, visto ciò che aveva dimostrato al Tour de Suisse, era nel momento giusto. La seconda tappa, con l’arrivo a Boulogne-sur-Mer, era l’obiettivo da raggiungere nelle tre settimane, poiché quell’arrivo si adattava alle sue caratteristiche di puncheur. Ma, indebolito dalla bronchite, è comunque riuscito a classificarsi quinto. Considerate le circostanze, è stato un risultato piuttosto buono, ma quel giorno Julian ha provato frustrazione. Un altro esempio di questo tipo sono state le gare in Canada. Quando abbiamo visto il suo livello alla Bretagne Classic-Ouest France e al Tour di Gran Bretagna, che ha concluso al terzo posto, abbiamo deciso insieme con Julian di concentrarci sul Gran Premio di Montréal, che meglio si adattava alle sue qualità, molto più del Gran Premio di Québec. Ma nei giorni successivi al suo arrivo in Canada, ha iniziato a non sentirsi bene. Abbiamo quindi deciso di anticipare la battaglia nella prima delle due gare canadesi, mentre inizialmente l’idea era quella di riservarci le energie per la seconda…»

MALEDETTE INFEZIONI

Ed è così che Julian ha vinto il Gran Premio di Québec, inserendosi in un gruppo di fuggitivi a ottanta chilometri dal traguardo. Seguendo le indicazioni di Morgan Lamoisson, al comando dell’ammiraglia della Tudor, ha partecipato solo marginalmente alla fuga prima di isolarsi nel finale e tagliare il traguardo in solitaria. Sarà l’ultimo successo di Loulou in sella a una bicicletta, ma non una qualsiasi. Anche se il modo in cui è arrivato alla vittoria era ben lontano dagli standard a cui ci aveva abituati, ha regalato alla sua squadra il primo successo in una classica del World Tour. Un’ultima vittoria che, in quel momento, ha sollevato Julian da un peso, dato che aveva sempre vinto almeno una gara a stagione sin dal suo esordio da professionista nel 2014. Dal punto di vista psicologico, questo gli dava il diritto di continuare senza rimuginare troppo, con quel desiderio ultimo di vincere, nel 2026, una tappa al Tour de France. Era l’obiettivo dichiarato all’interno della squadra, che da lui si aspettava anche un buon livello nelle classiche delle Ardenne.

Nulla da segnalare nella sua preparazione per la stagione 2026, che all’epoca si annunciava sotto i migliori auspici proprio in vista delle classiche. E poi, all’ultimo momento, una nuova infezione ne ha mandato all’aria ogni ambizione. Ritiro alla Amstel Gold Race e alla Freccia Vallone, gara che era il suo terreno di caccia e che ha vinto per tre volte (2018, 2019 e 2021). Poi è arrivato il forfait alla Liegi-Bastogne-Liegi, inutile insistere! Maledetta Doyenne che non ha mai voluto Julian, nonostante lui fosse fatto apposta per quella gara. Da dimenticare quell’arrivo del 2020 in cui Julian, con la maglia iridata sulle spalle, aveva festeggiato troppo presto quel successo tanto atteso, lasciando che Primož Roglič lo superasse sul traguardo. Una frustrazione che sarà mitigata dal suo declassamento al quinto posto dopo aver ostacolato Marc Hirschi in quello sprint a cinque in cui c’erano anche Tadej Pogačar e Matej Mohorič. Quella Doyenne che aveva "lasciato" a Bob Jungels nel 2018, il suo compagno di squadra alla Quick-Step, che aveva anticipato la volata finale e aveva tagliato il traguardo da solo. Quel giorno, il francese aveva le gambe per imporsi.

Quindi, il ritiro alla Liegi-Bastogne-Liegi 2026 fa automaticamente riaffiorare il ricordo delle occasioni mancate. Succede sempre così quando il cielo si incupisce. Da parte della Tudor, si è quindi cercato di capire le cause del malessere, moltiplicando gli esami medici, ma nessuna carenza è riuscita a spiegare i suoi ripetuti «crolli», né tantomeno un livello di prestazione che faticava a tornare a quello previsto. Così, lontano dal trambusto, nella quiete delle vette della Sierra Nevada, in Spagna, Julian, come ha ripetuto più e più volte, ha cercato di ritrovare ancora una volta quella pace interiore, quel “reset” indispensabile per sperare di ripartire, in modalità ON. Il silenzio, una novità per questo iperattivo che, all’inizio della sua carriera, ammetteva che la bicicletta fosse stata una terapia per costruirsi meglio. La «grande musica» è venuta ad accompagnare i classici degli anni ’80 che fino ad allora avevano scandito il suo modo di essere. Per la prima volta nella sua carriera, Julian è partito per sei settimane di fila in alta quota. Non vi era mai rimasto così a lungo, come un’ultima sfida alla gravità.

LE BATTERIE SCARICHE

Non è semplice quando si conosce lo svolgimento di quelle giornate interminabili: una volta che il corridore non è più in sella alla sua bicicletta, rimane il più delle volte rinchiuso in una stanza angusta dove si riprende. Il tempo trascorso là può diventare rapidamente una prigionia. Contronatura per Julian, che già da ragazzino non sopportava di pedalare su un velodromo perché si sentiva come un pesce rosso in un acquario. Comunque sia, bisognava aggrapparsi a quel Tour de France che si profilava all’orizzonte, quella gara che lo ha esaltato nel 2017, 2018 e 2019. Ma prima di tutto bisognava meritarsi la convocazione all’interno della propria squadra, cosa che a metà maggio era tutt'altro che scontata. Come al solito, Alaphilippe ha fatto il suo dovere, rispettando gli allenamenti programmati da Franck, suo cugino e allenatore da sempre, con giorni in cui i valori di potenza erano buoni e altri in cui lo erano meno. Qualche sprazzo di brillantezza da segnalare, ma le gambe, il più delle volte, non erano all’altezza delle aspettative. È come se il motore fosse sempre acceso, ma le batterie non fossero più abbastanza cariche per garantire una prestazione costante.

«Da quando è arrivato in squadra, la migliore versione di Julian l’abbiamo vista al Tour de Suisse 2025», osserva Morgan Lamoisson. «Era in lotta ogni giorno ed era stato costante per tutta la settimana. Ma quel livello non è riuscito a mantenerlo. Le ragioni le abbiamo già menzionate in precedenza». Prima del Tour de France, brutta notizia per Alaphilippe con l’addio di Ricardo Scheidecker alla Tudor, responsabile tecnico e una delle figure-chiave nell’arrivo del francese nella formazione svizzera. Ricardo è un amico intimo di Julian, i due si erano conosciuti alla Quick-Step. Una spalla in meno per Loulou, un colpo di cui proprio non aveva bisogno!

È seguito il Tour de France 2026. Cosa ricordare? Tre immagini, tra cui, in ordine cronologico, quella in cui viene staccato su quella salita neanche categorizzata, a una quarantina di chilometri dall’arrivo a Nevers, mentre faceva parte di una fuga di quattro corridori nell’undicesima tappa, destinata ai velocisti. Una giornata buia, una delle peggiori della sua carriera. Secondo momento: ai piedi del Col de Sarenne, ultima difficoltà del Tour de France, alla vigilia dell’arrivo a Parigi, dove era ancora tra i primi trenta nella tappa più difficile delle tre settimane, con oltre cinquemila metri di dislivello positivo. È stata quasi una sorpresa ritrovarlo lì, in quella posizione che un tempo era la sua. Non lo sapevamo, ma quella era l’ultima volta che vedevamo Julian Alaphilippe lottare con i migliori, in sella alla sua bici. E anche in quel momento non pensò a sé stesso, ma a Yannis Voisard, il suo compagno di squadra, undicesimo nella classifica generale, che aiutò fino all’ultima stilla di energia.

Seguirono, quel giorno, le immagini televisive del suo arrivo all’Alpe d’Huez, quell’abbraccio con Warren Barguil con cui tagliò il traguardo, poi quella dichiarazione improvvisata in cui, seduto per terra, con lo sguardo pallido, espresse ciò che aveva nel cuore: «Basta, non mi diverto più. È ora di smettere, quando non si prova più piacere…» Un segnale premonitore. «Alla fine del Tour, abbiamo avuto un colloquio con Julian per capire quali fossero i suoi progetti», rivela Lamoisson. «Aveva tre opzioni: ritirarsi immediatamente, continuare fino alla fine della stagione oppure fino alla scadenza del contratto, se lo avesse desiderato, ovvero alla fine del 2027. Aveva tempo per riflettere, ma volevamo fosse lui a decidere. » Il 20 agosto, il sito neerlandese Wielerflits annunciava che il due volte campione del mondo era sul punto di rescindere il contratto, prima che il quotidiano L’Équipe ne confermasse la fine della carriera. Ventiquattro ore dopo, il «Vélo d’or Mondial 2019» ha ufficializzato la notizia. Che dire? Ci mancherai, campione, lasci un vuoto. Ma non preoccuparti, Loulou, andrà tutto bene.


(*) Coursier: espressione gergale francese che indica chi vive per la competizione, in gara attacca sempre ed è abituato a dare battaglia nel gruppo. In italiano diremmo un attaccante nato, che ha la corsa nel sangue.

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